Des dépenses à surveiller

Le troisième budget de l’administration Plante-Dorais n’est pas catastrophique, mais il n’est pas rassurant dans une perspective de contrôle des dépenses municipales à long terme.

La mairesse, Valérie Plante, et le président du comité exécutif, Benoit Dorais, ont présenté un budget de 6,17 milliards de dollars, en hausse de 8,1 % par rapport à 2019. L’opposition officielle s’inquiète de l’humeur dépensière de l’administration de Projet Montréal.

Depuis 2017, le budget a gonflé de près d’un milliard de dollars. « On parle de 17,6 % d’augmentation en trois ans. On parle de 1200 employés de plus en trois ans », a déploré le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez. La décision de payer au comptant certains projets en immobilisations contribue à la hausse. En les excluant du calcul, Benoit Dorais établit la hausse des dépenses réelles à 3,7 %, mais n’empêche. La rémunération globale (2,38 milliards) est en hausse de 3,5 % par rapport à 2018. L’effectif (23 630 personnes-année) gonfle de 403 personnes, en hausse de 1,7 %. En matière de finances publiques, Projet Montréal est un projet expansionniste.

La grande question consiste à déterminer si les Montréalais en auront pour leur argent. La mairesse Plante a exprimé son souhait que les investissements se traduisent par des changements quotidiens qui vont paraître « dans la face du monde ». Les 2,1 milliards sur trois ans réservés au transport collectif, dans l’enveloppe allouée à l’urbanisme et à la mobilité, constitueront sans doute un des éléments les plus visibles de cette stratégie. Idem pour les 635 millions consentis à l’acquisition et à la préservation des espaces verts.

L’administration Plante-Dorais a bien raison de penser au bien-être de ses citoyens, mais encore faudra-t-il qu’elle mette l’accent sur les services relevant de sa mission. À ce chapitre, les commentaires du président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, sont fort instructifs. En 2020, la Chambre accordera une attention particulière aux dépenses de la Ville ne relevant pas de ses prérogatives afin d’inculquer à Québec et à Ottawa un sens des responsabilités sur les services relevant de leurs champs de compétence. Nous y voyons aussi une façon polie de rappeler que Montréal n’est pas un État dans l’État. L’administration Plante-Dorais a tout intérêt à cibler ses interventions si elle souhaite contrôler ses dépenses.

Ce budget n’est pas le cataclysme appréhendé par l’opposition non plus. La hausse moyenne des charges fiscales dans le secteur résidentiel (1,8 %) n’excède pas l’inflation. Par contre, en incluant les taxes d’arrondissements, la hausse moyenne des charges fiscales monte à 2,1 %. Dans 7 des 19 arrondissements, les hausses dans le secteur résidentiel dépassent l’inflation. Dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, le Plateau-Mont-Royal et Verdun, les propriétaires résidentiels connaîtront des hausses de taxes supérieures à 3 %. Les bonnes nouvelles ne sont pas réparties de manière universelle.

Les mesures d’allégement du fardeau des commerçants, dont le compte de taxes augmentera de 1,5 % en moyenne, contribueront à l’essor des commerces de proximité, lesquels sont essentiels au dynamisme et à la qualité de vie montréalaise. Pour les commerces locaux, la baisse de taxes de 12,5 % sur la première tranche de 650 000 $ d’évaluation est une bouffée d’air frais.

Enfin, l’administration Plante-Dorais poursuit un ambitieux plan de réfection des infrastructures souterraines (conduites d’eau et d’égout), avec des investissements de 1,8 milliard. Cela nécessite un certain courage, compte tenu des désagréments provoqués par ces travaux aux retombées politiques sans gloire. Ces chantiers sont beaucoup moins attrayants que l’aménagement de parcs, d’espaces verts et de places publiques, mais tout aussi utiles pour l’avenir de la métropole.

La conjoncture économique favorable et la croissance soutenue du marché immobilier se traduisent par une hausse naturelle des valeurs foncières et des revenus de la Ville. Cette marge de manoeuvre ne sera pas éternelle, ne l’oublions pas, au risque de connaître des lendemains qui déchantent.

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