Charles Émond à la Caisse: primordiale indépendance

Pour occuper le poste crucial de président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le gouvernement Legault a jeté son dévolu sur Charles Émond, arrivé à la Caisse il y a un an après 18 ans passés à la Banque Scotia où il a gravi les échelons pour occuper de hautes fonctions dans le placement privé sur la scène internationale.

Il remplace une grosse pointure en la personne de Michael Sabia qui, à partir de 2009, a redressé la Caisse, amochée par la crise financière, en orientant les portefeuilles vers des actifs tangibles et des placements directs pour dégager des rendements qui dépendent moins des marchés boursiers et des instruments financiers spéculatifs. Même si la Caisse tire aujourd’hui le gros de ses rendements de ses placements à l’étranger, elle continue à investir dans des entreprises québécoises qui lui fournissent, bon, mal an, des rendements non négligeables. Le bilan de Michael Sabia est très positif, malgré certaines bavures : pensons à la Cimenterie McInnis et aux conflits d’intérêts au sein de la filiale Otéra. Opiniâtre et parfois cassant, Michael Sabia a su mener à bien la double mission de la Caisse : produire un rendement solide à moyen et long terme tout en appuyant le développement économique du Québec, deux objectifs qui ne sont absolument pas incompatibles. Et il a su préserver jalousement l’indépendance de la Caisse.

Avec Charles Émond, qui est âgé de 47 ans, c’est une autre génération qui prend les commandes. Le nouveau président est doté d’une intelligence vive et s’exprime aisément. On le dit affable, bien élevé, des qualités valorisées chez les banquiers qui évoluent dans un monde où le sens de la hiérarchie et la docilité sont des vertus cardinales.

Il devra composer avec un premier ministre et un ministre de l’Économie qui croient en la valeur de l’intervention de l’État dans l’économie, ce qui n’est pas un mal en soi. Mais le nouveau président ne peut se comporter en béni-oui-oui : il doit maintenir l’indépendance de la Caisse.

Charles Émond arrive au moment où la valorisation des marchés boursiers, après dix ans de croissance, est à un sommet. Il est fort possible que la Caisse traversera, durant la durée de son mandat de cinq ans, une correction boursière, voire une récession. Mais au-delà de ces aléas, la Caisse a un rôle extrêmement important à jouer pour soutenir l’adaptation des entreprises québécoises à une concurrence de plus en plus mondialisée et numérique. Surtout, l’institution devra contribuer à transformer l’économie du Québec pour qu’elle participe pleinement à la profonde et vitale révolution verte.

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