Le NPD et le Québec: quantité négligeable

Tandis qu’on attend toujours le dévoilement de la plateforme électorale du Parti libéral du CanadaJustin Trudeau préférant jusqu’ici égrener les engagements qu’elle contient au fil des jours — et que le Bloc québécois a diffusé la sienne dimanche dernier, le Nouveau Parti démocratique a rendu public l’ensemble de ses engagements électoraux tout juste avant que le premier ministre ne demande à la gouverneure générale de dissoudre le Parlement, à la mi-août.

« Osez mieux », titre la plateforme néodémocrate. Un programme progressiste comme celui des libéraux, mais un peu mieux, un peu plus progressiste. À quelques nuances près, plusieurs engagements sont les mêmes que ceux des libéraux. Le NPD promet de lancer une offensive fédérale pour les soins de longue durée et les soins à domicile pour les personnes âgées avec l’imposition de normes pancanadiennes, de construire 500 000 logements abordables et de créer d’un système universel de services de garde à 10 $ par jour.

Si Justin Trudeau n’a pas encore repris sa promesse d’instaurer un régime universel d’assurance médicaments, Jagmeet Singh réitère son engagement de 2019 évalué à 10 milliards par an. Le NPD compte aussi doubler l’accès aux bourses d’études canadiennes.

Santé, éducation, habitation, ce sont là des compétences exclusives des provinces, mais il semble que pour le PLC et le NPD, c’est là un détail sans grande importance. Les principales promesses de ces deux partis progressistes, les plus structurantes et les plus coûteuses, en santé et pour les services de garde, par exemple, empiètent libéralement sur les talles des provinces.

Ces initiatives dites « nationales » sont devenues pratiques courantes. Elles sont lancées sans aucune gêne, comme allant de soi. Le gouvernement caquiste, comme jadis ses prédécesseurs au regard d’empiètements moindres, a beau s’y opposer, elles ont beau être contraires à l’esprit de la fédération canadienne, du moins celui qu’évoquent les constitutionnalistes, rien n’y fait.

Dans sa plateforme, le NPD ne daigne même pas mentionner le droit de retrait avec pleine compensation qui pourrait être consenti au Québec, que ce soit pour les soins de longue durée destinés aux aînés, pour l’assurance médicaments ou pour les services de garde. C’est pourtant un des grands principes de la Déclaration de Sherbrooke, cette ouverture faite au Québec en 2005 alors que Jack Layton dirigeait le parti. Une déclaration dont il n’a pas été question cette semaine, dans la circonscription de Toronto–Danforth de l’ancien chef, quand Jagmeet Singh a rendu hommage au grand responsable de la vague orange qui a déferlé sur le Québec il y a dix ans.

Ce n’est pourtant pas les enjeux relevant du gouvernement fédéral qui manquent, qu’il s’agisse de fiscalité et de finances publiques, de l’armée, du contrôle des frontières, de la politique étrangère ou de l’approvisionnement en vaccins en temps de pandémie. Mais il semble qu’envahir les champs de compétence des provinces soit plus porteur auprès de l’électorat au Canada anglais que ce nation building, s’appuyant sur un gouvernement central qui donne le ton, a la cote.

Ce n’est pas que le programme néodémocrate évacue complètement les responsabilités fédérales : certaines propositions touchent en effet des compétences d’Ottawa. Jeudi, Jagmeet Singh a parlé des tarifs élevés de la téléphonie cellulaire et de l’accès à Internet, une responsabilité fédérale dont on peut dire qu’elle a été négligée jusqu’à présent puisque le Canada figure dans les pays développés où ces tarifs sont les plus élevés. De même, la plateforme néodémocrate promet de défendre le droit des Autochtones, dont Ottawa est le fiduciaire en vertu de la Constitution, et propose une réforme du programme d’assurance-emploi, dont la pandémie a illustré les lacunes. Mais ces propositions ne sont pas des promesses phares, comme l’instauration d’un réseau de services de garde abordable ou d’un régime universel d’assurance médicaments.

En laissant libre cours à son inclination centralisatrice, le NPD fait sans doute le pari que les gains qu’il fera dans le reste du Canada sont beaucoup plus importants que la progression qu’il peut espérer au Québec. On peut considérer qu’au printemps dernier, bien avant les élections, Jagmeet Singh a fait une croix sur le Québec : il a défendu son député, Matthew Green, un élu noir de l’Ontario, qui a félicité Amir Attaran après que ce professeur de l’Université d’Ottawa eut qualifié le gouvernement Legault de « suprémaciste blanc » et le Québec d’« Alabama du Nord ».

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