De l’espoir pour les demandes du Québec

Plus les jours passent et plus les Canadiens prennent la mesure de la vacuité de la stratégie libérale de déclencher des élections en pleine quatrième vague de la pandémie de COVID-19. Le premier ministre, Justin Trudeau, n’arrive pas à formuler une « question de l’urne » qui en vaille la peine. Non, le Parlement n’était pas dysfonctionnel au point d’en exiger la dissolution. Non, ce n’est pas l’occasion d’un référendum sur la vaccination obligatoire. Non, il n’est pas justifié d’ériger un rempart rouge contre la monstruosité alléguée du Parti conservateur. Il n’y a que l’égoïsme et l’opportunisme d’un premier ministre à la recherche d’une majorité forte pour expliquer cette inutile campagne.

La question de l’urne deviendra « Pourquoi fallait-il se rendre aux urnes ? ». D’ici le scrutin du 20 septembre, les adversaires des libéraux ne rateront pas une occasion d’exploiter cette faiblesse. La campagne est encore jeune, et tout peut encore basculer, mais pour le moment, l’eldorado d’une majorité libérale relève de la distante rêverie. Le plus récent sondage Léger, mené pour le compte du Journal de Montréal, place toujours les libéraux en tête au pays, avec 33 % des intentions de vote, mais les conservateurs d’Erin O’Toole les talonnent à 31 %.

Vu du Québec, le scénario d’un gouvernement minoritaire, qu’il soit libéral ou conservateur, est la meilleure garantie que ses revendications traditionnelles seront entendues. Nous l’avons vu dans la dernière année. Le premier ministre Trudeau a conclu des ententes importantes avec le Québec pour lui offrir une compensation de 6 milliards de dollars sur cinq ans pour ses services de garde, ou encore pour la création de logements abordables. Contre toute attente, et au risque d’irriter le Canada anglais, M. Trudeau a appuyé la modification unilatérale de la Constitution par le gouvernement Legault, afin de reconnaître que les Québécois forment une nation dont la seule langue officielle est le français. Nous réitérons que ce fédéralisme d’ouverture n’aurait pas résisté à la première réunion du caucus ministériel dans un gouvernement libéral majoritaire.

Quiconque tient aux demandes traditionnelles du Québec devrait songer à l’utilité d’un gouvernement minoritaire au moment d’accorder sa confiance à l’une des formations. Un gouvernement minoritaire accorderait un avantage indéniable au gouvernement Legault dans ses discussions avec Ottawa. Ce rapport de force lui serait d’autant plus utile que la CAQ a renoncé à jouer la carte de la souveraineté dans ses relations avec le fédéral.

Les aspirations autonomistes de François Legault sont en droite ligne avec les revendications traditionnelles du Québec exprimées depuis l’accord du lac Meech. Ses demandes aux partis, qu’il a rendues publiques jeudi, tombent sous le sens. Le gouvernement Legault demande notamment de faire passer de 22 % à 35 % la part d’Ottawa dans le financement de la santé, ce qui représente 6 milliards par année. Le déséquilibre dans le financement de la santé entre le fédéral et les provinces ainsi que les besoins accrus en raison du vieillissement de la population justifient cette demande, quoique la cible d’indexation souhaitée (6 % au lieu de 3 %) semble exagérée.

Québec réclame aussi plus de pouvoirs en immigration, soit le plein contrôle en matière de regroupement familial, qui compte pour près du quart des demandes annuelles. Le Québec n’a pas à subir le modèle multiculturaliste préconisé par Ottawa. Son approche fondée sur l’interculturalisme cherche à trouver le point d’équilibre entre l’intégration des nouveaux arrivants et la préservation du visage français du Québec. « On doit absolument intégrer les immigrants à la majorité francophone. C’est une question existentielle pour la nation québécoise », affirme à juste titre le premier ministre.

Le Québec veut également des assurances pour que la Loi sur la laïcité de l’État ne soit pas attaquée en justice par le fédéral et pour assujettir les entreprises à charte fédérale à la loi 101. La demande la plus percutante demeure un droit de retrait inconditionnel, avec pleine compensation financière, pour toute dépense fédérale dans les champs de compétence des provinces. Il s’agissait d’ailleurs de l’une des cinq clauses de l’accord du lac Meech. S’il fallait n’en retenir qu’une seule, ce serait bien celle-ci, car elle couperait court au fédéralisme centralisateur du NPD et du PLC que M. Legault a vivement dénoncé.

Depuis le début de la campagne, les deux partis jumeaux dans le registre des dépenses à tous crins ont multiplié les promesses et les projets dans les champs de compétence des provinces. Il est désolant de voir qu’il y a peu de résistance, hors du Québec, à cette redéfinition du partage des compétences qui se déroule hors d’une négociation constitutionnelle. Le Québec a raison de protester et de rappeler au NPD et au PLC d’exercer leurs prérogatives dans les champs de compétence d’Ottawa.

Deux formations appuient les demandes du Québec, le Bloc québécois et le Parti conservateur. Une seule peut former un gouvernement. Mais tous les scénarios de gouvernement minoritaire seront bénéfiques aux intérêts du Québec.

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