La belle carte de visite

Le premier ministre François Legault a profité de son discours d’ouverture de la nouvelle session pour annoncer que son gouvernement renonçait à l’exploitation d’hydrocarbures. C’est un message, destiné à l’étranger, qui ne lui coûte pas grand-chose, calcule-t-il.

Depuis le début du siècle précédent, il s’est fait beaucoup d’exploration au Québec en vue de découvrir des gisements de pétrole et de gaz exploitables. De cette quête du Graal, il ne reste presque rien. Du pétrole, on n’en a guère trouvé. On ne compte à l’heure actuelle qu’un gisement actif, celui de Galt, près de Gaspé, dont le potentiel avéré est insignifiant.

Avec l’adoption de la Loi sur les hydrocarbures et de ses règlements en 2017, le gouvernement Couillard a rendu extrêmement difficile l’exploration pétrolière et gazière sur le territoire québécois. À l’heure actuelle, Gaspé Énergies, propriétaire du projet Galt, s’est adressée à la cour afin de faire invalider le règlement qui l’empêche d’obtenir un permis pour forer un puits à moins de 1000 mètres d’un milieu hydrique. Or, dans la forêt québécoise, des milieux hydriques, on en trouve beaucoup.

En ce qui a trait au gaz naturel, le potentiel économique est beaucoup plus intéressant. Dans la vallée du Saint-Laurent, le gaz de schiste est présent, comme dans le sous-sol de la Pennsylvanie, haut lieu d’extraction du gaz de schiste depuis 30 ans. Mais voilà, à la suite de la forte et persistante opposition de la population, l’exploitation gazière dans la vallée du Saint-Laurent fut formellement interdite. Et sur l’île d’Anticosti, le gouvernement a racheté tous les droits d’exploration qui n’avaient, d’ailleurs, jamais intéressé aucun acteur majeur.

Quoi qu’il en soit, la décision judicieuse du gouvernement Legault de mettre fin à l’exploration d’hydrocarbures sur le territoire québécois entraînera des demandes de compensations de la part des entreprises qui détiennent 182 permis d’exploration. Comme ces entreprises n’ont rien découvert ou presque, les compensations ne pourront pas être mirobolantes. Et l’État québécois, qui, par l’entremise de Ressources Québec, détient encore des intérêts dans l’industrie, en sera quitte pour perdre sa mise de quelques millions.

Mais le jeu en vaut la chandelle. D’abord sur le plan économique, l’exploration pétrolière et gazière au Québec ne va nulle part et ses retombées ne sont pas significatives si on fait abstraction du gaz de schiste.

Surtout, le gouvernement Legault a vu un intérêt politique dans ce retrait complet, tant sur le plan national — son image environnementale s’en trouve rehaussée, ce qui ne peut lui nuire — que sur la scène internationale.

Du 2 au 5 novembre prochain, le premier ministre participera à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) qui se déroule à Glasgow, en Écosse (dans un communiqué envoyé aux journalistes, le ministère des Relations internationales s’est contenté d’indiquer qu’elle se tenait au Royaume-Uni, ce qui donne une idée de la considération que la diplomatie québécoise accorde à la nation écossaise).

François Legault pourra se vanter de diriger « l’État qui émet le moins de gaz à effet de serre par habitant », comme il l’a fait dans son discours d’ouverture. Mais il ne pourra pas exposer les réalisations qui lui ont permis d’occuper ce rang, à part la décision de Robert Bourassa d’il y a 50 ans de miser sur la construction de grands ouvrages hydroélectriques. Il ne pourra pas montrer comment le gouvernement québécois a été exemplaire en prenant des mesures efficaces, voire courageuses, pour réduire les émissions de GES. Au contraire, le Québec a lamentablement échoué à atteindre les cibles de réduction de 2020. Le Plan pour une économie verte, présenté il y a un an par le gouvernement caquiste, a certains mérites, mais il n’a pas pris son erre d’aller et il manque de portée.

Les Québécois sont des champions de l’économie verte, mais par chance, en quelque sorte. À Glasgow, François Legault brandira sa carte de « terre d’accueil incomparable », comme le veut son expression, pour les entreprises qui veulent poursuivre leurs activités sans émettre de GES grâce à l’énergie verte. De plus en plus de sociétés de par le monde sont d’ailleurs soucieuses de leur image environnementale. Le fait que le Québec ait officiellement renoncé à extraire de son sous-sol des hydrocarbures — on sait qu’il y en a peu, mais on n’a pas besoin de le crier sur les toits — ne peut qu’ajouter à la cohérence des arguments de vente de notre représentant sur la scène internationale. C’est aussi une belle illustration du virage économique et commercial que le gouvernement caquiste a fait prendre à la diplomatie québécoise. Pour le meilleur et pour le pire.

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