Un thème majeur de l’élection à Montréal

Valérie Plante d’un côté, Denis Coderre de l’autre. Et quelques acteurs périphériques dans de seconds rôles. Pour le moment, l’élection municipale de novembre 2021 à Montréal prend les allures d’un match de revanche peu inspirant entre l’homme de la situation et l’homme repentant. Rien n’est encore joué et d’autres candidats pourraient bousculer les plans. Au municipal, les courses ne se décident pas à l’éclosion des premiers bourgeons, mais lorsque les feuilles commencent à rougir.

Nous en sommes aux balbutiements de la course à la mairie de Montréal, mais déjà, un enjeu important se dessine. Bien avant le retour du baseball à Montréal pour le privilège d’une clique de milliardaires, l’expansion du réseau cyclable ou les sempiternels débats sur les hausses de taxes et la prestation des services municipaux, la relance de Montréal et de son centre-ville exsangue s’impose comme la matrice à partir de laquelle nous devrons envisager de nombreux débats.

C’est un lieu commun d’affirmer que la crise sanitaire a plombé le centre-ville comme destination d’affaires, de travail, de tourisme et de sorties culturelles ou gastronomiques. Ce cœur si vibrant d’activités souffre du recours prolongé au télétravail et au confinement. Une métropole parmi les plus bouillonnantes et les plus sécuritaires en Amérique du Nord court le risque de connaître une spirale de dévitalisation comme il n’y en a pas eu depuis la crise économique de la fin des années 1980. Relançons MTL, un plan concocté par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et 175 partenaires, décrit bien le péril en la demeure. La crise sanitaire a entraîné une baisse de l’achalandage (travailleurs, touristes et étudiants) qui provoque à son tour une fermeture des commerces, des bars et des restaurants, suivie d’une diminution de l’attractivité du centre-ville qui concourt à accélérer la délocalisation d’entreprises et d’institutions. Et à l’érosion de l’assiette fiscale de Montréal, pourrait-on ajouter.

Ces préoccupations se reflètent également dans un rapport de la firme PwC commandé par la Ville de Montréal, et qui recommande d’accroître la piétonnisation des rues et le réseau de postes cyclables à court terme afin de dynamiser le centre-ville pour un deuxième été sans festivals d’envergure. Ces mesures temporaires seront les bienvenues pour chasser la morosité du moment, mais elles seront insuffisantes à moyen terme. Il en est de même des appels pour ramener au centre-ville les travailleurs qui se sont pris d’affection pour le télétravail. Ce n’est pas à eux de porter le poids de la reprise. Par ailleurs, il faudra leur donner des raisons autres que le travail (une expérience de bureau stimulante, dans un milieu de vie effervescent) afin de recréer l’engouement pour le face-à-face.

C’est une cohésion d’ensemble qu’il nous faut, à partir de cet observatoire privilégié qu’est la mairie de Montréal. La relance du centre-ville est un chantier permanent auquel le prochain maire (ou mairesse) devra se consacrer pour la durée de son mandat.

À ce sujet, la CCMM pose un excellent diagnostic dans Relancer MTL. La relance doit « reposer sur l’humain », être verte et inclusive, favoriser une économie locale forte et ouverte sur le monde, valoriser le savoir, la créativité et l’innovation. Ce plan ambitieux est nécessaire. L’économie de Montréal représente 56 % du PIB du Québec et la moitié des emplois. La métropole est déjà en meilleure posture que les 20 principales villes nord-américaines quant à la reprise de l’emploi. Elle rebondira. Il le faut, pour l’essor de l’économie québécoise.

Mais pour qui relancer Montréal ? Pour tous ! Le centre-ville appartient à ses résidents, à ses commerçants, à ses grands employeurs, à ses étudiants. Pour éviter que l’appétit commercial des plus influents triomphe sur les aspirations citoyennes, il faudra que les parties prenantes de ce vaste chantier agissent dans la recherche du bien commun. La mairie de Montréal constituera un levier d’influence important, voire un arbitre, pour que l’humain reste au centre des décisions.

6 commentaires
  • Roger Gobeil - Inscrit 10 avril 2021 02 h 37

    Plus grand problème de Montréal

    Et le racisme systémique, bordel, qu'est-ce que vous en faites? N'est-ce pas là le plus grand problème de Montréal? Une chance que vous avez une commissaire au racisme. Juste pour ça, Valérie Plante devrait être réélue haut-la-main. Faut être de son temps!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 10 avril 2021 14 h 48

      Désaccord très fort! A mon oeil, le SEUL racisme systémique se trouve dans le système fédéral qui parque des gens dans des réserves: ça c'est SYSTÉMIQUE.

      "Une chance que vous avez une commissaire au racisme", dites-vous. En effet, une personne pour qui la timide loi sur la laïcité serait du racisme! Cette dame n'a plus aucune crédibilité!

  • Mylène Roy - Abonnée 10 avril 2021 07 h 20

    "Pour éviter que l’appétit commercial des plus influents triomphe sur les aspirations citoyennes, il faudra que les parties prenantes de ce vaste chantier agissent dans la recherche du bien commun. La mairie de Montréal constituera un levier d’influence important, voire un arbitre, pour que l’humain reste au centre des décisions."
    Effectivement. Dans le contexte évoqué de "l'érosion de l'assiette fiscale" de la ville en ces temps de pandémie, il faudra que la relance visant à ré-emplir les coffres de la cité, ne se soustrait pas à la promotion de la survie et de la vitalité des petits commerces qui font l'âme des quartiers, et constituent une part essentielle de la notoriété d'une ville.

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  • Jean-Guy Aubé - Abonné 10 avril 2021 12 h 27

    Avenir sombre pour Montréal

    Montréal dépend des gouvernements supérieurs pour son développement peu importe la volonté de la mairie et de la personne qui occuppem le poste de maire. Comme d'habitude en campagne électorale on présente des projet de tramways, de REM, de prolongatgion de la ligne bleue du métro etc... Mais une fois l'élection passée on remet ces projets dans le fond des tiroirs pour les prochains 4 ans. Déjà Legaut a annoncé que la prolongation de la ligne bleu pose problème avec la venue du REM de l'Est en raisons des obstacles à l'expropriation de certains terrains dans l'arrondissement d'Anjou. On sait que Legault privéligie la banlieue et l'automobile et que comme il n'as que 2 comtés sur l'Ile de Montréal il n'as aucun prix politique à payer à ne pas prolonmger le métro.

    D'autant plus que la Caisse de dépot Infra veut le monopole du service de transport en commun avec son REM. Finalement les montréalais risquent de se retrouver avec le statut quo sans prolongation du métro ni de REM dans l'est. Et comme d'habitude les montréalais auront cru aux promesses d'un nouveaui système de transport collectif qui n'arrivera jamais...

  • Luc Richard - Abonné 10 avril 2021 15 h 29

    Densifier l'habitation

    Comme les espaces à bureaux seront moins grands et moins nombreux à cause de l'augmentation du télétravail, je crois qu'il faut regarder du côté de l'habitation afin de redonner vie pleinement au centre-ville. Montréal n'est pas la seule à pouvoir intervnirle ministère des Affaires municipales et celui du Trésor à Québec ainsi que la SCHL à Ottawa doivent se mettre à contribution. Rapidement.

  • Jérôme Faivre - Inscrit 10 avril 2021 15 h 45

    Cité-état, à proprement parler ?

    Mairie de Montréal: généralement pas très critiquée par le Devoir: et plus si affinités ?

    Une ville-centre dont le grand programme serait de relancer le centre-ville: peut on trouver plus minimum ?

    Quel souffle ! On s'entend que ça ne va pas déranger grand monde ni soulever les foules.

    On lit: «La relance doit «reposer sur l’humain», être verte et inclusive, favoriser une économie locale forte et ouverte sur le monde, valoriser le savoir, la créativité et l’innovation».

    Plus passe-partout que ça, tu dors.

    On dirait du Anne Hidalgo.

    Tiens justement, je pensais à Montréal en regardant Paris : il y a en ce moment à Paris une campagne assez efficace pour dénoncer la gestion déplorable de la propreté dans la capitale française.

    Réponse de la mairesse française: elle dénonce une action coordonnée de « l'extrême droite » pour salir son image.

    Heureusement que ce n'est pas comme ça chez nous ! (humour noir). La propreté de la ville et autres dossiers municipaux sont gérés parfaitement à Montréal. C'est un vrai rayonnement international qui attire les investisseurs comme des mouches.

    Quand on se prend pour une Cité-état, l'hubris municipal joue parfois des tours au vestales...

    À suivre, indeed...