Des réponses bienvenues

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a répondu aux attentes des parents, enseignants et directions d’école en livrant mardi des réponses qui étaient plus qu’attendues. En plus du port du masque en classe, Québec précise le protocole en cas d’enfants ou de classe infectés, mais il annonce surtout l’avènement des tests de dépistage, qui devraient permettre de faciliter la détection des cas et éviter le confinement inutile pour les symptomatiques non infectés par le coronavirus.

L’adage « Mieux vaut tard que jamais » n’aura jamais si bien collé à ce point de presse fort attendu. Tous les acteurs gravitant autour de la vie des écoles étaient avides de réponses, dont plusieurs sont tombées. Quelques zones de flou persistent ici et là, mais quelques nuages valent mieux que le brouillard. On comprend mieux les principes qui ont guidé les décisions de la Santé publique et de l’Éducation, un duo qui a dû s’entendre pour arriver aux compromis présentés. La volonté de garder les écoles ouvertes coûte que coûte est un principe cher aux Québécois, dont on peut s’enorgueillir. La nécessité de tenir compte de la situation pandémique actuelle et de composer avec des taux de vaccination variables dans les écoles secondaires a été bien sûr capitale. Et dernier principe, mais non le moindre, le désir de faciliter l’organisation des écoles, des parents et des milieux de travail en essayant de ralentir le sprint vers les tests COVID au moindre nez qui coule a été pris en considération ; c’est la bonne nouvelle du jour.

 

Au chapitre des points positifs, il est intéressant que le renforcement des mesures sanitaires soit modulé en fonction des différentes réalités régionales, ce qui permet de viser l’équité. Ainsi, pour des régions où les taux de vaccination des 12-17 ans sont très élevés, même pour la 2e dose, le port du masque ne sera pas nécessaire en classe. Neuf régions devront s’y soumettre pour le moment, conformément à la protection vaccinale et à la situation épidémiologique sur le terrain. Le ministre Roberge a précisé que 76 % des 12-17 ans ont reçu leur 2e dose ou ont pris le rendez-vous qui leur permettra de l’obtenir. Il y a encore 15 % des jeunes de cette tranche d’âge qui n’ont pas du tout été vaccinés.

Pour l’importance du réseau social et de l’activité sportive, il est également heureux que les activités parascolaires soient maintenues et qu’on comprenne maintenant mieux quels sports seront soumis à l’obligation du passeport vaccinal. La fin de l’alternance — un jour sur deux en classe — pour les élèves de fin de secondaire est aussi salutaire.

Dans certaines écoles, des tests de dépistage rapide seront offerts aux enfants qui présenteraient des symptômes, et cela pourra éviter des confinements inutiles et complexes — qu’on pense seulement aux effets potentiels sur la capacité de travailler des parents. En soi, cette mesure est une excellente nouvelle, surtout si elle cible les enfants qui ont des symptômes et qu’elle n’est pas étendue tous azimuts. Il a toutefois semblé que l’étendue de ce service n’est pas encore définie, ni non plus son application précise. Si c’est offert au compte-gouttes, la portée bénéfique de ce protocole sera diluée ; ce serait fort dommage, car de l’ensemble des mesures annoncées mardi, il nous semble que cette piste est celle qui pourrait avoir la plus grande portée si elle est appliquée pour la peine. Mais pourra-t-on l’étendre largement ? Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a sans doute pointé un élément de réponse lorsqu’il a insisté sur le contingent de « ressources humaines » dont on aura besoin pour faire passer ces tests dans les écoles.

Cette question cruciale de la pénurie de personnel hante déjà certains centres de services scolaires qui conjuguent cette rentrée sertie de nouvelles mesures sanitaires avec le casse-tête habituel d’affectation des postes. Le problème pourrait s’accentuer encore davantage si Québec décidait d’imposer la vaccination obligatoire au personnel enseignant, ainsi que d’autres provinces l’ont fait. Questionné mardi par les journalistes, M. Roberge n’a pu répondre à une question pourtant cruciale concernant le taux de vaccination du personnel des écoles, des données qui ont pourtant été dévoilées pour le réseau de la santé. Accentuant l’impression générale que son ministère est souvent en retard d’une cadence sur la partition, il a affirmé que cette collecte était en cours.

Les espoirs de rentrée scolaire « normale » sont bel et bien remisés. À nouveau cette année, les écoles réinventeront la normalité et s’ajusteront aux aléas de la pandémie, les yeux rivés sur les taux de vaccination et la prévalence de la maladie chez les plus jeunes. À l’évidence, il faudra encore de bonnes doses d’indulgence et de patience à tous les passagers de l’école pour affronter les prochaines semaines.



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