Pour la liberté de tous

Le gouvernement Legault a décidé de ne pas fermer les bars, s’appuyant sur les dernières données de la Santé publique. Les nouveaux cas de COVID-19 imputables à la fréquentation des bars ne sont pas très élevés et sont très localisés. Pour l’heure, on craint davantage la contagion qui survient dans les rassemblements privés de plus de dix personnes, la limite que les autorités sanitaires ont fixée et que certains fêtards, souvent des jeunes, ne respectent pas.

Même en l’absence d’éclosions significatives qui viendraient de ces lieux de libations, d’aucuns, invoquant le principe de précaution, voudraient qu’on ferme les bars immédiatement. Or la Direction générale de la santé publique considère qu’une telle mesure entraînerait une multiplication des fêtes privées. En ce début des vacances de la construction, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a d’ailleurs répété que les rassemblements privés de plus de dix personnes, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, sont interdits.

Le ministre s’est félicité du nombre de tests effectués, qui a presque atteint les 15 000 à la fin de la semaine dernière. Mais l’opération a donné lieu à un cafouillage, qui a conduit à la formation d’interminables files d’attente devant les cliniques de dépistage à Montréal. Il faut dire que la direction régionale de santé publique avait lancé un appel à tous les Montréalais qui avaient fréquenté un bar sans aviser les responsables des cliniques. Quand la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite…

C’est cependant un mal pour un bien. Une telle quantité de tests, une fois les résultats colligés, nous donnera une idée précise de l’effet de la réouverture des bars sur la recrudescence des cas observée cette dernière semaine.

Les bars restent ouverts tandis que s’amorce un mouvement de résistance au port du masque, quelques heures à peine après l’entrée en vigueur, samedi, de l’obligation d’en porter un dans les lieux publics fermés. De plus, une pétition recueillait, en deux jours la semaine dernière, près de 60 000 signatures contre le port obligatoire du masque. Samedi, plus de 500 personnes, dont plusieurs commerçants, manifestaient à Saint-Georges de Beauce. Dans un Tim Hortons à Montréal, un récalcitrant entré sans masque a refusé d’obéir à l’ordre d’un policier qui le sommait de quitter les lieux. Filmé par son amie dans ce qui était à l’évidence une mise en scène destinée à enflammer les réseaux sociaux, le lascar a résisté à son arrestation, qui s’est avérée musclée. Même si une telle intervention n’est pas particulièrement belle à voir, les deux policiers impliqués, et un troisième venu en renfort, ont agi avec grand professionnalisme.

Pour l’heure, seul le commerçant écope d’une amende si un client se retrouve sans masque dans son établissement. Il nous semble évident que les clients récalcitrants doivent être mis à l’amende. Les commerçants ne devraient pas porter seuls le fardeau de faire respecter la directive. Et il est plus facile pour les forces de l’ordre de distribuer des contraventions que de procéder à des arrestations manu militari.

Les récalcitrants considèrent que l’obligation de porter un masque brime leur sacro-sainte « libârté » individuelle, que c’est une affaire de choix personnel. Ils déraisonnent : cette obligation, c’est pour sauver la vie d’autrui avant tout. Elle peut apparaître excessive dans certaines régions où le virus a peu sévi, mais c’est oublier les déplacements interrégionaux. Le message du gouvernement Legault est le bon : la vraie liberté, c’est la liberté de tous de ne pas être confinés. Le prix à payer — le port du masque — n’est pas énorme, somme toute.

Ces libertariens, dogmatiques et inconscients, nous invitent à imiter cette frange importante de la population américaine qui se vautre dans leur détestation de tout ce qui est État, ces trumpistes qui applaudissent la destruction des institutions publiques et des valeurs qu’elles défendent. Mal leur en prend : plusieurs États américains sont aux prises avec des contagions galopantes. Les États-Unis, c’est l’exemple à ne pas suivre.

Les prochaines semaines seront cruciales pour juger du succès ou de l’échec du déconfinement au Québec. La réouverture des bars, les vacancesde la construction, cet afflux de citadins dans toutes les régions du Québec — les Québécois prennent leurs vacances ici cet été —, la fréquentation des auberges, des campings et des plages après des mois d’un austère confinement seront un véritable test. Et il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une répétition générale en vue d’un automne où altruisme, discipline et vigilance seront des vertus cardinales.

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