Ottawa-provinces: une unité de façade

On s’attendait à des prises de bec, il en est plutôt ressorti une entente qu’on peut qualifier de stratégique entre les premiers ministres des provinces réunis lundi à Toronto. Dans le communiqué publié en fin de séance, il n’est donc pas question de pipeline ou de taxe sur le carbone, et encore moins de laïcité, trois sujets qui ont pourtant été au centre de la politique canadienne au cours des derniers mois.

Les premiers ministres ont quand même placé en tête de leurs priorités communes de « poursuivre l’exploitation des ressources naturelles de manière responsable et [d’]assurer un accès aux marchés pour les produits canadiens, dont les méthodes de production figurent parmi les plus durables et les plus éthiques au monde ». De quoi est-il question, ici, sinon d’hydrocarbure ?

Voilà une façon simple, sinon habile, de réconcilier les intérêts des uns et des autres sans s’engager pour autant à laisser passer, qui un pipeline à travers le Québec, qui une ligne de transport d’électricité du Québec vers l’Ontario.

Trêve de finasseries. Contrairement à ce que leurs préliminaires laissaient présager, nos premiers ministres ont eu l’intelligence de mettre temporairement leurs différends de côté pour unir leurs forces devant un gouvernement minoritaire nouvellement élu à Ottawa. Et là, pas de doute : le moment est bien choisi pour rappeler à M. Trudeau que l’augmentation annuelle de 3 % de la contribution fédérale au financement de la santé ne suffira pas pour faire face au vieillissement de la population. Oubliez votre beau et grand projet d’assurance médicaments universelle, M. Trudeau, et attelez-vous à rétablir un niveau acceptable de contribution aux soins.

Alors que le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, menace depuis son élection de tenir un référendum pour dénoncer le programme fédéral de péréquation dont sa province ne profite pas, tous les premiers ministres réunis à Toronto, y compris M. Kenney, se sont contentés d’exiger d’Ottawa qu’il « renforce » un petit programme parallèle de « stabilisation fiscale » destiné aux provinces qui font face à une chute brutale et temporaire de leurs revenus. Il faut dire que M. Kenney aurait été mal venu de reprendre sa litanie de critiques envers le Québec qui reçoit des milliards en péréquation étant donné la présence autour de la table de quatre autres provinces qui dépendent beaucoup plus de ce programme.

Là où les premiers ministres ont sans doute mis le moins de temps à trouver une position commune, c’est dans leurs demandes à Ottawa d’accélérer les procédures tatillonnes de financement des projets d’infrastructures qu’elles auront à réaliser et de cesser d’imposer sa propre évaluation environnementale par-dessus celle des provinces pour les projets d’exploitation de ressources. Ce qui ne va pas de soi étant donné le partage des compétences en matière d’environnement entre les deux ordres de gouvernement.

On comprend la complicité du Québec et de l’Alberta en matière d’évaluation environnementale d’un chantier d’exploitation situé sur leur territoire respectif. Mais pensons à la protection des espèces menacées, à la construction de pipelines ou au transport maritime.

Difficile aussi de reprocher à Ottawa de prendre ses responsabilités dans la lutte contre le réchauffement climatique en imposant une taxe sur le carbone dans les provinces qui ne veulent pas reconnaître l’urgence d’agir.

Les premiers ministres des provinces doivent rencontrer leur vis-à-vis fédéral en janvier. L’unité retrouvée tiendra-t-elle et, surtout, fera-t-elle le poids devant le premier ministre d’un gouvernement minoritaire d’abord préoccupé de plaire à un électorat en mal de gains individuels ?

2 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 4 décembre 2019 08 h 55

    Le titre de l'article traduit fidèlement la réalité. C'est une unité de façade en effet.

    Et le pire, c'est que l'unité en question ne vise qu'à rassurer les derrières de chacun. Qui y a-t'il de commun entre la Colombie Brittanique et l'Ile du prince Edward je vous le demande ? Et ce n'est qu'un exemple.

    Tôt ou tard cette soi-disant unité éclatera et nous serons face au même dilemme: Qu'est-ce que nous avons à faire, dans ce soi-disant pays?

    Et il n'est pas dit que ce ne sera pas sous le règne de Legault quoiqu'il en dise !

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 4 décembre 2019 12 h 42

    Bourassa et Legault

    Deux faibles PM ,le dernier devrait etre le plus fort des deux ,mais il n'en n'est rien. A la boxe Le gault encaisse les claques du fédéralisme,

    au pointt que pour arrèter le supplice je lui souhaite un knock-out qui le réveillera vigoureusement et abandonnera ce sport nocif et se reconv

    ertira dans la construction du pays ,Laissant au PLQ les amoureux d'Ottawa et des Trudeau .