Oui à la vaccination des petits

Le nombre de cas de COVID-19 affligeant les enfants et paralysant les activités de certaines écoles vient donner un nouveau souffle à une des meilleures nouvelles de la semaine : l’imminence d’un vaccin à ARN messager pour les enfants de 5 à 11 ans, si Santé Canada et la Food and Drug Administration (FDA) lui donnent leur aval.

La plus récente « collecte nationale » des données des écoles comptant des cas actifs diagnostiqués de COVID-19, effectuée par le ministère de l’Éducation, offre un portrait on ne peut plus éloquent : sur les quelque 3000 établissements scolaires (écoles primaires, secondaires, formation des adultes, réseaux public et privé) que compte le Québec, un peu plus de 800 présentaient au moins un cas actif de coronavirus en date du mardi 21 septembre.

Rien de bien étonnant à cela, disent les experts, qui avaient prédit que la rentrée des classes en personne conjuguée à l’absence de vaccination chez les enfants et à la montée du contagieux variant Delta allait inévitablement provoquer une augmentation des cas chez les moins de 12 ans.

Les données dévoilées par la Santé publique confirment cette tendance à la hausse. Dans la semaine du 19 septembre, sur les 1606 nouveaux cas de COVID-19 déclarés, le plus fort contingent était issu du groupe non vacciné des 9 ans et moins, avec 24 % des malades.

Dans les cliniques destinées aux tests de dépistage, on a vu récemment réapparaître une faune d’habitués : des files de parents et de bambins qui retrouvent avec une joie mal contenue l’écouvillon nasal ! La réapparition des symptômes de rhume ramène en force l’épreuve du test. Cette semaine, des écoles ont dû fermer en raison d’éclosions de cas de COVID-19, dont l’augmentation est favorisée par l’absence de « bulles-classes », ce concept abandonné cette année dans le but très louable de faciliter la reprise des contacts sociaux entre les élèves.

Cette montée en puissance des cas inquiète, bien que les enfants, comme la science l’a démontré, soient moins gravement malades lorsque contaminés par le SRAS-CoV-2. Mais cette meilleure moyenne au bâton ne vient pas les dispenser de la pertinence d’être vaccinés, bien au contraire.

D’abord, parce que, même s’ils sont moins nombreux à être gravement malades, les enfants peuvent être atteints d’une forme plus grave de la maladie. Le cas des États-Unis, où les urgences pédiatriques sont remplies de petits malades, continue de frapper l’imaginaire. Une récente étude menée en Israël, où les 5 à 11 ans susceptibles de développer des complications graves ont droit au vaccin depuis le 1er août, démontre que 11 % des enfants qui ont contracté la COVID-19 continuent d’avoir des symptômes après la phase aiguë de la maladie, souffrant de ce que certains appellent la COVID-19 longue durée pédiatrique.

Mais aussi parce que la vaccination des enfants aura un effet bénéfique et direct sur l’immunité de la société tout entière : elle diminuera le risque de transmission chez les populations plus sensibles posé par les porteurs de la maladie que sont les enfants. Si le vaccin de Pfizer-BioNTech est disponible pour les 5-11 ans quelque part au cours de l’automne, possiblement suivi sous peu par celui de Moderna, la population du Québec se trouvera encore mieux protégée. Alors que les entreprises commencent à envisager un retour au travail en « présentiel », même s’il s’agit d’un mode hybride alliant télétravail et passages ponctuels au bureau, la vaccination des enfants constituera un atout de plus pour que les employés se sentent en sécurité.

Évidemment, il reviendra aux parents de décider s’ils immunisent ou non leurs enfants contre la COVID-19. On le sait, il existe déjà une réticence chez certains parents à faire vacciner les enfants contre des maladies aussi graves que la rougeole, la coqueluche ou les oreillons. À côté de mythes et de préjugés tenaces, comme le lien entre la vaccination et certaines affections, chemine aussi une impression chez certains parents que les vaccins sont inutiles puisque ces maladies ne sont plus présentes. Il n’y a rien de plus tordu comme vision des choses : ces maladies sont moins présentes que jadis précisément en raison de l’immunité collective garantie par les vaccins. Diminuer cette protection reviendrait à ouvrir la porte au retour de certaines maladies aux conséquences graves.

La réticence de ces parents est donc aussi à prévoir pour le vaccin contre la COVID-19, à l’heure où on voit également chez les adultes une tranche d’irréductibles refuser obstinément le vaccin — et continuer de fréquenter en grand nombre les hôpitaux après avoir contracté le virus, rappelons-le.

Souhaitons que les enfants vaccinés constituent une vaste majorité. Il y va de notre protection à tous.

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