Opération hors-d’œuvre

En attendant le véritable budget, le gouvernement caquiste, dans sa mise à jour économique et financière, y est allé de quelques mesures pour « remettre de l’argent dans les poches des contribuables », pour reprendre le leitmotiv cher au premier ministre François Legault.

Dans une salle où quelques dizaines de figurants personnifiant le monde ordinaire lui servaient de décor, François Legault a insisté dans son allocution sur « l’équilibre » qui doit exister entre les services publics et « le portefeuille » des citoyens. La mise à jour économique ne s’est attardée qu’à la seconde partie de l’équation, avec des mesures touchant les familles et les aînés, d’une part, et les entreprises, de l’autre.

Aidé par des finances publiques au beau fixe, et même meilleures que prévu, le ministre des Finances, Eric Girard, a offert une prudente mise en bouche qui n’entame pas les marges de manoeuvre de son gouvernement en vue du plat de résistance du printemps prochain. Cette prudence était à ce point manifeste que son prédécesseur, Carlos Leitão, qui n’a jamais été reconnu pour sa prodigalité, l’a taxée d’excessive. C’est fou comme le fait de se retrouver dans l’opposition change les perspectives.

Pour les particuliers, Eric Girard a annoncé des allègements totalisant 1,7 milliard sur cinq ans. La mesure la plus onéreuse, un relèvement de 500 $ de l’allocation familiale pour le deuxième ainsi que le troisième enfant, soit 1000 $ de plus pour les familles comptant trois enfants, représente un débours de quelque 250 millions sur une année entière. Il s’agit d’un début, a précisé le premier ministre, qui a confirmé qu’il avait l’intention de respecter la promesse caquiste de hausser cette allocation pour les deuxième et troisième enfants au même niveau que celle accordée pour le premier. Son gouvernement fait 40 % du chemin menant à la parité. Il est à noter que cette bonification n’est pas offerte aux familles dont les revenus dépassent 108 000 $ par an, un seuil qui n’est pas particulièrement élevé.

Le gouvernement caquiste s’est montré sensible aux doléances des aînés à faible revenu qui peinent à faire face à la hausse du coût de la vie. Quelque 570 000 aînés bénéficieront d’un crédit d’impôt remboursable dès l’année 2018 pouvant aller jusqu’à 200 $.

Enfin, la mise à jour aborde une autre promesse caquiste, celle d’abolir la contribution additionnelle, imposée par le gouvernement libéral, pour les services de garde subventionnés. Cette contribution sera gelée. Il s’agit d’une mesure « symbolique », a reconnu Eric Girard, une dépense minime de 1,2 million en 2019-2020. Rendez-vous au prochain budget pour la substance.

Tandis que Carlos Leitão versait à la dette 10 milliards en cinq ans, puisés à même le Fonds des générations, le gouvernement caquiste rembourse la totalité de la somme dès avril prochain. Certes, il s’agit d’une mesure de prudence en raison de l’incertitude des marchés financiers, mais c’est aussi environ 300 millions de moins à verser annuellement au service de la dette. Le gouvernement Legault vient ainsi de trouver une partie des 750 millions que représente son engagement d’uniformiser au plus bas dénominateur la taxe scolaire.

Cette mise à jour économique est une opération politique. Le gouvernement libéral nous avait d’ailleurs habitués à pareilles annonces à l’automne, censées jeter un baume sur l’austérité. Il faut toutefois saluer le fait que le nouveau ministre des Finances a fait preuve d’une certaine retenue et qu’il entend procéder graduellement. Il serait téméraire de déstructurer les finances publiques afin de renflouer le « portefeuille » des électeurs et ainsi miner les services publics.

7 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 4 décembre 2018 03 h 24

    Financer d’abord les besoins criants dans les services publics.

    En versant quelques miettes aux électeurs, le gouvernement ignore les besoins criants dans les services publics tels que l'accès aux soins de santé, des écoles salubres, des SCHLD dignes des aînés à la fin de leurs vies, les travailleurs incapables de survivre avec le salaire minimum, qui sont obligés de recourir aux banques alimentaires, les conditions minables des enfants autistes et handicapés et j'en passe. Les entreprises n'ont pas besoin de l'aide.

  • Serge Pelletier - Abonné 4 décembre 2018 03 h 31

    Rire des vieux, c'est comme cela qu'il faut faire.

    Un "Quelque 570 000 ainés bénéficieront d’un crédit d’impôt remboursable dès l’année 2018 pouvant aller jusqu’à 200 $". Et uniquement pour les personnes de plus de 70 ans.

    La gang de fonctionnaires qui conseille le PM sait-elle qu'un crédit d'impôt, c'est un crédit d'impôt. Or un crédit d'impôt est de 20% des sommes payées en frais de scolarité, de cotisations syndicales, etc. sur les formulaires de Revenu QC. Quant à lui, qui se dit "comptable", a-t-il déjà fait son propre rapport d'impôts...

    De plus, pour avoir un crédit d'impôt, il faut avoir des revenus. Or, la grande majorité des "vieux" de plus de 65 ans n'a que la pension de vieillesse fédérale, le surplus de revenu garanti (SRG), et les plus chanceux un maigre montant du RRQ (montant qui est déductible à 50% du SRG). Le montant versé par le RRQ s'élevait en moyenne à 429$/mois en 2015/16... Et là, l'on ne parle pas de la veuve qui n'a que le 60% des rentes (RRQ) de leur vieux décédé - et que généralement elle-même n'a pas grand chose n'ayant pas contribué significativement au RRQ. Et là, l’on ne parle pas du 2,500$ non indexé depuis plus de 30 ans pour couvrir les frais d’enterrement.
    Pour sortir les vieux et vieilles de la pauvreté, ce n'est certainement pas des niaiseries pareilles que cela va se produire. Le Legault n'avait qu'a ordonner aux administrateurs de la Caisse (tous millionnaires de par les salaires qu'ils se versent et les bonis) d'effectuer une majoration automatique de 200$ annuels à tous les bénéficiaires. Les plus riches (ceux qui reçoivent une rente monétaire significative des système style RREGOP) rembourseraient via l'impôt et ses barèmes cette augmentation... Les autres, la majorité, eux en garderait un peu après l'ajustement avec le SRG.
    Mais non, trop simple, trop équitable... On est politicien ou on ne l'est pas... Fac, on fait beaucoup de ballonnes pour endormir le petit peuple. Nommez-les tous ces politiciens, se sont des manipulateurs nés. Et les journalistes les aident.

  • Gilles Bonin - Abonné 4 décembre 2018 04 h 50

    Enfin bravo?

    On ne peut espérer qu'une chose, c'est que le gouvernement de M. Legault, tout en respectant ses engagements, le fasse avec mesure et réalisme - ce qu'il a aussi promis. On ne lui reprochera pas de ne pas s'énerver le pompon en ce début de mandat, maladie que l'opposition, officielle particulièremen, manifeste en japant bien fort - d'ailleurs, en écho, on a les oppositionnettes secondaires qui japottent aussi. Que le gouvernement fasse sien le proverbe arabe(?) ( on dit cela sans offenser personne, ni papa, ni maman, ni qui vous voulez; rassurez-vous): les chiens aboient, la caravane passe.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 4 décembre 2018 10 h 02

      Pourtant ce même gouvernement ne se gêne pas pour donner vite-vite aux entreprises et tasser les aînéEs....
      Puisque vous aimez les proverbes, en voilà un : « Ils ont essayé de nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines. » Proverbe mexicain.

  • Michel Lebel - Abonné 4 décembre 2018 05 h 47

    Opération cosmétique


    Cet énoncé économique fut fait avec des figurants dans un grand hôtel de Québec, jouxtant le Parlement. Une opération fortement cosmétique qui témoigne du peu de respect pour notre plus importante institution publique. C'est tout dire en ces temps de populisme.

    M.L.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 4 décembre 2018 06 h 52

    DES GILETS JAUNES POUR LES AÎNÉ.E.S ÇA PRESSE...

    Étonnant, on entend par la FADOC (ex-fédération de l'âge d'or du Québec).
    C'est, comme nos syndicats, des courants d'air qui ne sont présents que pour encaisser les cotisations des membres.