Des avantages d’un gouvernement minoritaire

Alors que le déclenchement des élections fédérales était imminent, les gouvernements Trudeau et Legault ont multiplié les annonces conjointes, débloquant parfois des dossiers qui traînaient depuis des mois, Ottawa faisant preuve de la souplesse que Québec réclamait.

La dernière en lice, c’est l’entente, annoncée vendredi dernier, relative au programme fédéral appelé Initiative pour la création rapide de logements (ICRL), qui vise la construction de 1300 logements abordables au Québec d’ici la fin de 2022. Après le dévoilement de ce programme pancanadien dit « national » à la fin octobre, les négociations, amorcées en décembre, achoppaient sur les sempiternelles questions de reddition de compte et de contrôle que voulait imposer Ottawa dans un champ de compétence québécoise, le logement social.

Le gouvernement Legault soutient que les prérogatives du Québec furent respectées dans un domaine où la patte fédérale se veut lourde. Sinon, il n’y aurait pas eu d’entente à annoncer à 48 heures du déclenchement des élections.

Il y a deux semaines, Justin Trudeau et François Legault, tout sourire, se réunissaient pour annoncer que le gouvernement québécois obtiendra une « compensation » de quelque 6 milliards de dollars sur cinq ans pour ses services de garde. Sans condition, en vertu d’une entente asymétrique. Les négociations n’ont pas été ardues, le programme québécois des garderies à 8,50 $ servant de modèle au gouvernement Trudeau. De leur côté, les autres provinces qui ont accepté la manne en provenance d’Ottawa pour ce programme « national » de garderies doivent se plier à différentes exigences de la part du fédéral.

En mars, alors que la perspective d’élections apparaissait, les deux premiers ministres avaient annoncé une aide pour le constructeur d’autobus électriques Lion. Une semaine plus tard, les deux compagnons se retrouvaient pour annoncer un investissement de plus de 800 millions, dont la moitié provient d’Ottawa, pour achever de brancher d’ici l’automne 2022 tous les foyers québécois à Internet haute vitesse, une promesse phare de François Legault. À la mi-juillet, les deux compagnons se pointaient à nouveau pour dévoiler un plan pour la filière de l’aérospatiale avec près de 700 millions à la clé, dont les deux tiers proviennent des goussets fédéraux.

Il y a dix jours, Ottawa consentait à assouplir son Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) et à permettre à des candidats à l’immigration d’obtenir un permis de travail ouvert, une demande formulée depuis plusieurs mois par le gouvernement Legault. Bien que modeste, c’est un développement qui est survenu comme par enchantement à quelques jours du lancement de la campagne électorale. Le gouvernement Trudeau se fait accommodant.

Certes, François Legault a tenu à rappeler qu’il présentera aux partis politiques fédéraux une liste de ses demandes, dont l’obtention, pour le Québec, des pleins pouvoirs en matière d’immigration. En outre, les provinces reviendront à la charge pour réclamer une hausse substantielle des transferts en santé.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a raison de souligner que les demandes formulées par François Legault lors de la dernière campagne électorale en 2019 sont restées lettre morte, que ce soit en matière d’immigration ou qu’il s’agisse du rapport d’impôt unique et de l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser. Mais on doit convenir que le gouvernement Legault — et le Québec par voie de conséquence — a tiré avantage de ce gouvernement minoritaire. Quitte à favoriser les ambitions de son homologue fédéral. Si on ne doit pas s’attendre à ce qu’il apparaisse aux côtés de Justin Trudeau durant la campagne, François Legault, par la force des choses, a tout de même servi de faire-valoir au chef libéral dans ce qui a pris les allures d’une tournée préélectorale. C’est paradoxal puisque le statut minoritaire du gouvernement Trudeau, qui compte notamment sur le Québec pour obtenir sa majorité, explique en bonne partie la souplesse dont il a fait montre.

Dans cet ordre d’idées, on peut présumer que la réaction de Justin Trudeau à la loi 96, inscrivant dans la constitution du Québec que les Québécois forment une nation dont la seule langue officielle est le français, aurait été fort différente s’il avait été à la tête d’un gouvernement majoritaire. On peut croire aussi qu’il n’aurait pas affiché la même prudence à l’égard de la loi 21 sur la laïcité. Dans un contexte préélectoral, son gouvernement minoritaire ne pouvait pas se payer le luxe d’un affrontement avec Québec sur la question nationale et sur des enjeux de partage de compétence.

À voir en vidéo