Chapeau à Labeaume!

Régis Labeaume est entré sur la scène politique municipale tel un trublion faisant la promotion des boulevards et autoroutes il y a 14 ans. Il la quitte tout en sagesse avec la satisfaction d’avoir jeté les bases d’un projet de tramway structurant pour les citoyens de Québec. Qui l’aurait cru.

Le maire Labeaume est respecté partout au Québec. Les Montréalais le prendraient à la place de Valérie Plante ou Denis Coderre en un battement de cœur. M. Labeaume a transcendé la politique, ce qui n’est pas un mince exploit considérant son caractère bouillant et batailleur.

Il fut, pendant des années, le symbole des relations difficiles entre élus municipaux et journalistes, au point où l’auteur de ces lignes, alors président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), avait dû se porter à la défense des reporters rigoureux qu’il malmenait, alors qu’il cajolait les animateurs écervelés des radios parlées. En annonçant sa retraite mercredi, M. Labeaume s’est excusé publiquement auprès de notre journaliste Isabelle Porter, qu’il avait prise à partie d’une manière plutôt ingrate, en 2010. La boucle est pour ainsi dire bouclée.

Régis Labeaume est un homme admirable parce qu’il possède une qualité rare chez le genre humain : la capacité d’évoluer, de se réinventer. Il quitte la mairie grandi par la politique alors que tant d’autres élus ressortent de la participation à la vie publique tantôt écrasés par la critique, tantôt dévorés par le cynisme ou l’ambition.

Le recul permet d’apprécier sa contribution à la vie publique. Sous sa gouverne, nous avons assisté au redressement des finances publiques de Québec, à un miracle économique et à la transformation de la « vieille » capitale en une ville festive et fière, qui ne souffre plus des comparaisons avec la métropole. Les fêtes du 400e, magistral succès d’estime et de programmation, ont marqué le début d’un temps nouveau pour Québec et ses citoyens.

Son bilan n’est pas parfait, loin de là, mais il laisse la ville de Québec dans un meilleur état qu’elle ne l’était lors de sa première élection en 2007. Le maire a souligné « les vertus de l’action publique comme vecteur de création d’un monde plus équitable » au moment d’annoncer son retrait de la vie politique. Son style et sa fougue ont souvent détonné, mais il a contribué à l’amélioration du sort de ses concitoyens.

Il n’a jamais paru plus humain qu’au lendemain de la tuerie de la Grande Mosquée de Québec (six morts en 2017). Hanté par cet acte de barbarie islamophobe sans précédent et par la tuerie de l’Halloween (deux morts en 2020), Régis Labeaume ne cesse depuis de prêcher les valeurs de fraternité, de tolérance et d’inclusion.

Son successeur fera sûrement les choses autrement, mais souhaitons qu’il poursuive dans ce rôle de rassembleur pour l’avenir de Québec et du vivre-ensemble.

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11 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 7 mai 2021 06 h 35

    Excuses une décennie trop tard

    B. Myles écrit :

    « En annonçant sa retraite mercredi, M. Labeaume s’est excusé publiquement auprès de notre journaliste Isabelle Porter, qu’il avait prise à partie d’une manière plutôt ingrate, en 2010. »

    Le mal a été fait. L'énergie, la perspicacité, le courage et la pugnacité que j'aimais tant chez la journaliste Isabelle Porter ont alors été diminués pour de bon. Elle a été vicitime d'une attaque publique vicieuse de la part du maire de Québec. C'était trumpien avant Trump.

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 7 mai 2021 08 h 49

      Peut-être vous auriez préféré qu'il ne s'excuse pas. De plus il l'a fait publiquement, pas en catimini. L'intéressé a accepté ses excuses, c'est à elle de décider si c'est trop tard trop peu ou acceptable, pas à nous.

    • Jean Lacoursière - Abonné 7 mai 2021 10 h 13

      Monsieur carrier,

      Vous écrivez : « Peut-être vous auriez préféré qu'il ne s'excuse pas. »

      Ben oui, ben oui, c'est çà que je voulais dire. Quel lecteur perspicace vous êtes !

      L'intéressée aurait accepté ses excuses, dites-vous. Ça change quoi dans l'affaire ?

      Avant 2010, Isabelle Porter était sur tous les coups aux affaires municipales. Elle était tellement bonne et pertinente qu'elle agaçait le pouvoir en place. Depuis cette attaque du maire, Le Devoir fait une couverture minimale de la politique municipale et des enjeux à Québec.

      Un maire vraiment respectueux se serait excusé peu de temps après. Il devait très bien savoir le tort qu'il venait de causer, le père de la journaliste étant l'un de ses bons amis.

      Et puis, pour qui vous prenez-vous pour décider qui a le droit de trouver ça long, dix ans, avant de s'excuser ?

      Franchement... .

  • Alain Roy - Abonné 7 mai 2021 07 h 28

    Un bel homage, sans fanfare ni complaisance. C'est bien.

  • Jean-Charles Morin - Inscrit 7 mai 2021 09 h 30

    Après les fleurs, le pot.

    On ne peut évoquer le règne du maire Labeaume sans mentionner le peu de cas que ce personnage ignare faisait de la culture. Cette attitude insensible de sa part, qui l'autorisait entre autres à mettre de côté toute retenue pour balafrer le tissu urbain, détonne dans une ville qui avait toujours misé jusque-là sur son passé prestigieux pour être reconnue à l'échelle mondiale. Les nombreuses démolitions de bâtiments ayant une valeur inestimable, autant historique qu'architecturale, autorisées par son administration pour construire à la place des "boîtes à chaussures" anonymes en témoignent largement. Après tout, que ne ferait-on pas pour augmenter les revenus de la Ville en taxes? Au diable le reste!!!

    Un coup de chapeau au maire Labeaume? Un bon coup de pied au c... plutôt.

  • Michel Héroux - Abonné 7 mai 2021 10 h 05

    Bel hommage, mais...

    Brian Myles a rédigé un bel hommage à Régis Labaume. Bien. Mais ce que cet hommage démontre aussi, c'est que M. Myles n'a pas vécu à Québec pendaut toutes les années où Régis Labaume a été maire. J'ai vécun à Québec jusqu'en 2014. Croyez-moi, la moindre forme de dissidence n'était pas vraiment la bienvenue dans le paradis de Labaume. Je me suis même fait ridiculiser pour avoir prédit que le nouvel amphithéâtre serait un éléphant blanc Non, on n'était pas loin de la pensée unique, à Québec, sous Régis Labaume.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 mai 2021 14 h 01

    «[J'avais] prédit que le nouvel amphithéâtre serait un éléphant blanc» (Michel Héroux)



    … Et que la venue de l'équipe de hockey professionnel était une entourloupette …