Un vendredi pour la planète

Un pan d’histoire s’est écrit vendredi dans les rues du globe : la grève mondiale pour le climat, menée par une jeunesse convaincue et convaincante, a mobilisé des foules records. Partout, portés par un sentiment d’urgence et une ferveur signés Greta Thunberg, les éclaireurs de conscience que sont les jeunes tentent de convaincre les politiciens de traduire cette urgence en actions concrètes. La tâche n’est pas mince.

En Australie, en Allemagne, à New York, aux États-Unis, des foules monstres déambulent pour ébranler les autorités. La formule est éprouvée depuis des siècles : que gronde la rue, que changent les politiques. À l’époque des grandes marches pour l’abolition de l’esclavage ou le droit de vote des femmes, rares sont ceux qui auraient pu prédire qu’aujourd’hui on scanderait des slogans militant pour la sauvegarde de la Terre. Autre temps, autres moeurs.

Combinée aux données scientifiques qui militent pour des changements radicaux, la clameur de la rue n’est pas vaine, comme certains esprits endurcis le croient. La chancelière allemande, Angela Merkel, a choisi le vendredi pour la planète pour annoncer un plan de transition énergétique assorti d’un financement de 100 milliards d’euros d’ici à 2030, le tout axé sur la réduction des émissions polluantes. Le plan est le fruit d’âpres négociations entre les partis.

Le mouvement lancé hier donne le coup d’envoi à une semaine d’importance dans le champ de l’environnement : lundi s’ouvre à New York un sommet exceptionnel de l’ONU sur le climat. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le martèle : « C’est la menace la plus grave pour notre planète, et c’est une bataille que nous ne sommes pas en train de gagner. Le changement climatique est en train de courir plus rapidement que nous. »

Au Québec, cette semaine axée sur le climat culminera le vendredi 27 septembre par une marche qui pourrait rassembler une foule historique. La hardiesse de la jeunesse se heurte à des résistances. Le niveau d’urgence n’est pas saisi partout de manière égale — à preuve, le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, nie un lien de cause à effet entre l’activité humaine et les changements climatiques et Greta Thunberg demeure aux yeux de certains une hurluberlue répercutant l’exagération climatique.

Les réticences du premier ministre François Legault et de son ministre de l’Éducation à voir les enseignants marcher aux côtés des élèves vendredi prochain créent toute une dissonance avec l’à-propos de ce mouvement de mobilisation, qui n’est pas un générateur de frénésie panique, mais bien de lucidité. Détonne aussi la mauvaise humeur du collectif « La planète s’invite au Parlement » autour de la présence annoncée du ministre de l’Environnement Benoit Charette à la marche. Sa participation, indispensable, témoigne au contraire d’un pas dans la bonne direction. Tous les espoirs, dans cette quête nécessaire, sont permis.

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14 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 21 septembre 2019 07 h 16

    Maman

    Maman, ça fait quoi la grève mondiale pour le climat? Bien oui, on scande des slogans militants mon chou et les méchants GES vont se sauver parce qu'ils ont peur et nous laisser tranquille. Mais maman, si nous sommes trop sur la planète, qui est-ce qui pourra survivre? Mange tes carottes mon chou.

    • Marc Therrien - Abonné 21 septembre 2019 10 h 38

      Je ne sais pas si votre marotte de la surpopulation est en voie d'atteindre une intensité obsessionnelle qui la rendrait pathologique. De toute façon, si on ne fait rien de significatif le système planétaire, le cela qu'on ne voit pas et qui agit, se chargera bien de s'auto-réguler et les moins adaptés disparaîtront. C'est Darwin qui y a pensé. Si vous habitez le centre des terres, plus au nord, vous aurez de meilleures chances de survivre plus longtemps que si vous habitez le long des côtes marines, par exemple. Si c'est votre situation, vous avez donc encore beaucoup de temps pour y penser.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 21 septembre 2019 16 h 19

      Les philosophes seront les premiers à disparaître. Désolé.

  • Jean Richard - Abonné 21 septembre 2019 10 h 40

    Le gretascepticisme

    « Maxime Bernier (...) Greta Thunberg demeure aux yeux de certains une hurluberlue répercutant l’exagération climatique. »

    Depuis le début de cette enflure médiatique autour de l'adolescente suédoise, le débat s'est dangereusement polarisé, ce qui est malsain. On a d'un côté la vénération de l'icône de l'environnement et de l'autre, la condamnation de ceux qui osent émettre le moindre doute. Mettre dans une même phrase le nom de Maxime Bernier et tout doute à propos à propos de la virginité idéologique d'une jeune fille en dit long sur l'esprit critique qui devrait pourtant rester présent dans toute discussion. Qu'on se le dise, le monde n'est pas binaire, partagé entre ceux qui vénèrent Maxime Bernier d'un côté et Greta Thunberg de l'autre, les deux camps étant de farouches opposants.

    « une jeunesse convaincue et convaincante, a mobilisé des foules records » – Des foules records ? Oui, peut-être. Pourtant, remontons le temps jusqu'en 1969 et ajoutons à cette époque ce qui n'existait pas, les réseaux sociaux et leur hyper-rapide contagion virale. En 1969, l'évènement phare du mouvement Peace and Love s'appelait Woodstock, un festival qui a attiré 400 000 personnes, majoritairement des jeunes. Qu'aurait été le Peace and Love et Woodstock propulsés par des Facebook, Instagram, Twitter ?

    Que reste-t-il de Woodstock 50 ans plus tard ? La paix et l'amour sont-ils devenus les valeurs centrales de nos sociétés ? Et que restera-t-il des marches pour le climat, non pas dans 50 ans, mais dans peut-être seulement 5 ans ? Car s'il faut en croire les médias, le niveau de conscience et de réflexion pourrait ne pas dépasser celui de slogans à pancartes. Les médias nous montrent le spectaculaire des foules mais bien peu sur le fond du débat, sur son contenu.

    Et si la planète s'invitait à Woodstock ? Et si Greta était une nouvelle Janis Joplin (en plus drabe), connaissant l'art d'attirer les foules, des foules venues l'applaudir ?

    • Marc Therrien - Abonné 21 septembre 2019 11 h 08

      Pour ma part, j'ai décidé de ne pas me trouver parmi ceux qui pourraient assassiner un petit Mozart pour paraphraser le titre d'un livre de Gilbert Chesbron dans lequel il a écrit: "En tout domaine, le génie de l’enfance est de découvrir l’essentiel sans connaître le nom qu’il porte."

      Marc Therrien

    • Marc Pelletier - Abonné 21 septembre 2019 14 h 32

      Je constate toutefois que le slogan " Peace and Love ", enveloppé dans un nuage de fumée, était beaucoup sexy et demandait beaucoup moins d'efforts que les marches passées et à venir pour sensibiliser les populations et conséquemment les gouvernements au réchauffement de la planète. La motivation chez les jeunes n'est pas injectée de la même façon qu'en 1969 : ils se tiennent debout pour la cause !

      Je dis bravo à tous nos jeunes qui agissent en marchant pour secouer l'inertie de nos gouvernements !

    • Jean Richard - Abonné 22 septembre 2019 01 h 01

      Le mouvement Peace and Love tournait autour de quelques thèmes dont l'armement nucléaire, une menace plus grande que les changements climatiques, la guerre du Vietnam, une guerre qui en une douzaine d'années a fait 1,5 million de morts, bien plus qu'en feront les changements climatiques au cours de douze prochaines années. À tous ces morts s'ajoutent des millions de réfugiés. Qui n'en a jamais côtoyés ?
      Et outre le nucléaire et la très meurtrière guerre du Vietnam, le mouvement se faisait l'apôtre d'une vie plus simple pour... diminuer la pollution car dans les années 60, on parlait déjà, et depuis un certain temps, de pollution.
      Le mouvement proposait une révolution à partir de l'intérieur, ce qui ne demandait pas moins d'efforts que les marches pour le climat où on n'a pas de solution venant de l'intérieur, mais des accusations générationnelles.
      La motivation ? Prenons le cas du nucléaire : quand on conseillait aux gens de se construire des abris pour se protéger des radiations, quand de nombreuses villes se sont donnés des systèmes d'alerte avec un réseau de sirène (elles n'étaient pas invisibles ces sirènes), quand on savait qu'une éventuelle troisième guerre mondiale sèmerait rapidement la destruction sur la planète si on décidait d'utiliser des armes nucléaires.
      La recette de sensibilisation des masses était finalement assez semblable à celle qu'on connaît aujourd'hui : une dose de catastrophisme, une dose d'émotivité, des slogans pour les pancartes et les teeshirts et des vedettes parfois messianiques... un John Lennon par exemple. ou un Bob Dylan – il faudrait peut-être réécouter « The Times They Are A-Changin’ » pour comprendre qu'il n'y a rien de nouveau dans le discours de Greta.

    • Marc Pelletier - Abonné 22 septembre 2019 09 h 18

      M. Richard,

      Le climat nous laissera savoir ce qui aura changé d'ici 5 ans : nous n'aurons besoin ni des médias, ni des marches ni des pancartes pour nous le rappeler car le climat nous communiquera lui-même, encore plus qu'aujourd'hui, son propre message.

      Même si l'amour et la paix seront peut-être en partie sauvegardés, la marche du climat, qui apparaît irréversible, nous rappellerera alors que le confort et la richesse ne sont pas des valeurs garanties à vie !

  • Richard Leclerc - Abonné 21 septembre 2019 11 h 49

    Benoit Charette ne mérite pas de védir son image à la manifestation du 27 .

    Je suis clairement en désaccord avec vous par rapport à la présence du ministre de l'Environement à la manifestation du 27 pour le climat. La gaffe ça serait plutôt de laisser Charette s'afficher au côté de Greta pour verdir son image et celle de la CAQ alors qu'ils affichent déjà leur préjugé favorable à GNL Québec, le projet le plus polluant au Québec. La CAQ méritera de marcher pour le climat et avec la jeunesse québécoise quand elle aura compris la nécessité d'accélérer sérieusement la décarbonisation de notre économie. Ce qu'elle ne démontre pas du tout pour le moment en promettant des milliards pour un troisième lien inutile et polluant favorisant l'étalement urbain. De même quand elle cessera de dire à la jeunesse de rentrer sagement à l'école et de leur faire confiance.

  • Benoit Gaboury - Abonné 22 septembre 2019 09 h 09

    Il faut choisir son camp dès maintenant, M. Legault

    C'est une erreur importante que M. Legault commet de ne pas appuyer cette journée contre le réchauffement climatique et de chicaner les enseignants qui y accompagneraient les étudiants et étudiantes. Par ce réflexe autoritaire, il va apparaître comme le cas type de politicien que les jeunes veulent justement «réveiller» pour leur inaction, Greta Thunberg en tête, et il montre, j'ai l'impression, qu'il a quelque chose d'autre en tête qu'il ne peut sans doute pas avouer. Et ce à l'heure où le Québec se voit sollicité pour des projets de pipeline ou de gazoduc, par le Nord ou le Sud du Saint-Laurent, qui sont toujours dans l'air et pour lesquels on promet sans doute, en échange des autorisations requises, mer et monde à nos politiciens, comme le veut la coutume. Mais quel bienfait obtenir qui puisse justifier ainsi un tel accroissement dans la production des gaz à effet de serre? Tout de suite on ne peut penser qu'à des intérêts privés, malheureusement, fort lucratifs mais pour un petit nombre d'individus. Il faut se rappeler que dans le cas du projet «le Suroît» qui était une centrale thermique fort polluante au gaz naturel près de Montréal, une longue campagne d'opposition médiatisée pour qu'on abandonne enfin le projet s'est déroulée, mais, en douce, à la faveur de la lassitude des médias et des manifestants, on autorisa une usine semblable au gaz naturel à Bécancour, propriété de TransCanada, qui d'ailleurs n'a jamais rien produit, et qui nous aura coûté deux milliards de dollars jusqu'à maintenant. C'est dans cette optique qu'il faut voir la situation de François Legault et la réaction des climatosceptiques, qui sont au fond des pro-industrie pétrolière, intéressés uniquement par leur argent. C'est toute une génération de jeunes qu'il va se mettre à dos – avec leurs parents et aussi la profession enseignante en entier - à trop tarder à choisir son camp, à moins qu'il ne se voit déjà plus, en secret, un long avenir.

  • Marc Pelletier - Abonné 22 septembre 2019 10 h 54

    Va-t-il bouger ?

    M. Legault est, semble-t-il , motivé à créer " des jobs payants " pour les québecois : je n'ai rien contre.

    Toutefois, rien ne m'indique qu'il dirige ses efforts en lien avec la protection de l'environnement !

    Comme le dit Mme Rosa Ortiz Quizano dans son article de ce matin, dans la section idées : " Les jeunes s'organisent à l'échelle planétaire et revendiquent leur droit légitime à un avenir ".

    Et elle ajoute : "Souhaitons que la conscience qui anime les jeunes fasse surgir le plus grand tournant de notre histoire . "

    À voir aller les choses, je suis toutefois porté à penser que nos gouvernants n'ont pas d'enfants, ni de petits-enfants !