Oui à la vaccination obligatoire ​des travailleurs de la santé

Pour faire face à la dangerosité de la quatrième vague portée par le variant Delta, le gouvernement du Québec opte pour une décision responsable : il obligera le personnel de la santé à être vacciné pour travailler en présence de patients malades.

Dans cette lutte contre la COVID-19, la sévérité des mesures a été au diapason du risque posé sur le système de santé et les groupes plus fragiles. Cette décision sera sans doute critiquée, car elle égratigne le champ des libertés individuelles, mais le bénéfice de la collectivité a été jugé plus important.

Regardons l’affaire sous une autre lorgnette. Quoi ? ! Pas moins de 9 % des personnes œuvrant dans le secteur de la santé n’ont pas encore répondu à l’appel du vaccin ? Ce chiffre est surréel si on prend en considération le fait que ces travailleurs au front de la pandémie sont les mieux placés pour comprendre l’importance d’être vacciné pour éviter de voir son état de santé se détériorer. Dans les pires moments des précédentes vagues, alors que les courbes de décès donnaient le vertige, ce sont les travailleurs de la santé qui étaient hantés par de sombres images à la fin de leurs quarts.

Le premier ministre François Legault et ses proches conseillers jugent la situation suffisamment inquiétante pour en arriver à ce type de mesure plus musclée. Ils s’accordent avec ce qu’on observe ailleurs dans le monde ; l’expérience aidant, les nations ne tardent plus désormais pour stopper les effets potentiellement néfastes de la quatrième vague.

La Nouvelle-Zélande, championne mondiale anti-COVID-19, doit reconfiner cette semaine une portion de sa population, car elle a noté une contamination communautaire à l’intérieur de ses frontières. Sans attendre la hausse des cas, la première ministre Jacinda Ardern a laissé passer trois jours entre la détection du cas de contamination à Auckland et la décision de confiner les citoyens — une mesure « rapide et radicale », de son propre aveu, mais qui s’accorde avec la férocité du variant.

Puisque le diable se cache dans les détails, il est heureux d’apprendre que les partis d’opposition pourront discuter et nourrir la réflexion sur la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé, comme en a décidé l’équipe de la CAQ. Une commission parlementaire devrait démarrer dès la semaine prochaine avec ce seul sujet de conversation. M. Legault juge toujours qu’il n’était pas utile de convier les oppositions à discuter de l’entrée en vigueur du passeport vaccinal, mais nous sommes en désaccord avec cette liberté d’action que s’est permise son gouvernement, même s’il est question d’activités non essentielles. Les débats parlementaires peuvent et doivent reprendre — et cela vaut pour l’exercice démocratique qui impose l’addition des points de vue, même s’ils sont discordants.

L’automne sera donc fait de conversations encore orientées vers les manières de composer avec la COVID-19, dans sa forme nouvelle dictée par le Delta. Le Québec n’a pas encore décidé d’imposer le vaccin aux enseignants ou autres employés de l’État, comme l’a fait Justin Trudeau pour la fonction publique fédérale, mais cette question de la divulgation de la preuve vaccinale sera sur toutes les lèvres, qu’on le veuille ou non, et ce, jusque dans les milieux de travail qui rapatrieront bientôt les employés au bureau.

Ceux qui espéraient le retour du premier ministre devant les caméras pour en savoir davantage sur la rentrée scolaire auront été déçus.

Les questions se bousculent toujours dans la tête des parents et des enseignants à la veille des premiers jours d’école, notamment en ce qui a trait à la manière avec laquelle les établissements composeront avec le retrait d’un enfant infecté et de ses collègues de la classe.

On peut se réjouir toutefois d’apprendre que le port du masque sera obligatoire dans les classes au cégep et à l’université, et espérer que les recommandations de la Santé publique concernant le primaire et le secondaire, toujours attendues, iront dans le même sens.

Les enfants de moins de 12 ans, pour lesquels aucune formule vaccinale n’a encore été homologuée, présentent moins de risques de développer une forme sévère de la COVID-19 que les Québécois plus âgés, mais le nombre de cas d’infections pédiatriques avec lesquels composent certains États américains donne froid dans le dos. C’est pourquoi, même au Québec, les hôpitaux pour enfants se préparent à accueillir de jeunes malades si la quatrième vague provoque une flambée.

La pandémie demeure une bête imprévisible à laquelle on doit s’ajuster en temps réel, et qui nécessite parfois des mesures draconiennes.

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