Le grand nettoyage

Un des premiers gestes du nouveau commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Frédérick Gaudreau, fut de procéder à un « contrôle de qualité » des enquêtes en cours, un exercice « rigoureux », selon ses mots, qui a conduit à l’abandon de plusieurs d’entre elles. À un grand nettoyage, en quelque sorte.

Il faut croire que, pour plusieurs de ces enquêtes — le commissaire n’a pas voulu en préciser le nombre —, la qualité n’était pas au rendez-vous. Ce n’est pas que des crimes n’ont pas été commis, que ce qui avait l’apparence d’une fraude n’en était pas une ou que les magouilles étaient le fruit de l’imagination de juricomptables. Non, c’est que l’UPAC ne pouvait convaincre le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) que ses dossiers étaient suffisamment solides, quand ce n’est pas que la preuve est inutilisable parce qu’elle n’avait pas été obtenue selon les règles.

« Le droit a évolué énormément dans les dernières années », a fait valoir Frédérick Gaudreau, nommé par l’Assemblée nationale au début d’octobre après un intérim de près d’un an.

Le dernier des cafouillages de l’UPAC, c’est l’abandon de l’enquête Justesse qui visait des collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec et des dirigeants de la Société immobilière du Québec (SIQ). Une enquête de Radio-Canada ainsi que des rapports de juricomptables et du Vérificateur général du Québec avaient mis au jour les stratagèmes qui conduisaient à des comptes en Suisse et aux Bahamas. Frédérick Gaudreau a refusé d’expliquer les raisons de cet « échec », un qualificatif qu’il a finalement accepté d’employer.

Les méthodes douteuses des enquêteurs de l’UPAC sont parfois en cause : on l’a vu avec l’arrêt des procédures contre Frank Zampino — suprême humiliation, s’il en est. Mais le manque d’expertise du corps de police en matière de crimes économiques est aussi pointé du doigt. Le commissaire réclame que l’UPAC puisse embaucher comme enquêteurs des comptables, des informaticiens et des avocats qui ne sont pas passés par l’école de police, ce que sa loi ne lui permet pas.

L’UPAC est maintenant délestée de stériles enquêtes qui s’éternisaient. Et on ne sait pas encore si l’enquête Mâchurer sur Jean Charest et Marc Bibeau est de la même eau… de boudin.

Justesse n’est pas justice. Pas surprenant que la confiance du public envers l’UPAC se soit effritée, comme l’a reconnu le nouveau commissaire. Bien des efforts et toute sa rigueur seront nécessaires pour la rétablir.

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