Notre pain contaminé par les herbicides

Une nouvelle étude de type méta-analyse (synthèse de plusieurs études antérieures) publiée dans la revue scientifique Mutation Research/Reviews in Mutation Research conclut que les personnes les plus exposées au glyphosate courent un risque 41 % plus élevé de développer un cancer nommé lymphome non hodgkinien.

Le glyphosate est l’herbicide total le plus utilisé en agriculture dans le monde. Il est mieux connu sous le nom de Roundup, manufacturé par Bayer-Monsanto.

En août dernier, un jury de la Californie a accordé 289 millions $US (réduit à 72 millions par la suite) à un jardinier professionnel ayant développé un tel lymphome. Des montagnes de documents confidentiels rendus publics au cours du procès (les Monsanto Papers) ont permis de faire la preuve de la « malveillance » de la compagnie, a conclu le jury.

Même s’il a été démontré que le glyphosate favorisait l’apparition de tumeurs chez les souris, le lien direct entre le glyphosate et le cancer chez les humains n’a jamais été établi de façon irréfutable.

Cela dit, la recension de dizaines d’études indépendantes effectuée par le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS l’a amené à déclarer cet herbicide « cancérigène probable ». En conséquence, l’Union européenne a limité à cinq ans le renouvellement de l’homologation du produit.

Quant au gouvernement canadien, il a été le premier pays industrialisé à annoncer le prolongement de son homologation, et ce, jusqu’en 2032, après analyse de plus de 600 études, mais dont la vaste majorité proviennent de l’industrie et n’ont pas été révisées par les pairs.

Partout au pays, y compris au Québec, le produit est utilisé depuis longtemps pour la culture des plants génétiquement modifiés conçus pour lui résister (maïs, soya) réservés à l’alimentation animale, mais aussi de plus en plus pour celle des céréales destinées à la consommation humaine.

Il n’est donc pas surprenant d’apprendre qu’en 2017, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a retrouvé des traces de glyphosate dans le tiers des céréales analysées, dont la nourriture pour bébé. Un échantillonnage qui excluait étonnamment les céréales les plus courantes, comme le blé et l’avoine.

Or, Radio-Canada (qui consacre plusieurs excellentes émissions à la question cette semaine) a appris que 80 % des échantillons de blé et 74 % des échantillons d’avoine analysés dans une nouvelle étude de l’ACIA dont la publication a étrangement été annulée contenaient aussi des traces de glyphosate. Dans une proportion inférieure aux normes, dit-on, lesquelles sont cependant 2000 fois plus permissives ici qu’en Europe.

Une pratique de plus en plus répandue chez les céréaliers mérite d’être dénoncée avec force, à l’instar de l’Italie qui boycotte désormais le blé canadien. Elle consiste à pulvériser du glyphosate à quelques jours seulement de la récolte pour tuer les plants de blé, d’avoine, de pois, de lin ou de lentilles dans le seul but de les faire mûrir instantanément et uniformément, sans avoir à les faire sécher par la suite. Rien à voir avec la mauvaise herbe.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la plus grande partie des céréales produites au Canada (on parle de 70 % en Saskatchewan) est ainsi aspergée d’herbicide chimique comme s’il s’agissait de vitamines avant d’être transformée en farine ou quelque autre aliment.

Alors que nos gouvernements interdisent l’épandage d’herbicides sur les pelouses, ils les tolèrent sans restriction et sans contrôle pour faciliter le travail des producteurs alors que le produit n’a même jamais reçu d’homologation à cette fin. Serait-on devant le plus grand scandale agroalimentaire de ce siècle ?

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23 commentaires
  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 21 février 2019 02 h 25

    Pire que cela:Un scandaleux complot qui dépasse l'entendement de la moindre des intelligences!!

    Suite aux révélations de La Semaine Verte et celles annoncées par Enquête pour ce soir,jme laisse sous le CHOC!!!
    Cette agriculture imbécile et reconduite pour encore des années à venir nous fait comprendre qu'elle existe et
    est banalisée par le fait de la sacro-sainte productivité à outrance d'un capitalisme à courte-vue qui se branle le silo engorgé de profit à court-terme!Les agriculteurs s'endettent de machinerie pouvant répondre à l'immensité
    de cette agriculture industrielle à perte de vue;coinçés qu'ils sont par leur endettement,ils sont partant pour
    toutes les combines enseignées et vendues par les agronomes de service.
    Cette agriculture aberrante détruit irrémédiablement la biodiversité à l'échelle mondiale par l'empoisonnement
    des insectes et la disparition progressive des oiseaux qui s'en nourrissent.
    Et v'là t'y pas que l'on m'apprend que le bio contient lui-aussi de ces poisons?Je ne sais plus sur quoi saliver!
    L'étendue de ce fléau et la connivence le permettant ne peuvent être que la réalité d'une vaste inconscience
    collective qui procède du complot tout aussi inconscient!À quand s'appliquera le bon sens de la mesure de
    précaution.Nos gouvernements et leurs fonctionnaires sont des complices éhontés de ce très grand scandale.

    • Daniel Ouellette - Abonné 21 février 2019 11 h 23

      Merci M. Sansfaçon, il faut que les journalistes ne cessent de questionner les ''politicailleux'' à Ottawa, c.a.d. le gouvernement libéral qui a permis cette autorisation scandaleuse. Après le visionnement de l'émission Enquête sur TV5, j'ai eu mal au cœur de constater où nous sommes rendus quant au niveau de pollution industrielle de nos aliments.

      Nous avons besoin que les journalistes à Ottawa n’arrêtent pas de pouchasser Lawrence MacAulay, Ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire. Cet individu et les membres du conseil des ministres, dont en premier Trudeau no 2, doivent répondre de leurs actes et leurs décisions. Ce dossier doit être mis à l'avant-scène pour éviter que nous soyons aux prises avec ces poisons industriels autorisés par des considérations électorales, car dans les faits la justification est de ‘'protéger’’ ou ‘’d’acheter’’ les électeurs des prairies et non de favoriser la santé de l'ensemble des citoyens canadien.

  • Jean Lacoursière - Abonné 21 février 2019 06 h 55

    Glyphosate: pourquoi la cacophonie persiste sur l’herbicide controversé (lemonde.fr dans Le Devoir)


    https://www.ledevoir.com/societe/environnement/545951/glyphosate-pourquoi-la-cacophonie-persiste-sur-l-herbicide-controverse

    Extrait :

    "Ancien professeur à la Washington State University, Charles Benbrook a limité son analyse à la génotoxicité, c’est-à-dire la faculté d’une substance à endommager l’ADN, l’un des mécanismes responsables de la cancérogenèse. L’auteur a inventorié et classé les centaines d’études prises en compte par l’une et l’autre des deux organisations pour mener leur expertise. Son inventaire montre, pour la première fois de manière chiffrée, la profondeur du hiatus entre les résultats des études indépendantes publiées dans les revues scientifiques et les tests réglementaires confidentiels, fournis par les industriels aux autorités.

    [...]

    "Avant publication, l’étude de M. Benbrook a subi un contrôle qualité inédit. Au lieu des deux à quatre expertises préalables requises, le manuscrit est passé entre les mains de dix experts anonymes, « tous spécialistes reconnus de génotoxicité et de l’évaluation des risques des pesticides », écrivent les deux rédacteurs en chef de la revue dans leur éditorial. Ce luxe de précautions tient à la nature explosive du débat, mais aussi aux conflits d’intérêts de l’auteur, aujourd’hui l’un des experts assistant des plaignants en procès contre Monsanto, dans l’une des poursuites contre la société outre-Atlantique."

  • Éric Desjardins - Abonné 21 février 2019 07 h 48

    effectivement scandale du siécle

    Merci M. Sansfaçon, je viens d'utiliser votre article pour écrire à mon député provincial afin notamment qu'il incite ses collègues de l'Assemblée nationale, nos représentants en somme, à prendre les mesures nécessaires pour interdire ce poison. Voici le texte de mon envoi : Monsieur Asselin,

    voir ce texte de Jean-Robert Sansfaçon du journal Le Devoir Notre pain contaminé par les herbicides

    Je vous demande à titre de représentant de ma circonscription de prendre en considération les enjeux liés à l'utilisation de ce poison dans la chaîne alimentaire et de prendre les mesures pour amener l'ensemble de nos représentants, i.e. les députés de l'Assemblée nationale, à agir contre ce fléau.

    Vous avez une obligation morale en tant que membres de l'Assemblée nationale à ne pas rester indifférents devant ce qui est décrié par plusieurs nations qui ont déjà interdit l'utilisation de cet herbicide et d'opposer une fin de non-recevoir aux pressions faites par l'industrie. Cette situation se compare aux abus du genre que les lobbys privés (alimentaire, minier, pharmaceutique) exercent dans les pays en voie de développement, trop souvent corrompus et dont les populations écopent souvent au prix de leur vie pour ceux qui osent les dénoncer. En sommes-nous rendus là ?

    En l'occurence vous avez l'obligation de mettre les balises solides de gouvernance afin d'éviter que le MAPAC et tous les organismes semblables qui subventionnent les organismes de recherche avec notre argent, soient imputables devant l'Assemblée nationale de s'assurer que les organismes récipiendaires ne soient pas investies par quelconques industries que ce soient dans leur conseil d'administration, leurs groupes de recherches, leurs panels décisionnels, etc...

    • Claude Richard - Abonné 21 février 2019 11 h 37

      À ma connaissance, la règlementation des herbicides, dont le glyphosate, relève d'Ottawa.Il faudrait surout faire des pressions de ce côté. D'autant plus que le blé qui entre dans la fabrication du pain que nous consommons vient, sauf erreur, en grande partie de l'Ouest canadien.

      Peut-être que le MAPAQ a une responsabilité en ce qui concerne les champs de céréales du Québec,mais dans quelle mesure peut-il empêcher Ottawa d'autoriser le glyphosate jusqu'en 2032? Encore un domaine où notre maison de fous canadienne nuit à notre vie quotidienne!

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 21 février 2019 15 h 35

      @CR D'où l'importance de relancer le projet d'Indépendance du Québec...
      On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même...Ça fait plus de 40 ans que l'on tergiverse...

      Si on nous a catalogué en "provinces", c'est pour mieux nous contrôler...nous asservir à une entité "canadian"
      qui n'a de cesse de nous abaisser dans ce qui nous différencie: notre identité,notre langue, notre façon d'analyser et de voir les choses...Un fédéralisme «canadian», imposé en 1867 et,qui nous a enfermé dans un gilet de force en 1982...un fédéralisme qui n'a rien de mieux à faire que de dicter ses "désiratas" à ses "sujets".

      Cessons d'être ces sujets...soyons des acteurs de notre liberté de faire...de dire...de penser librement.(sic)
      (devise, qu'un journal... de chez nous... a abandonnée malheureusement)

      Il ne faut pas abdiquer pour un "plat de lentilles",comme nous l'avons fait dans le passé .
      (D'ailleurs, ces lentilles sont sûrement empoisonnées au "glyphosate" si cher à Ottawa Inc...)

      Nous avons beaucoup plus à gagner en nous prenant en main...Nous avons la force des 8 millions de citoyens québécois...et les attraits d'un magnifique territoire qui fait l'envie de plusieurs.

  • Éric Desjardins - Abonné 21 février 2019 07 h 48

    Par ailleurs, il est impensable que cette situation ait prévalue au MAPAC autant d'années sans que personne ne se rende compte de cette aberration. Et combien y en a-t-il de semblables situations existantes aujourd'hui ? C'est-à-dire de connaître et ceci en toute transparence la composition des organismes récipiendaires de subventions. Ces organismes de recherche devraient travailler avec des universités en impliquant nos plus grands chercheurs et étudiants et, les recherches devraient être menées en toute transparence et libre de tout lobbying privé ou corporatisme. C'est notamment pour cette raison que l'on vous élit à titre de gardiens du bien public, pas à titre de carpette du secteur privé.

    • Hélène Paulette - Abonnée 21 février 2019 11 h 09

      Il y a quarante ans de celà, un voisin, jeune chercheur au MAPAQ, demandait à sa conjointe de passer tous les légumes à la brosse après les avoir fait tremper...

  • Pierre Pinsonnault - Inscrit 21 février 2019 08 h 15

    Herbicide dans notre pain ! - Scandale ?

    De grâce, épargnez-nous ! De l'herbicide dans notre pain ? Dites-nous que ce n'est pas vrai. S'il-vous-plaît !

    • Gilles Sauvageau - Abonné 21 février 2019 11 h 30

      Hélas, oui !!!

    • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 22 février 2019 09 h 07

      N'est-ce pas ici, au Canada, où l'on refuse même d'identifier sur les emballages, la présence d'OGM?
      Quel beau pays progressiste!

      ...