Cap sur la liberté

Le Québec est invité à revêtir de nouveau les atours de la normalité, une couche à la fois. Le plan de déconfinement présenté mardi soir à la population par le premier ministre François Legault repose sur une condition essentielle, celle de l’immunité collective, version couche de protection très solide, avec 75 % des adultes vaccinés d’une première dose d’abord, et d’une deuxième peu après. Toutes les nations du monde qui ont embrassé le retour à la vie de groupe ont accordé les étapes du déconfinement avec des courbes de vaccination pointant vers le haut. Il est heureux de voir que le Québec accède enfin au saint des déconfinés et rassurant de le voir s’engager sur cette voie de manière raisonnable, prudente et graduelle.

Le rythme de vaccination des dernières semaines est à ce point bien cadencé que 60 % de la population adulte a reçu une première dose des vaccins disponibles. Ce chiffre monte à 75 % si l’on calcule tous ceux et celles qui ont effectué leur prise de rendez-vous. Le premier ministre avait raison de bomber le torse de fierté mardi lorsqu’il a annoncé en tout début de point de presse que l’objectif qu’il avait d’abord fixé au 24 juin pour cette cible du 75 % sera réalisé le 15 juin. C’est un accomplissement dont il peut se féliciter, et avec lui, tous les Québécois qui ont répondu à l’appel.

Le plan de déconfinement graduel s’étire entre le 28 mai prochain, où la fin du couvre-feu sera sonnée, et la fin du mois d’août, où le retour à la vie normale — retour au bureau, retour en classe pour 100 % des élèves et étudiants — est prévu. Le couvre-feu honni par plusieurs et craint au départ semble avoir porté ses fruits, jouxté à une campagne de vaccination efficace. Le cap de fin d’été repose sur une cible ambitieuse mais porteuse d’un immense espoir : que 75 % des Québécois de 12 ans et plus aient reçu deux doses de vaccin. Cette statistique viendrait asseoir une véritable immunité collective, et cela, si la situation suit les projections annoncées — et que des nouveaux variants ne viennent pas changer le cours des choses. Actuellement, seuls 3 % des Québécois ont reçu une deuxième dose. La logistique d’administration de ces deux vaccins aux 12-17 ans sera haute en couleur si elle doit suivre le calendrier scolaire, compte tenu du temps imparti. Québec promet des précisions dès cette semaine pour éclairer les parents et espérons que ce plan scolaire sera aussi bien ficelé que celui présenté mardi. C’est un maillon de la chaîne d’une extrême importance.

Comme la Saskatchewan l’avait présenté au début du mois de mai, le Québec a choisi un plan de retour à la normale qui s’échelonne sur quelques étapes. La baisse observée récemment du nombre de nouveaux cas, d’hospitalisations et de décès devrait se poursuivre, selon les prévisions sur lesquelles le gouvernement de la CAQ s’appuie pour redonner des libertés aux citoyens. Les bouffées de liberté s’absorberont toutefois une à la fois si, et seulement si, la situation épidémiologique confirme les volontés politiques. Là aussi, il est rassurant de savoir que le plan de match sera redessiné si quelques reculs sont observés ici et là. On n’a pas de sitôt oublié nos rechutes passées, et les difficultés à encaisser les nouvelles vagues de fois en fois. Le succès du plan repose aussi sur notre capacité à contenir nos succès à l’intérieur de nos frontières, tant et aussi longtemps que nos voisins n’auront pas une fiche parfaite.

Mais si les dieux du vaccin sont avec nous, l’été aura donc des airs d’été ! Rassemblements extérieurs. Retours aux rencontres de famille, dehors d’abord, à l’intérieur plus tard. Des bars et des restaurants qui peuvent enfin apposer une date sur la réouverture tant espérée. Des terrasses qui se rempliront, des stades qui vibreront sous les cris et les applaudissements, des salles de spectacle autorisées à revoir du monde, des terrains sportifs pour les jeux et les joueurs, des festivals promus au rang de rassemblements extérieurs permis. Des camps de vacances comme d’habitude, pour le bonheur des enfants — et des parents — et la perspective réelle d’un vrai retour en classe. Des déplacements en région permis, suivant les envies de vacances des Québécois — oui, la Gaspésie, ce sera possible. L’été, quoi !

L’alliage de prudence et d’espoir du plan Legault permet d’envisager avec ce scénario un été à redonner le sourire. Même si des questions persistent et que des doutes subsistent. On ne retombe pas sur le sol de la normalité comme un chat sur ses quatre pattes après 14 mois de pandémie qui ont usé, dirait-on, jusqu’à notre capacité à embrasser ces phases de réouverture de la vie en société sans un résidu de crainte, une dose de scepticisme, un excès de prudence. Mais cette fois, l’espoir est à portée de main.

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