Une négligence déplacée

Les points de presse entourant l’évolution d’une deuxième vague de cas de COVID-19 ont pris une tangente qui rappelle le premier chapitre sombre du printemps : air des jours graves, ton solennel, sérieuses mises en garde adressées à la population. Au gré des courbes qui recommencent leur ascension, les politiciens qui portent le message des jours critiques nous servent de baromètre pour comprendre jusqu’à quel point le croisement des chiffres avec la disponibilité des ressources et des lits d’hôpital nous dirigera — ou pas — vers une deuxième catastrophe.

Ces mêmes politiciens savent à quel point leurs moindres faits et gestes sont scrutés par les citoyens à l’affût d’un masque oublié, d’un verre de bière un peu trop rapproché de celui d’un homologue, d’une sortie de groupe où les règles de distanciation ont souffert d’un certain laisser-aller. Le refus obstiné du président Donald Trump de porter le masque en public pendant de longs mois a imprimé une cadence très difficile à récupérer dans les camps où la négligence est devenue un maître-mot tout simplement parce que l’exemple à (ne pas) suivre venait du premier politicien du pays. Ceux qui nous gouvernent dictent la marche à suivre, ce qui commande une diligence de tous les instants.

Le Parti conservateur a de toute évidence manqué à cette diligence la semaine dernière, en omettant sciemment de prévenir des reporters ayant côtoyé de très près un attaché de presse atteint de la COVID-19 qu’ils s’étaient retrouvés malgré eux dans une situation de contamination potentielle. Cette proximité dans une mêlée de presse commandait pourtant que soit enclenchée aussitôt la fameuse chaîne de recherche de tous les contacts potentiels de la personne contaminée. Non content de ne pas effectuer cette communication essentielle, le parti n’a pas répondu aux journalistes qui ont tenté de connaître la marche à suivre, une fois l’information rendue publique, les renvoyant plutôt à la Santé publique de leur région.

Journalistes, citoyens de seconde zone ? Pour tous les autres événements auxquels l’attaché de presse a participé, une chaîne de communication a bel et bien été enclenchée. Le parti se réfugie très mollement derrière l’absence d’une « liste de présences » des journalistes pour expliquer son silence. Mais les reporters présents n’étaient pas particulièrement difficiles à retrouver : ils ont tous diffusé un reportage dans les heures ayant suivi le point de presse…

Le train de mesures destinées à freiner le prochain sursaut de la pandémie n’est pas à prendre à la légère, particulièrement en ce qui a trait à la chaîne de transmission que l’on peut freiner en effectuant des communications rapides. Le Parti conservateur a failli ici à son devoir élémentaire. Cet exemple n’est pas éloquent.

3 commentaires
  • Luc Le Blanc - Abonné 22 septembre 2020 04 h 27

    Cet exemple n’est pas éloquent."

    Au contraire, cet exemple me semble très éloquent. Il nous montre l'insouciance du PCC quant à la santé publique, qui cadre bien avec celle sur l'environnement.

    • Louise Collette - Abonnée 22 septembre 2020 07 h 59

      Tout à fait, je ne suis pas du tout étonnée de ce comportement de la part du PCC.

      Certains parmi eux pensent probablement que ce virus est un <<Act of God>> et que Dieu va probablement régler tout ça et qu'il suffira de dire <<ça va bien aller>> et de se croiser les bras en attendant que tout ça se termine.

    • Dominique Boucher - Abonné 22 septembre 2020 15 h 37

      Je pense quʼelle voulait dire «édifiant», pas «éloquent»...

      Jean-Marc Gélineau, Montréal