Menace fédérale en santé: solution simpliste

Si le gouvernement québécois ne veut pas que le transfert canadien en santé qui lui est destiné soit amputé, il devra rembourser les patients qui paient de leur poche ou par le truchement de leur assureur les imageries par résonance magnétique (IRM) effectuées dans des cliniques privées, un recours qui permet de contourner la liste d’attente pour le même examen fait dans un hôpital.

C’est la menace qu’a brandie la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor. Sur le fond, Ottawa a raison : l’imagerie à deux vitesses, qui permet aux mieux nantis d’obtenir une IRM jusqu’à six mois plus rapidement qu’à l’hôpital, pour un cancer ou une douloureuse condition articulaire, par exemple, est contraire aux principes d’universalité et de gratuité contenus dans la Loi canadienne sur la santé. Ces principes sont aussi ceux qui guident le système de santé québécois, rappelons-le.

À l’heure actuelle, le réseau public se charge de 80 % des 400 000 IRM fournies au Québec. Rembourser les IRM produites par les sociétés privées de radiologie, et ainsi garantir la nécessaire gratuité pour les usagers, coûterait entre 50 et 60 millions par an, ce qui ne serait pas la mer à boire. Mais voilà, ce n’est pas aussi simple que cela.

Comme l’a souligné le président de l’Association médicale du Québec, le Dr Hugo Viens, environ 30 % des examens d’imagerie ne sont pas nécessaires, selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), et ce surdiagnostic bondira si on rembourse les examens faits dans les cliniques privées. C’est ce qui est arrivé avec les échographies quand Québec a commencé à rembourser ces examens en janvier 2017.

Devant la menace fédérale, le premier ministre François Legault s’est rebiffé, affirmant que ce n’est pas au fédéral de dire au Québec comment gérer le réseau de la santé. C’est vrai qu’Ottawa n’y connaît pas grand-chose. Mais le fédéral a le gros bout du bâton — son pouvoir de dépenser — pour imposer unilatéralement ses conditions.

En réalité, la position de la ministre fédérale est simpliste : dépenser davantage, et ne faire que cela, ne réglera rien. Québec a la lourde tâche de bien baliser ce qui est médicalement nécessaire en matière d’échographies et d’IRM. Il devra aussi remettre en question les pratiques monopolistiques des radiologistes que les avancées technologiques ont enrichis de façon éhontée.

Québec doit mettre fin au diagnostic à deux vitesses et aux délais d’attente indus. Mais cela ne peut se faire en criant ciseau.