La fuite en avant

« Les enfants et les petits-enfants du Canada jugeront cette génération selon ses actions, ou son inaction, à l’égard du plus grand défi de notre époque : les changements climatiques. »

Ainsi s’exprimait un Justin Trudeau solennel lors de son plus récent discours du Trône, en décembre dernier. Posons les termes du débat plus crûment : les électeurs jugeront de la sincérité du gouvernement Trudeau en matière de lutte contre les changements climatiques à l’intérieur du présent mandat.

À ce jour, le discours environnemental de Justin Trudeau sonne creux. Ses actions contredisent ses belles paroles. La semaine dernière, la Cour d’appel fédérale a donné raison au gouvernement fédéral dans le litige l’opposant à quatre nations autochtones qui contestaient l’expansion du pipeline Trans Mountain. Cette décision empreinte de bon sens, d’un point de vue juridique, confirme que l’obligation constitutionnelle de consulter les Premières Nations n’équivaut pas à leur octroyer un droit de veto sur le développement économique, fort heureusement.

Les environnementalistes et les opposants au projet devront se rendre à l’évidence. Trans Mountain ira de l’avant. L’oléoduc a été mis en terre, le terminal a été construit en Alberta et d’autres travaux sont en cours en Colombie-Britannique. Près des deux tiers du tracé ont été approuvés. L’entreprise se montre ravie de réaliser ce projet pour l’ensemble des Canadiens, ses clients et les communautés concernées par le projet. D’ailleurs, 120 des 129 groupes autochtones touchés par le projet l’appuient ou ne s’y opposent pas.

Le gouvernement Trudeau est le propriétaire de ce pipeline qui permettra d’acheminer 890 000 barils de pétrole par jour jusqu’au port de Vancouver. Il reste un écueil majeur sur sa route, soit de concilier son nouveau statut d’État pétrolier avec l’atteinte de son objectif pour rendre le Canada carboneutre d’ici 2050.

Pour l’heure, le gouvernement Trudeau donne l’impression de pelleter le problème en avant jusqu’à ce que les générations futures s’aperçoivent, au mitan du XXIe siècle, qu’un Canada carboneutre était une belle supercherie.

Les choses seraient peut-être différentes si les libéraux arrivaient avec un plan structuré qui conditionnerait l’exploitation du pétrole de schiste dans l’Ouest à des investissements publics massifs pour accélérer la décarbonisation de l’économie, mais il n’en est rien.

La politique environnementale de Justin Trudeau est au service de l’unité nationale. Jusqu’où ira-t-il pour apaiser la colère de l’Alberta et de la Saskatchewan, deux provinces déterminées à extraire les richesses fossiles de leur sous-sol ? Les générations futures sont en droit de le savoir. Maintenant.

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