Ottawa, le responsable

Le gouvernement Trudeau a laissé se détériorer un conflit, touchant la pêche aux homards, entre les Micmacs et les pêcheurs commerciaux dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Malgré les signes avant-coureurs et les avertissements, Ottawa a regardé ailleurs jusqu’à ce que cette distante passivité devienne intenable.

La semaine dernière, des pêcheurs en furie ont incendié un entrepôt de homards utilisé par des pêcheurs micmacs, saccagé un autre de leur bâtiment, vandalisé une camionnette et agressé un chef de bande. La semaine précédente, ce fut un bateau d’un Micmac qui fut incendié. La GRC fut critiquée pour avoir laissé la foule en colère déployer sa violence et commettre ses méfaits.

À la fin septembre, la nation micmaque a distribué des permis à ses membres pour la pêche aux homards, bien avant le début de la saison de la pêche commerciale en novembre, comme le veut la réglementation fédérale. C’est ce qui a déclenché l’ire des pêcheurs commerciaux qui dénoncent cette différence de traitement, une concurrence déloyale, selon eux, qui menace de surcroît la ressource halieutique.

Or, les Micmacs ne font qu’exercer un droit ancestral que la Cour suprême, en vertu de deux jugements dits Marshall, a reconnu en 1999 et qui découle de traités conclus en 1760 et 1761 avec les Premières Nations micmaques et malécites, notamment. Les juges ont confirmé le droit constitutionnel de ces nations à pratiquer une pêche de « subsistance convenable ». Mais ils ont omis de définir ce qu’ils entendent exactement par cette notion.

Lundi en conférence de presse, ils étaient quatre ministres du gouvernement Trudeau à déplorer cette flambée de violence. Le ministre des Services autochtones, Marc Miller, a accusé la GRC d’avoir laissé tomber les victimes micmaques et dénoncé ces gestes de violence « dégoûtants, inacceptables et de nature raciste », autre manifestation, selon lui, du racisme systémique.

Bien qu’on doive déplorer cette violence et qu’on ne puisse écarter que certains pêcheurs néo-écossais éprouvent des sentiments racistes à l’endroit des Autochtones, il s’agit moins de racisme systémique que d’une question de gagne-pain dans une activité contingentée. S’il y a quelque chose de systémique, voire de systématique, c’est bien la propension du gouvernement fédéral d’éluder ses responsabilités à l’égard des Premières Nations en évitant de régler les problèmes litigieux. Les bons sentiments déversés par un ministre paré de sa bonne conscience n’y changent rien.

Ainsi, plus de 20 ans après les décisions Marshall, Ottawa n’a toujours pas arrêté, comme la Cour suprême le lui suggérait implicitement, ce qu’il faut entendre par une pêche de subsistance « convenable », ni sérieusement entrepris des négociations avec les nations autochtones concernées pour y parvenir. Dans certains cas toutefois, il a cherché à contourner le problème en rachetant des permis de pêche commerciale pour les céder à des pêcheurs autochtones.

On peut proposer diverses définitions de cette pêche de subsistance. Ne vise-t-elle strictement que la quantité qu’une famille autochtone est appelée à consommer ? Peut-elle assurer des revenus pour la subsistance générale de cette même famille, de la même façon que la pêche commerciale assure la subsistance de familles non autochtones.

Quelle que soit cette définition, il ne serait que justice que les nations autochtones vivant sur les côtes et qui, traditionnellement, ont toujours vécu de la pêche, puissent gagner leur vie honorablement grâce à cette activité, tout comme les pêcheurs non autochtones.

Au vu de son inaction, le gouvernement fédéral, qui a tendance à prendre les choses de haut, est le grand responsable de cette violence qui a malheureusement eu cours, bien loin de lui, sur le plancher des vaches, dans une petite localité du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Au lieu de se mêler d’un domaine qui relève de la compétence des provinces, comme la santé, en cherchant à imposer des normes fédérales, Ottawa devrait assumer convenablement ses responsabilités dans ses propres champs de compétence. Avant de faire la leçon au Québec, le gouvernement Trudeau aurait intérêt à regarder dans sa propre cour. C’est lui qui a la haute main sur la pêche commerciale en mer, c’est de lui que dépend le sort des Premières Nations dans les réserves. Qu’ils soient autochtones ou non autochtones, les pêcheurs n’ont pas à faire les frais de l’impériale nonchalance du gouvernement fédéral.

12 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 21 octobre 2020 07 h 51

    Bien dit

    J'approuve ce texte.

    • Jacques Patenaude - Abonné 21 octobre 2020 09 h 23

      mioi aussi j'approuve de texte

  • Bernard LEIFFET - Abonné 21 octobre 2020 08 h 02

    Dans une fédération mal ficelée, de quoi pouvons-nous attendre?

    Le problème du jour n'est qu'un épiphénomène entre les Autochtones et les dirigeants du Dominion! Pendant qu'on propage à qui mieux mieux la ritournelle « on travaille sur sur sujet », les Libéraux sont plus pressés de se dépatouiller avec la dernière bourde de Justin Trudeau et de son ancien ministre! Pendant qu'l tente de s'imposer auprès des provinces pour des normres nationales, la mode et aux girouettes et le Dominion et le Québec s'en tirent auprès des citoyens qui ne voient que la menace de pandémie, tout le reste on verra plus tard!
    Les Conservateurs et les Bloquistes sont à la veille de renverser le gouvernement fédéral mais au Québec, le sourire aux lèvres, malgré un score peu enviable de décès de la Covid-19 dans le monde, François Legault et la CAQ sont à 50 % dans lles sondages, peut-être moins si on tient compte d'un pourcentage d'erreur. Bref, la moitié des citoyens seulement, pas de quoi faire la fête! À part la pandémie, aucune des promesses de la CAQ n'apparaît, ce qui n'est brillant pour l'avenir! En résumé, comme rien n'avance, il est normal que les applaudissements et les huées viendront plus tard!

  • François Beaulé - Inscrit 21 octobre 2020 08 h 25

    Discrimination systémique basé sur la race

    Les races n'existent pas selon les biologistes. Pourtant la discrimination systémique qui permet à certains hommes de pêcher au Canada et interdit à d'autres de le faire est basée sur la « race ». Les autochtones ont le droit de pêcher pour assurer leur subsistance alors que les blancs, dans la situation actuelle, n'ont pas le droit de le faire. Ces derniers trouvent injuste cette discrimination basée sur la race, avec raison. Le racisme systémique, ici, est causé par des lois qui discriminent selon la race, autochtone ou blanche.

    La Loi sur les Indiens est un exemple flagrant de discrimination systémique basée sur la race puisqu'elle permet à des autochtones d'habiter dans des réserves et non pas aux blancs. Si le gouvernement veut combattre le racisme systémique, il devrait agroger cette loi. Tous les Canadiens devraient avoir les mêmes droits et être soumis aux mêmes obligations.

  • Pierre Rousseau - Abonné 21 octobre 2020 08 h 33

    Turpitude coloniale!

    D'abord, les 2 jugements de la Cour suprême du Canada (Marshall) ne sont pas difficile à comprendre. D'abord, la cour écrit « Les droits issus du traité de l’accusé se limitent au fait de pouvoir se procurer les «biens nécessaires» (expression qui s’entend aujourd’hui d’une subsistance convenable), et ne s’étendent pas à l’accumulation de richesses illimitées. » Puis un peu plus loin « Les droits issus du traité de l’accusé se limitent au fait de pouvoir se procurer les «biens nécessaires» (expression qui s’entend aujourd’hui d’une subsistance convenable), et ne s’étendent pas à l’accumulation de richesses illimitées. » Clairement les Mi'kmaq on le droit de commercer suite au traité de 1760-61. C'est aussi un fait que les Mi'kmaq on signé quelques traités avec la couronne britannique, dont un autre en 1752 et qui a aussi fait l'objet d'une décision de la Cour suprême en 1985, l'affaire Simon, et qui vise plus des compétences provinciales (dont la chasse et la forêt).

    Il faut aussi se souvenir que cette situation remonte à plusieurs décennies et on se rappellera l'affaire de la pêche au saumon des Mi'kmaqs de Restigouche au Québec en 1981 puis les troubles de Burnt Church suite à la décision Marshall en 1999. Quant aux troubles des derniers jours, plusieurs vidéos et photos circulent sur le net où on voit les policiers de la GRC observer sans intervenir pendant que les partisans des pêcheurs non autochtones se livraient à des agressions et du vandalisme, laissant croire à ces gens qu'ils pouvaient impunément s'attaquer aux Mi'kmaqs. Ça aussi ça fait partie du racisme systémique canadien car au même moment, le même corps de police colonial attaquait des Secwépemc à l'autre bout du pays pour avoir protesté pacifiquement pour protéger leur territoire de la construction de l'oléoduc Trudeau-TransMountain. Le même corps de police avait aussi attaqué avec des hélicoptères et des francs-tireurs les Wet'suwet'en au début de l'année avec les conséquences qu'on connaît.

  • Pierre Laliberte - Abonné 21 octobre 2020 09 h 06

    Merci de dire ce qui devait être dit

    Devant le spectacle afligeant des confrontations entre autochtones et non-autochtones en Nouvelle-Ecosse, il y a encore l'incurie du pouvoir fédéral et son incapacité à agir quand il était temps. Vingt ans quand même... On laisse pourrir le problème et on blame ensuite les locaux et la police qui doivent réparer les pots cassés.