Franco-Ontariens: on s’en balance

Le fait français vient de subir un recul marqué non seulement en Ontario, mais aussi au Canada à la suite de la décision de Doug Ford de rogner dans les services en français.

Le premier ministre de l’Ontario a sacrifié les francophones dans le cadre de la présentation de la mise à jour économique. Il a tué dans l’oeuf le projet de création d’une Université de l’Ontario français, en plus d’abolir le Commissariat aux services en français sans prévenir personne, pas même le titulaire du poste, François Boileau.

Le prétexte est d’une ridicule fumisterie. Doug Ford espère ainsi assainir les finances publiques de l’Ontario. Or, les 13 fonctionnaires du Commissariat seront intégrés, pour ne pas dire noyés, au sein du Bureau de l’ombudsman. Les économies espérées sont de 3 millions de dollars.

Quant à l’université promise par l’ex-première ministre Kathleen Wynne, son coût était évalué à 20 millions. Doug Ford arrache ainsi 23 millions sur le dos de la minorité francophone. C’est 0,15 % de l’effort sur un déficit de 15 milliards de dollars. Vraiment, les Ontariens sont entre bonnes mains !

Les Franco-Ontariens sont en belle compagnie. Avec l’environnement et les enfants, ils font partie des trois principales victimes des mesures récentes du gouvernement Ford. Voilà qui en dit long sur la vision à courte vue de cet homme élu contre toute logique.

Cette décision révèle les vrais sentiments de Doug Ford à l’égard des quelque 620 000 francophones de l’Ontario. Il se fout de leur destin, de leur avenir et de leur émancipation. Remarquez qu’il n’est pas le seul.

Hormis quelques protestations de la part des partis d’opposition à Queen’s Park et de la part de la ministre fédérale responsable de la Francophonie, Mélanie Joly, qui se déclare « tout à fait choquée », les coupes soulèvent un haussement d’épaules dans le Canada anglais. Il n’y a pas d’équivalent, en Ontario, aux déchirantes dénonciations de racisme et de xénophobie provoquées par l’Assemblée nationale avec sa redoutable motion unanime condamnant le « Bonjour-Hi » dans les commerces montréalais.

Le Canada bilingue respectueux des droits des minorités linguistiques est un projet asymétrique. Au Québec, la minorité anglophone a pu asseoir sa pérennité, non sans peine par moments, en s’appuyant sur des institutions stables (écoles, hôpitaux, commissions scolaires). Pour les francophones hors Québec, il y aura toujours des hôpitaux Montfort à protéger, des universités mort-nées à pleurer. Des deuils à faire sur l’érosion des institutions publiques sans lesquelles l’essor et la survie du fait français hors Québec seront compromis.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin, dénonce à raison « une attaque délibérée envers la francophonie ». En effet, qui surveillera les décisions gouvernementales et formulera les recommandations appropriées pour protéger le français en l’absence d’un Commissariat aux services en français ? Le Commissariat est d’ailleurs à l’origine de la recommandation pour créer une Université de l’Ontario français. Quel choix restera-t-il aux futurs étudiants francophones de l’Ontario. L’exil ou l’assimilation ?

La ministre déléguée à la Francophonie au sein du gouvernement Ford, Caroline Mulroney, ne fait pas le poids. Après s’être cachée jeudi, elle est sortie de son mutisme vendredi pour formuler des boniments sur la protection des droits linguistiques au Canada. « Notre gouvernement a été élu pour livrer les services de façon plus efficace », a-t-elle dit. La décence serait qu’elle démissionne, à moins qu’elle ne veuille porter elle aussi l’odieux de ces coupes qui portent le germe d’une menace existentielle pour les Franco-Ontariens.

Toute cette affaire illustre les dysfonctions du multiculturalisme, qui a réduit un des peuples fondateurs du Canada au statut de groupe folklorique parmi tant d’autres. Les Franco-Ontariens ont toutes les raisons du monde de résister. Et nous, de les appuyer.

30 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 17 novembre 2018 01 h 22

    La «minorité anglophone» au (du) Québec. On parle de quoi?!

    Il y a «histoire» et «historicité». Bref. La «minorité anglophone» (lire «les locuteurs») actuelle du Québec ne devrait jouir de la «protection impériale» de 1867 (exception faite des «descendants directs» de cette minorité en terre du Québec - réf. AANB). Grosse fatigue. Le «Canadabistan» me les gonfle un max. Misère.

    JHS Baril

  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2018 05 h 31

    il va bien falloir un jour les ramener a leur juste place

    quels gens effrontés et sans conscience, n'assistons nous pas aux frasques des pire gens du Canada `les memes qui a l'époque, ont sans doute tués Louis Riel , enfant mon père les appelait les têtes carrées, je me demandais bien pourquoi , maintenant je le sais, ils ont toujours pensés que le Canada leur appartenait , il va bien falloir un jour que nous décidions collectivement de les ramener a leur juste place

    • Serge Lamarche - Abonné 17 novembre 2018 16 h 20

      Les anglais ne possèdent pas que le Canada, voyons. Ils sont les vrais propriétaires de toute la terre.

  • Michel Lebel - Abonné 17 novembre 2018 07 h 33

    Trumpisme!

    Quand je vois Doug Ford, je suis incapable de ne pas penser à Trump; j'y vois un être inculte, sans hauteur de vue. Ses décisions concernant les Franco-Ontariens me semblent donner raison. Oui! Il y a vraiment du trumpisme dans l'air! Quant à Caroline Mulroney, passons!

    M.L.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 novembre 2018 09 h 52

      « Quand je vois Doug Ford, je » (Michel Lebel) …

      … vois un ORANGISTE de la pire espèce !

      Bref ! - 18 nov 2018 -

  • Cyril Dionne - Abonné 17 novembre 2018 07 h 55

    Les héritiers de Lord Durham, version 2.0

    Premièrement, il faut le dire, pour avoir une université francophone à Toronto, eh bien, ça prend des élèves francophones. Or, dans le présent contexte, il n’y a en plus en Ontario en nombre suffisant pour la vitalité d’une entité postsecondaire à moins d’aller piger au Québec ou bien dans l’immigration francophone. Et qui parle français à Toronto? Les Franco Ontariens n’existent plus à part des subventionnés dont les emplois dépendent du fait qu’ils parlent français. Des enseignants aux commissaires en passant par les quelques députés comme celle qui est apparu à l’écran de Radio-Pravda (Radio-Canada), ils sont tous payés pour parler français.

    En passant, ou étaient le commissaire aux langues officielles « of Canada » hier durant cette nouvelle? Son salaire de plus de 300 000$ par année en plus des avantages sociaux à faire rêver dictait qu’il prenne la défense du français en dénonçant sans équivoque le racisme obnubilé des représentants politiques de cette province. Raymond Théberge, « fait ta job ».

    Et où sont ces supposés 620 000 Franco Ontariens? Personne n’est dans la rue pour crier l’injustice parce que plus personne ne parle français grâce aux politiques fédérales à connotation libérale, les fossoyeurs du fait français au Canada. Le Parti libéral du Canada est le grand responsable de cette débâcle moderne des francophones hors Québec.

    Le bilinguisme a toujours été l’antichambre de l’assimilation en Ontario. Ce ne sont pas les Commissariat aux services en français, les écoles et universités francophones ou bien l’OIF qui ont défendu le fait français hors Québec, ce sont les Québécois qui se sont levés et qui ce sont tenus debout devant l’Armageddon anglo-saxon. Or, ce rapport de force n’existe plus parce qu’ils ont réussi à tamiser le cri de cœur pour l’indépendance au Québec. Le Parti québécois a été réduit à une peau de chagrin et l’autre petite gang qui se dit souverainiste, ne sont que des populistes communistes.

    Misère.

    • Simon Blouin - Abonné 17 novembre 2018 12 h 08

      "Radio-Pravda", c'est vraiment ordinaire comme blague. Les conservateurs se font quand même élire régulièrement un peu partout, c'est grossièrement exagérer le poids et le biais de Radio-Canada. Radio-Canada n'aurait pas été jusqu'à dire qu'il ne s'est rien passé à Tchernobyl. Pourquoi cette tendance à exagérer? Est-ce la seule façon de se faire entendre sur les réseaux sociaux et les blogues? (mais ce n'est pas nouveau: parler de "nuit des longs couteaux", en 82, c'est comparer une magouille pour un vote à l'assassinat de 200 personnes, allo le sens des proportions!)

    • Serge Lamarche - Abonné 17 novembre 2018 16 h 24

      Ben bravo avec votre commentaire qui détruit. Quel defaitisme! Quelle ignorance!
      En passant, combien d'ontarien anglophones (bilingues) vont aux universités francophones du Québec?

    • Cyril Dionne - Abonné 17 novembre 2018 22 h 16

      @ Simon Blouin, Serge Lamarche

      Si au moins on savait de quoi vous parliez, on pourrait répondre à vos diatribes. C'est Radio-Canada (Radio-Pravda pour les intimes) qui nous disait qu'on pouvait vivre en français en Ontario. Contrairement à vous, je suis un Franco Ontarien de 3e génération qui a enseigné dans les écoles françaises et anglaises (immersion) en Ontario et conséquemment, j’ai peut-être une meilleure idée que vous de ce qui se passe vraiment au pays de Doug Ford et de Don Cherry. Et pour répondre à la question de combien d'Ontariens anglophones vont aux universités francophones, c'est à peu près zéro et je suis poli. Et on pourrait continuer en posant la question suivante : Combien de supposés francophones (Franco Ontariens) vont à l’université anglophone parce qu’ils ne parlent plus la langue de Vigneault? Eh bien, la réponse est inversement proportionnel à la réponse de l’autre question.

      Donc, continuez à voter « liberal » chers anglophones en devenir.

  • Robert Bernier - Abonné 17 novembre 2018 07 h 57

    Trop bon!

    Je n'ai pas pu m'empêcher de pouffer de rire (mais j'aurais dû pleurer) quand j'ai lu: "Il n’y a pas d’équivalent, en Ontario, aux déchirantes dénonciations de racisme et de xénophobie provoquées par l’Assemblée nationale avec sa redoutable motion unanime condamnant le « Bonjour-Hi » dans les commerces montréalais." Trop vrai, trop cru.

    Et la finale éclaire le tout on ne peut mieux: "Toute cette affaire illustre les dysfonctions du multiculturalisme, qui a réduit un des peuples fondateurs du Canada au statut de groupe folklorique parmi tant d’autres."

    Un bijou de communication. Bravo!