Pesticides en agriculture: autre test pour les caquistes

Jeudi, les membres de la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (CAPERN) n’ont pas réussi à s’entendre sur un mandat d’initiative concernant l’usage des pesticides et autres produits chimiques en agriculture et dans l’alimentation. Les députés doivent toutefois reprendre leurs discussions après la relâche.

Cette intention des parlementaires découle du congédiement par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de l’agronome et lanceur d’alerte Louis Robert, qui a dénoncé l’emprise des fabricants de pesticides sur le Centre de recherche sur les grains (CEROM) et les pressions qu’exerce l’industrie sur les chercheurs.

Les libéraux insistaient pour que comparaisse le fonctionnaire déchu, ce que les députés caquistes ont refusé. Louis Robert aurait certes eu des choses à dire sur le sujet, mais il est vrai que le cas de l’agronome dépasse l’objet du mandat d’initiative, puisqu’il englobe aussi toute la question du sort réservé aux lanceurs d’alerte et l’opposition qui existe entre la loyauté dont doivent faire preuve les fonctionnaires envers leur ministère et leur devoir d’agir dans l’intérêt public.

Au surplus, l’agronome et son syndicat entendent entamer des procédures pour contester ce congédiement, ce qui semble incompatible avec une participation à une consultation publique.

Il y a quinze jours à peine, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a publié un rapport sur la présence de pesticides dans quatre rivières situées dans des zones de cultures de maïs et de soya. Ces cultures sont associées à l’usage intensif de pesticides et d’herbicides, notamment les néonicotinoïdes, ces insecticides dits tueurs d’abeilles, et l’herbicide glyphosate nécessaire à la production d’organismes génétiquement modifiés (OGM).

Ce dernier rapport n’a rien de rassurant. Ainsi, pour les néonicotinoïdes, on a relevé, dans 79 % à 100 % des échantillons, des dépassements du critère de qualité de l’eau pour la protection des espèces aquatiques, ce que les scientifiques appellent le critère de toxicité chronique, c’est-à-dire un état de nocivité permanent imputable à une pollution répétée sur une longue période. Dans le cas du glyphosate, le fameux Roundup conçu par Monsanto, multinationale américaine rachetée l’an dernier par le géant Bayer, le rapport note une « tendance significative à la hausse » et quelques dépassements du critère de toxicité chronique.

En clair, là où il y a culture intensive de maïs et de soya, les cours d’eau sont contaminés.

En matière de pesticides au Québec, il y a d’évidence quelque chose de pourri dans le royaume, comme en fait foi la récente prise de bec entre le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, et le président de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ), Michel Duval.

Ce dernier s’en est pris au président de l’UPA, qui plaide pour une réduction de l’usage des pesticides et le déploiement de pratiques plus écologiques. L’UPA réclame que le gouvernement augmente les budgets des centres de recherche et améliore « l’offre de services-conseils neutres ». Nombre d’agronomes, qui prodiguent des conseils aux agriculteurs, sont à la solde de fabricants de pesticides, ce que l’UPA déplore. C’est comme si les pharmaciens étaient des employés des compagnies pharmaceutiques.

Mais le président de l’OAQ s’est évertué à défendre cette apparence de conflits d’intérêts des agronomes-vendeurs de pesticides, comme s’ils étaient portés à recommander des solutions de remplacement, alors que c’est pourtant leur devoir déontologique de le faire. Michel Duval reconnaît implicitement le tort que causent les pesticides à l’environnement et les risques qu’ils présentent pour la santé humaine. Mais il rejette la faute sur les agriculteurs qui répandent des pesticides en bordure des cours d’eau et des fossés. Il déplore « l’ignorance et le manque de formation » des producteurs agricoles, inondés, pourtant, « d’une quantité incalculable de dépliants, de fiches techniques » par les vendeurs de pesticides.

Il ne fait aucun doute que la CAPERN ferait oeuvre utile si elle se penchait sur ces enjeux — notamment sur la situation des agronomes-vendeurs de pesticides — et plus largement sur le virage vert que doit prendre l’agriculture au Québec.

Répondant à ce qu’elle perçoit comme une préoccupation croissante de la population, mais aussi des agriculteurs qui craignent de plus en plus les risques d’exposition aux pesticides pour leur propre santé, l’UPA réclame la mise en oeuvre d’un plan vert agricole. Le gouvernement Legault doit s’y atteler. C’est un autre test environnemental pour lui, dont le sérieux en la matière semble cruellement manquer.

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10 commentaires
  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 4 mars 2019 02 h 39

    Ça se branle le silo!

    Je fait appel en urgence à quelques jeunes ingénieurs pour créer de toutes pièces un robot botteur de
    fesses!Une "start-up" quoi!!
    L'appareil serait installé à l'entrée de la CAPERN,là où ça va se branler dans le manche.Obligatoirement, tous et un chacun seraient ainsi catapultés manu-militari à leur sain-siège respectif pour y réfléchir,voir méditer sur
    les moyens politiques URGENTS à voter pour protéger rapido-presto les populations des empoisonnements cumulatifs;de stopper tout aussi en URGENCE l'appauvrissement des sols;de stopper l'anéantissement des
    insectes,des oiseaux chanteurs et des abeilles pollinisatrices de nos fruits et légumes...
    Je veux bien que l'on débatte de ces questions pour établir un argumentaire incontestable:pour ce faire la
    CAQ se doit de présenter une solide colonne vertébrale,où toute molesse est à proscrire,afin de mener d'un
    commun accord ce combat contre "satan" et sa Croissance tout azimuth les yeux fermés.
    Comment en sommes-nous arrivés à pratiquer une agriculture aussi imbécile?Nous le savons!
    Tant et aussi longtemps que les Facultés agricoles universitaires se feront dicter par l'industrie quoi enseigner
    aux agronomes,moyennant le financement de leurs programmes,ces agronomes,bons pères de famille à l'ori-
    gine,auront les mains liées comme ces esclaves d'antan et d'aujourd'hui que l'on menait aux champs impu-
    nément
    P.S.:Peut-être sur Youtub,"Temps Présent",télévision suisse sur tv5:"Le silence des oiseaux",52 min

  • Yvon Pesant - Abonné 4 mars 2019 05 h 05

    L’employé du mois... ou de l’année

    Le plus « gros » vendeur en quantité de produits et de profits comptables pour l’entreprise ou le meilleur conseiller ayant à cœur les intérêts des producteurs et la santé de l’environnement, l’employé en question?Poser la question, est-ce encore et toujours y répondre?

    Et, ce ce qui serait toujours vrai pour les compagnies privées et leurs actionnaires, le demeure-t-il encore autant pour les coopératives agricoles et leurs membres? En vertu de quelles données au juste s’enregistre la fierté des dirigeants de nos commerces de produits à l’égard de leurs représentants sur le terrain des vaches?

    Quand, le cas afférent, la compagnie est une coopérative et que ses actionnaires sont ses membres, à savoir des producteurs et des productrices agricoles eux-et-elles-mêmes, il y a là quelque chose comme un cercle qu’on pourrait qualifier de vicieux.

    Quoiqu’il en soit, la culture d’une entreprise devrait toujours commencer à se développer par ce qu’il y a dans la tête de ses clients. Or, dans le cas qui nous occupe, si les clients et les entreprises ne pensent qu’à leurs profits en signes de piastres sans trop de considération à l’environnement, la biodiversité et la santé publique comme signes des temps, il y a de fortes chances pour que, pas chanceux, on retrouve encore longtemps des pesticides dans notre soupe populaire.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 mars 2019 12 h 04

      Bizarre votre raisonnement sur les coopératives et le commerce.

      En vous lisant, j'ai noté que l'État et l'orientation qu'il donne à la production n'apparaissent pas. Pourtant, M. Dutrisac le cible clairement et fait écho à la présence de représentants des « pestiférants » dans ses organismes conseils et leur lobby auprès des agronomes, des centres de formation des agriculteurs et des entreprises agricoles.

      Cet absent banalisé, vous chargez les directions des coopératives parce qu'elles sont composées de membres élus et vous faites des acheteurs le régulateur du marché en le disant intéressé uniquement par son profit, ce qui nous renvoie à une lecture simpliste de l’économie qui revient à la mode pour éjecteur toute régulation étatique afin de permettre le contrôle des multinationales.

      Les coopératives ne sont qu'un rouage de la production agricole mais non un organisme qui régule l'usage des pesticides. Cette régulation est la responsabilité de l'État et s’il laisse les « pestifirants » le conseiller, il s’avoue au service des « pestiférants ». Dans cet univers, les dirigeants des coopératives doivent composer avec les règles en vigueur et, le cas échéant, les dénoncer via leur fédération ou autrement.

      Quant aux consommateurs, s'il achète des produits à coût moindre, c'est que les produits de qualité sont plus chers parce que les produits « pestiférés » abondent du simple fait que les produits nocifs sur la santé et l’environnement de sont pas transformés en coûts de production ou étiquetés dangereux.

      Ce serait là un premier pas pour réguler les dérives actuelles, mais le chemin le plus direct est de retirer l'usage de « pesticides » polluants et néfastes et de valoriser une agriculture verte. Avec cette approche, les producteurs, y compris ceux des coopératives, s'y investiront et les promoteurs d’une agriculture « pestiférée » seront déboutés.

  • Yves Corbeil - Inscrit 4 mars 2019 08 h 39

    Peut-être serait-il temps que Monsieur Legault mette son groupe sur pause et regarde la situation totale des 15 dernières années du Liberal party of Quebec

    Oui, Monsieur Legault se doit de prendre du recul afin de constater la détérioration «systémique» des institutions gouvernemental. Le personnel qualifié a été sacrifié dans plusieurs secteurs, pertes d'expertises excessivement couteuses partout, les salaires n'ont pas suivi le coût de la vie sauf pour certains «les médecins» donc qui dit salaire dit qualité, professionalisme et rendement dans tous les domaines.

    Quand le coût des fraudes de ces années libéral sont dénoncé, il ne s'agit pas seulement des montants directs mais aussi des montants indirects qui n'ont pas été assigné dans l'appareil mais dans les poches des amis et fraudeurs impunis pour la plupart. La facture totale de toute cette collusion, corruption est immense et où en sommes-nous avec la justice découlant de ces enquêtes et commissions. Jordan doit être bien cramper. En résumé, tout l'appareil tombe en ruine comme les batiments et infrastructures négligés depuis des décennies.

    Quand je vois les critiques libéral en «scrum» depuis l'élection de la CAQ, le coeur me lève et ma pression monte en flèche. Il y a tellement de sujets qui font diversions que je me demande si ils pourront remédié à toute la situation. Un chantier de plusieurs mandats dans un contexte ou le constat n'est pas le même pour tous les partis, donc pas demain la veille qu'on va ratrappé le terrain perdu.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 4 mars 2019 14 h 00

    La CAQ : des marionnettes au sort peu enviables....

    Depuis l'intronisation des élu(e)s de la CAQ, contrairement aux premières attentes, ce sont plutôt des attaques dans toutes les directions émanant des différents milieux de la société. Il faut avouer que les connaissances et les compétences des spécialistes portent à réflexion, surtout après notre lanceur d'alerte, Monsieur Robert. Et pourtant il faut prendre rapidement des mesures pour protéger les biens de consommation menacés par les produits néfastes utilisés à grand renfort... Les compagnies privées qui nous empoisonnent sont connues, mais, pour contrer cette attitude, la jugeote de la CAQ est au point mort!
    Le problème est d'autant plus grave, que c'est au gouvernement, et à lui seul, de légiférer! Si les responsables ne sont pas capables de s'entendrent rapidement, de faire diligence, ça promet pour le reste!
    Bien sûr, ce délai peut être imputable aux lobbystes qui paralysent l'état à la recherche d'une solution? Le magouillage auquel nous ont habitué les libéraux continue et un sérieux coup de barre s'impose!
    Le pouvoir avec 35% des voix, il y aura toujours plus de mécontents, aussi je propose devant cet échec lamentable de prise de décision, de procéder par des référendums où la majorité décidera de la marche à suivre, en laissant les marionnettes se quereller...

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 4 mars 2019 16 h 49

    En clair

    Si le gouvernement ne le sait pas, je suis POUR le virage vert en agriculture, qui s'appelle agroécologie . Vite, ça presse. Et vous savez quoi? Cela contribuera à faire baisser la facture du Ministère de la santé ( 40% du budget)

    Merci beaucoup,enfin ça arrive!!