Rémunération des médecins: Legault prend le taureau par les cornes

Le premier ministre François Legault n’a pas tardé à décréter un gel de la rémunération des médecins spécialistes, le temps d’obtenir les résultats d’une étude, confiée à l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), comparant leur rémunération avec celle de leurs pairs des autres provinces.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec avait évalué à un milliard par an la somme qu’un gouvernement caquiste projetait de récupérer en ramenant les fastueux émoluments des médecins spécialistes au niveau de ceux de leurs confrères ontariens. Selon les calculs du parti, les médecins spécialistes, dont la rémunération moyenne dépasse désormais 440 000 $ par an, empocheraient 22 % de trop.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) — et c’est un refrain que reprend le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, qui a négocié la dernière entente de février 2018 à titre de président du Conseil du trésor — soutient que cette entente, qui s’étend jusqu’en 2023, ne comporte aucune augmentation de rémunération et ne comprend que des honoraires versés pour un volume accru — hausse du nombre des médecins et des patients traités —, la « gestion du réseau » et une meilleure couverture des soins de base, notamment en région. Derrière la première réaction de la FMSQ, on voit déjà poindre la menace d’une réduction de services quand le gel se matérialisera. Espérons que ces privilégiés parmi les privilégiés ne pousseront pas l’odieux jusqu’à faire pâtir les patients.

Il est vrai cependant qu’imposer un tel gel est plus simple à dire qu’à faire. Il faut rappeler que c’est le syndicat de médecins qui, à la faveur d’une aberration historique, délie les cordons de la bourse : elle reçoit une enveloppe de rémunération globale qu’elle redistribue à ses membres en appliquant des règles byzantines.

Avant tout, il faut voir dans l’annonce de ce gel une nécessaire déclaration politique. Nous savons maintenant que c’est le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, qui se chargera de l’opération et que le gouvernement caquiste place la révision à la baisse de la rémunération des médecins spécialistes en haut de sa liste de priorités.

C’est tout à l’honneur de François Legault de vouloir rapidement passer de la parole aux actes au regard d’une situation qui ne se résume pas à un simple débordement budgétaire. Il s’agit plutôt d’un enjeu d’équité et de justice sociale. Et du respect que l’on doit aux contribuables.

3 commentaires
  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 octobre 2018 07 h 50

    Prendre le taureau par les cornes... avec des gants blancs

    On l'a bien vu : plus la Caq se rapprochait du pouvoir, plus le discours devenait « nuancé ». Les guillemets parce qu'il était manifeste dans les propos du PM qu'il n'avait qu'une connaissance très approximative des tenants et aboutissants de l'entente et qu'il ne pouvait faire mieux que se rabattre sur une prétendue « mauvaise surprise » concernant l'étude de l'ICIS. Pour un ancien ministre de la santé, cette méconnaissance est un peu étonnante. Pour un PM, elle est simplement inexcusable.

    Parlons-en donc de cette étude. Contrairement à ce qu'il affirme, le processus a été enclanché dès la signature de l'entente, puisque le devis en faisait partie en Annexe A. En lisant celui-ci, on apprend que pour l'atteinte de l'objectif de mesure de comparabilité, les parties devront convenir ensemble de méthodologies un peu plus complexes que de regarder les TP4 des salariés. Mais encore, que l'échéancier convenu, c'était pas demain matin, mais le 1er septembre 2019. Surtout, que cette étude ne portait pas sur une comparaison Québec-Ontario, mais avec toutes les provinces et territoires. Parlant de l'Ontario, en passant, il faut prendre en compte que si l'année de référence, c'est 2016-2017, les chiffres qui seront retenus, ce seront ceux découlant du processus d'arbitrage qui aura bientôt lieu et non l'état actuel de la rémunération, en plus ou en moins.

    Il était très intéressant d'entendre le président du Conseil du trésor, hier. D'abord, parce qu'il a admis sa méconnaissance du dossier et qu'il réservait son jugement sur la question pour le moment. Ensuite et surtout parce qu'il s'est bien gardé de partir de la prémisse que l'entente de mars dernier était inique (contrairement à Legault qui a trouvé le moyen de prétendre qu'elle était injuste pour les omni alors que les négociateurs s'étaient assurés auprès de la FMOQ qu'elle n'allait pas créer de nouveaux remous de leur part). Son souci : que nous en ayons pour notre argent. Il faut saluer.

  • Brigitte Girard - Abonnée 26 octobre 2018 08 h 16

    Analyse

    Bravo pour cette analyse de la situation, mais surtout de placer la situation en contexte et de souligner le besoin de justice sociale et des effets pervers de l'élitisme.

  • Alain Vadeboncoeur - Abonné 26 octobre 2018 22 h 40

    Pas tout à fait

    La FMSQ ne "délie les cordons de la bourse" ni ne "redistribue à ses membres en appliquant des règles byzantines". Il est vrai que la FMSQ négocie une enveloppe globale, et que la répartition de cette enveloppe est réalisée à l'intérieur de la FMSQ entre les spécialités. Mais l'application de cette répartition est entièrement fondée sur des tarifs appliqués à des actes, qui font l'objet d'une négociation avec le MSSS et qui sont à terme entérinés par le ministre de la Santé, qui paraphe l'entente. Aucune distribution ne peut être effectuée sans ce paraphe. Le ministère est donc partie prenante de la répartition et pourrait donc en principe s'y opposer ou demander des modulations, ce qu'il choisit de ne pas faire. On peut effectivement contester le fait que la répartition des enveloppes ne fasse pas directement l'objet de discussions avec le MSSS, mais penser que la FMSQ (ou le FMOQ) est autonome dans les actions qui suivent l'attribution de l'enveloppe, c'est méconnaître les mécanismes réels en jeu et surtout, supposer que le MSSS n'y joue aucun rôle, ce qui n'est pas plus exact.