Ententes sur la main-d’oeuvre: une avancée pour le Québec

Par le truchement d’une entente administrative, le gouvernement fédéral a accepté de transférer à l’État québécois les sommes qu’il consacre au soutien à l’emploi des jeunes. C’était une demande que formule depuis 20 ans le gouvernement du Québec qui a toujours considéré que la formation de la main-d’oeuvre relève de sa compétence.

En 1997, les gouvernements Bouchard et Chrétien ont signé l’entente Canada-Québec relative au marché du travail, qui transférait à l’État québécois la responsabilité du soutien à l’emploi et de la formation de la main-d’oeuvre, ainsi que les importantes sommes qui y étaient associées et qui, pour l’essentiel, provenaient du compte de l’assurance-emploi. S’en est suivie une réorganisation majeure, marquée par l’intégration de fonctionnaires fédéraux dans la fonction publique québécoise et le développement du réseau d’Emploi-Québec, un déploiement qui, à ses débuts, ne s’est pas fait sans heurts.

Mais le gouvernement Chrétien a conservé un volet d’intervention en main-d’oeuvre ciblant les jeunes, essentiellement pour des raisons politiques. Au lendemain d’un référendum qui avait donné des sueurs froides au Canada anglais, Ottawa voulait s’assurer d’une présence et d’une influence auprès des jeunes que d’autres initiatives, comme les Bourses du millénaire ou les chaires de recherche fédérales, visaient aussi à consolider. Si on se fie à la chute de l’appui des jeunes à l’option souverainiste, on peut considérer que la stratégie fédérale a atteint ses objectifs, bien qu’elle ne soit pas, à l’évidence, le seul facteur en cause, ni, sans doute, le plus déterminant.

Le Québec a mis sur pied un modèle unique au Canada avec la Commission des partenaires du marché du travail, qui réunit les centrales syndicales, le patronat, le milieu de l’enseignement, les groupes communautaires de soutien à l’emploi et les organismes gouvernementaux ainsi que les bureaux d’Emploi-Québec et le réseau de Carrefours jeunesse emploi présents dans toutes les régions.

Parallèlement, le gouvernement fédéral a poursuivi ses initiatives pour soutenir l’emploi chez les jeunes au Québec avec sa Stratégie emploi et compétences jeunesse qui était source de chevauchements et dont l’efficacité était plus que douteuse. Ce sont les sommes réservées à cette stratégie qui sont transférées en vertu de la dernière entente, soit 135 millions répartis sur cinq ans. Pour mettre ce montant en perspective, le gouvernement québécois dépense 200 millions par an pour des mesures actives d’emploi destinées aux jeunes.

Le ministre québécois du Travail, de l’Emploi, et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a qualifié d’« historique » cette entente et de « gain majeur » pour le Québec en vue d’affirmer la différence au sein du Canada. Il s’agit, à ses yeux, du transfert de la pleine compétence des programmes de formation professionnelle et de soutien à l’emploi visant les jeunes, et ce, sans obligation de rendre des comptes.

Ottawa nie qu’il y ait transfert de compétence. D’abord, l’entente est d’une durée limitée à cinq ans, a-t-on avancé. Ensuite, Québec devra rendre des comptes, tout en garantissant de la visibilité au gouvernement fédéral.

Dans les faits, le gouvernement Legault devra produire un plan annuel, un état des dépenses engagées et une évaluation des résultats atteints. Mais ce sont là les mêmes exigences que celles contenues dans l’entente de 1997 et ce sont des comptes que l’État québécois compile de toute façon pour ses propres fins.

En revanche, le gouvernement Legault devra rappeler la contribution financière du fédéral et Ottawa devra approuver toutes les activités de communication reliées aux sommes transférées. C’est une exigence tatillonne qui va plus loin que l’entente de 1997.

Au-delà des susceptibilités fédérales, il est vrai que le Québec pourra dépenser ces 135 millions conformément à ses priorités et à ses programmes. Personne ne peut s’opposer à davantage de cohérence et d’efficacité pour assurer une meilleure participation des jeunes au marché du travail. Selon le Ministère, 120 000 jeunes québécois ne sont ni aux études, ni en emploi. C’est considérable.

En plus de cette entente sur les jeunes, Québec et Ottawa, après deux ans de négociations ardues, viennent de renouveler les ententes générales de transfert relatives au marché du travail qui portent sur une somme de 5,4 milliards d’ici 2023, soit 680 millions de plus qu’auparavant.

Le gouvernement fédéral reconnaît ainsi que c’est au Québec que la rareté de la main-d’oeuvre est la plus importante au Canada, comme l’a souligné le ministre fédéral Jean-Yves Duclos. Et c’est au gouvernement du Québec d’assumer ses responsabilités à cet égard en exerçant pleinement ses compétences.

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3 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 24 août 2019 01 h 25

    Précision

    «Selon le Ministère, 120 000 jeunes québécois ne sont ni aux études, ni en emploi. C’est considérable.»

    Selon un document récent de l'Institut du Québec, la proportion de jeunes québécois qui ne sont ni aux études, ni en emploi est passée de plus de 20 % au milieu des années 1980 à 7,2 % en 2018, soit un taux vettement inférieur à celui de l'Ontario (10 %). Même si on doit poursuivre nos efforts pour faire diminuer ce taux, il aurait été bon que cette amélioration spectaculaire soit soulignée par l'éditorialiste.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 24 août 2019 11 h 44

      Oui M. Jodoin il serait utile de souligner cette bonne nouvelle, car demain, au Québec, les jeunes seront aux commandes de l'état, des entreprises et comme employé(e)s de celles-ci! Quant aux apects politiques, ou plutôt des jeux politiques du gouvernement fédéral, tel que celui de mieux contrôler l'enjeu de l'indépendance et de la souveraineté du Québec, il y a partout des sbires pour vanter le fédéraliisme. Ainsi, Radio-Canada diffuse la même chose, presque le même slogan, celui du gouvernement fédéral, le maître à penser! À ce sujet, je me suis toujours posé la même question depuis des décennies, comment Élections Canada peut-il ignorer les informations qu'ils véhiculent pendant les élections, en félicitant les actions des libéraux et critiquant celui des conservateurs? Peut-on alors ignorer leur rôle sur les électeurs? Quelle démocratie! .

  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 août 2019 07 h 56

    En région au Québec les commerçants peinent à recruter des jeunes gens : il faut que la CAQ se réveille!

    Qui ne connaît pas les problèmes observés partout au Québec et pariculièrement en région? En fait, cette situation relève bien sûr des opportunités de travail plus alléchantes pour les jeunes car la rareté de la main d'oeuvre est généralisée. et elle frappe aussi les grandes entreprises. Autrefois, ils cumulaient, par exemple, les études au secondaire ou au cégep avec un travail partiel dans une des chaînes de restauration rapide. Avec la plupart des emplois occupés et un manque de travailleurs, le gouvernement provincial (la CAQ) n'est pas porté sur un accueil important d'immigrants, exprimant ainsi cette attitude ancienne, comme dans pas ma cour!
    La situation est grave et si rien n'est fait immédiatement c'est le Québec entier qui va y goûter! La maternellle 4 ans pose des problèmes, le manque de main d'oeuvre en est un autre qui fait appel à une mesure drastique, pour le bien de tous!