Travailleurs étrangers en mal de protection

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a annoncé différentes mesures, dont des subventions, pour soutenir les entreprises dans leurs démarches pour recruter des travailleurs étrangers temporaires.

Ainsi, 21 millions seront consacrés jusqu’en 2021 à financer 50 % des frais engagés par les entreprises pour leur recrutement à l’étranger, jusqu’à concurrence de 5000 $. En outre, une part des frais de déménagement des travailleurs recrutés sera remboursée, tandis que l’État leur offrira des services d’emploi ainsi qu’à leur conjoint.

Le gouvernement caquiste considère le recours aux travailleurs étrangers comme un des moyens pour atténuer la rareté de main-d’oeuvre, voire les pénuries, qui touchent les différents secteurs de l’économie ainsi que les PME en région.

Notons que, sur les 20 000 travailleurs étrangers répertoriés, on compte 12 000 ouvriers agricoles qui occupent un emploi saisonnier. Les 8000 autres répondent souvent à des besoins non pas temporaires, mais à l’année : leur statut pourrait les conduire à devenir des candidats à l’immigration économique, un parcours que privilégie le gouvernement Legault.

On ne peut s’opposer à l’aide que Québec veut apporter aux employeurs qui doivent surmonter plusieurs embûches et assumer des frais non négligeables pour recruter à l’étranger. En vertu des règles établies par le gouvernement fédéral qui gère le programme des travailleurs étrangers temporaires, ils doivent notamment fournir une étude d’impact pancanadienne sur le marché du travail pour chacun des candidats approchés.

En revanche, on ne peut ignorer que ces travailleurs, qui sont liés par contrat à un employeur unique, ont souvent une piètre connaissance de leurs droits en sol québécois et peuvent être l’objet d’abus de la part d’un patron qui peut les congédier de façon arbitraire et ainsi les forcer à rentrer dans leur pays.

Le ministre Boulet a promis de publier un règlement, à la faveur d’une récente modification de la Loi sur les normes du travail, pour encadrer les agences de recrutement qui devront s’assurer que les travailleurs étrangers connaissent leurs droits. Les employeurs seront aussi soumis à certaines obligations. On attend toujours ce règlement.

Mais les véritables changements doivent provenir d’Ottawa, qui doit revoir son programme afin de réduire la vulnérabilité des travailleurs recrutés et les abus dont ils sont l’objet, tout en assouplissant les exigences bureaucratiques imposées aux entreprises.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 28 août 2019 06 h 56

    Les travailleurs étrangers doivent avoir l'aide du Québec et du Canada!.

    Bravo M. Dutrisac pour cet éditorial. Nul doute que le Québec a besoin de ces travailleurs étrangers qui doivent quitter temporairement leur pays et faie vivre à distance leur famille. Voilà des gens courageux, habitués à travailler à la dure, et qui méritent du respect, le nôtre bien sûr, mais aussi celui de leurs employeurs. En effet, la tentation de quelques uns de ces derniers de profiter de la méconnaissance de tous leurs droits est un handicap qu'il faut éliminer par des réglements établis par les deux paliers de gouvernement. Enfin, ils feront d'excellents candidats pour devenir des citoyens à part entière, avec leur famille, en faisant un pied de nez à ceux qui ne veulent pas ou peu d'immigrants au Québec particulièrement!

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 août 2019 10 h 37

    « encadrer les agences de recrutement qui devront s’assurer que les travailleurs étrangers connaissent leurs droits» (Robert Dutrisac)



    Le recrutement devrait être du ressort d'une agence gouvernementale, parce que les abus commencent avec les agences privées.

    Il en va de même avec le travail en intérim, où les agences privées parasitent les travailleurs.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 août 2019 11 h 35

    « encadrer les agences de recrutement qui devront s’assurer que les travailleurs étrangers connaissent leurs droits» (Robert Dutrisac)



    Le recrutement devrait être du ressort d'une agence gouvernementale, parce que les abus commencent avec les agences privées.

    Il en va de même avec le travail en intérim, où les agences privées parasitent les travailleurs.