Groupe EI: un retour complexe

Environ 190 voyageurs extrémistes canadiens (VEC), un euphémisme pour désigner surtout des combattants du groupe armé État islamique (EI), se trouveraient encore à l’étranger, entre autres en Syrie et en Irak.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, n’est pas pressé de les rapatrier. D’une part, bon nombre d’entre eux sont détenus dans des zones difficiles d’accès, et le Canada ne veut pas compromettre la sécurité du personnel consulaire pour procéder au sauvetage de combattants qui ont déclaré la guerre aux valeurs occidentales en gonflant les rangs du groupe EI. D’autre part, ceux qui sont toujours au large ne voudront probablement pas revenir au pays de toute façon.

L’effritement du groupe EI pose de nombreux défis aux pays démocratiques. Après avoir assisté dans l’impuissance à la radicalisation armée de leurs citoyens, partis par milliers faire le djihad, voilà qu’ils doivent composer avec leur retour probable. La France gagne du temps en laissant les Kurdes et les Irakiens organiser un simulacre de justice. La Belgique jongle avec l’idée de rapatrier ses ressortissants et de les juger en sol national, malgré la difficulté de colliger des preuves. Le Royaume-Uni révoque la citoyenneté des combattants d’origine britannique. Aucun pays n’a trouvé jusqu’ici une solution pérenne au retour des djihadistes.

Au Canada, une soixantaine d’entre eux sont déjà revenus l’an dernier. L’approche canadienne oscille entre la répression pour les cas lourds et la réhabilitation (ou déradicalisation) pour les cas jugés récupérables. Depuis 2013, douze Canadiens ont été accusés d’avoir participé à des activités terroristes à l’étranger, et trois d’entre eux ont été reconnus coupables. C’est peu. Par ailleurs, il est encore difficile d’évaluer les mérites des programmes de déradicalisation, dont l’efficacité varie d’une province à l’autre.

M. Goodale juge que le Canada n’a aucune obligation légale de rapatrier les combattants canadiens du groupe EI, qui ont sauté à pieds joints dans le projet d’instauration d’un « califat » islamique barbare et sanguinaire. C’est jouer à l’autruche, dans l’espoir que le problème se règle de lui-même. Le Canada a cependant une obligation morale de venir en aide aux enfants qui avaient déjà la citoyenneté canadienne et qui sont coincés là-bas. Ils n’ont pas choisi la guerre folle de leurs parents.

Enfin, le Canada ferait mieux de se doter d’une stratégie nationale pour encadrer le retour des combattants du groupe EI, afin de préserver la sécurité publique, et de favoriser la réinsertion lorsque cela est possible.

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