La balade des élèves du secondaire

Le retour en classe à temps plein des 3e, 4e et 5e secondaire n’aura été qu’une courte embellie printanière. Un peu plus d’une semaine après avoir été sommés de reprendre le chemin de l’école tous les jours, les élèves de fin de cycle secondaire sont priés maintenant de revenir à la formule hybride maison-école à laquelle ils étaient abonnés depuis des mois. Le « yo-yo » politique qui se joue sur le dos de cette cohorte d’élèves déjà fragiles ne cesse d’éprouver la motivation, ce fil tendu vers la réussite.

Un resserrement des mesures « préventif » a été confirmé mardi en fin de journée par le premier ministre François Legault. On recule de trois pas, après avoir eu la permission d’en franchir deux. Bien sûr, c’est le propre de cette pandémie toujours indomptable de forcer les revirements de situation, mais la gestion de pandémie à la petite semaine crée son lot de frustrations. Le pire effet auquel Québec s’expose avec ces directives en dents de scie, c’est le décrochage. Alors que le premier ministre cible avril comme « le mois de tous les dangers », voilà un péril qui pourrait faire des ravages : avoir épuisé les ressources de patience et de sollicitude d’une frange de la population avec cette valse-hésitation des « ouverts » et « fermés » à laquelle on finit par ne plus rien comprendre.

Dans le lot des désabusés, comptons assurément les ados de fin de secondaire. À l’âge crucial qu’est le leur, où, comme le dit François Legault, la triade « apprentissage, vie sociale et santé mentale » est une combinaison que l’école vient servir à merveille, les volte-face perpétuelles du gouvernement desservent complètement, entièrement, totalement ces trois objectifs. Ballotée depuis le début de la pandémie, larguée même à certains égards, cette clientèle vulnérable poursuit sa balade tortueuse dans une année scolaire dont elle peine sûrement à trouver le sens. Depuis peu elle avait retrouvé les copains et le parascolaire, mais à compter de lundi le couperet tombe à nouveau.

Cette dernière volte-face aurait-elle pu être évitée ? La question agace les décideurs, et le premier ministre plaide pour le droit à la contradiction si les consignes de la Santé publique le commandent. Mais cette question doit être posée. Après treize mois de tentatives gouvernementales pour contrôler la COVID-19, une meilleure maîtrise des décisions devrait être constatée, une meilleure adéquation du duo politique-santé publique aussi, qui se renvoie la balle et nous perd au jeu. Disons-le : messieurs Arruda et Legault ont un peu trop étiré mardi l’élastique de l’imprévisibilité du virus et du droit perpétuel aux volte-face pour essuyer le feu de questions critiques en point de presse.

Rappelons que ce dernier resserrement des mesures suit une série de cris d’alarme et de confessions étonnées de nombre d’experts qui n’ont toujours pas compris pourquoi des zones rouges comme Montréal et ses environs ont eu droit à un relâchement dans les lieux de culte, les centres sportifs et aussi les écoles.

Le gouvernement lutte pour éviter le décrochage des troupes, et à l’école, cet abandon des mesures pourrait se jouxter à une vraie déroute scolaire, en plus du reste. Il est vrai que les décideurs sont les funambules d’un exercice politique très vacillant, mais rendus à ce stade de la crise sanitaire, mieux vaudrait peut-être qu’on soit privés un peu plus longtemps d’une certaine bouffée de liberté que d’être soumis à des allers-retours destructeurs.

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