Quand l’eau se fait rare

Qui eût cru qu’un jour le Québec, qui possède 3 % des réserves d’eau douce de la planète, ferait face à des pénuries d’eau. Ce fut le cas l’an dernier à Sutton, mais aussi dans certaines municipalités de la Montérégie où l’or bleu se fait rare. Or, selon un dernier rapport d’Ouranos, les changements climatiques vont inéluctablement accentuer le phénomène. Même le majestueux fleuve Saint-Laurent, sur lequel près du tiers de la population ainsi que de nombreuses industries et exploitations agricoles comptent pour leur alimentation en eau, sera affecté.

Le consortium Ouranos a dévoilé mercredi un rapport, intitulé Perspectives régionales et financé par le gouvernement fédéral, qui passe en revue les effets actuels et à venir, les bons comme les mauvais, des changements climatiques au Québec et les efforts qu’il faut consentir pour s’y adapter. Si la réduction des émissions de gaz à effet de serre demeure une priorité, « les efforts d’adaptation des prochaines années permettront d’atténuer l’impact économique et humain des événements météorologiques, voire même de saisir certaines occasions qui pourraient se présenter », soulignent les chercheurs. « L’objectif de l’adaptation est d’apprendre à vivre avec les changements climatiques qui sont inéluctables. » On s’attend d’ailleurs à ce que la hausse de la température au Québec atteigne le double de la moyenne mondiale. Ainsi, si l’objectif de l’Accord de Paris est respecté, soit de limiter à 1,5 °C le réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle — ce n’est pas ce qui se dessine —, la température moyenne au Québec montera de 3 °C. Cette hausse pourrait être de 5 °C si finalement la température mondiale grimpe de 2,5 °C. C’est considérable.

Comme le rapportait Le Devoir, les épisodes de fortes baisses des niveaux d’eau seront à la fois plus sévères et plus longs. Ils risquent d’affecter la disponibilité de l’eau potable et sa qualité, touchant tant les eaux de surface que les nappes phréatiques. Paradoxalement, on prévoit une augmentation de « la récurrence et de l’intensité des inondations tout comme une hausse des précipitations sous forme de pluie en hiver et au printemps, et à des épisodes de pluies extrêmes plus intenses en été et en automne », peut-on lire dans le rapport.

En ce qui a trait au fleuve Saint-Laurent, la diminution possible des apports en eau dans les Grands Lacs pourrait réduire son débit, ce qui pourrait avoir un impact sur l’irrigation des terres agricoles et le transport maritime.

Le rapport d’Ouranos fait état des autres effets du réchauffement climatique auxquels il faudra s’adapter. L’érosion des côtes dans le Bas-Saint-Laurent, sur la Côte-Nord, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine est un phénomène déjà bien perceptible et qui a déjà nécessité des interventions. Ce sont de nombreux segments de route qui seront à restaurer ou à déplacer.

Ces voies de communication sont essentielles et elles devront impérativement être remises en état quand les vagues, dont la force est décuplée par le faible couvert de glace en hiver et les tempêtes, les abîmeront. D’ailleurs, le ministère des Transports a déjà amorcé une forme d’adaptation en identifiant 273 segments de routes vulnérables.

Le gouvernement s’est aussi attelé à s’adapter aux inondations à la suite des fortes crues dévastatrices de 2017 et 2019. La cartographie des zones inondables a été révisée et, dans certains cas, les règles d’aménagement du territoire ont été resserrées pour empêcher la construction dans des zones à risque.

Une autre importante mesure d’adaptation, c’est la protection et la restauration des milieux humides qui, comme l’écrivent les chercheurs, « aident à stocker temporairement les eaux de crues, à réguler les débits et à dépolluer les lacs et les cours d’eau ». À ce chapitre, nous devons constater que les efforts sont loin d’être suffisants.

Fin avril, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a annoncé qu’il haussait de 14 % les sommes consacrées à l’adaptation dans son plan de mise en oeuvre 2022-2027. C’est une mince part du budget de 7,6 milliards du Plan pour une économie verte du gouvernement caquiste. À cela s’ajoutent cependant les 479 millions pour renforcer la protection du territoire contre les inondations.

C’est encore bien peu. Tôt ou tard, le gouvernement, les municipalités mais aussi les autres acteurs de la société devront affronter la situation. Aussi, il vaut mieux voir venir et parer à l’inéluctable. Car, en définitive, la nécessité est la mère de l’adaptation.

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