Le nationalisme de François Legault

À la toute fin de son discours d’assermentation, juste avant sa référence à une célèbre citation de René Lévesque, François Legault a affirmé qu’il aimait les Québécois. Vendredi encore, lors de sa première conférence de presse à titre de premier ministre, il a eu ces mots : « Il est important que le premier ministre aime les Québécois, qu’on soit fier des Québécois. » Il estime qu’« il y a du travail à faire » en ce sens, que ce soit en culture ou en économie. « C’est important qu’on retrouve toute cette fierté qu’on avait et que nous a donnée M. Lévesque », a-t-il poursuivi.

Un premier ministre qui aime les Québécois. L’allusion à Philippe Couillard était évidente, lui qui avait accusé François Legault « de souffler sur les braises de l’intolérance », lui dont l’attachement au Canada n’était pas feint et devenait même émotif, lui qui, enfin, s’irritait des inquiétudes identitaires des Québécois. Les rares fois qu’il se disait nationaliste, le premier ministre libéral sonnait faux.

C’est tout un contraste avec François Legault. Son nationalisme n’a rien de cérébral, il est profond, viscéral. Élevé à Sainte-Anne-de-Bellevue dans l’ouest de l’île de Montréal, issu d’un milieu modeste, le nouveau premier ministre est particulièrement sensible à la précarité de la langue française au Québec. Son nationalisme n’est pas raisonné, il ne l’a pas amené à se passionner pour les enjeux constitutionnels, pour les différents modèles du vivre-ensemble : multiculturel, interculturel, républicain. On pourrait même affirmer qu’il s’agit d’un nationalisme populaire.

C’est pourquoi, lorsqu’il parle de son amour des Québécois, il est sincère, il n’a pas besoin d’un script. Lucien Bouchard trouvait que les Québécois ne travaillaient pas assez, François Legault, lui, semble vouloir les prendre tels qu’ils sont.

Gilles Duceppe a dû se reconvertir au nationalisme après avoir porté l’étendard de l’internationalisme au sein de la Ligue communiste marxiste-léniniste dans les années 1970. Pauline Marois s’est toujours davantage intéressée à la gestion de l’État et aux mesures sociales qu’aux discours sur la nation et la souveraineté. Il n’y a peut-être que le patriotisme d’un Bernard Landry qui dépassait en intensité le nationalisme d’un François Legault du temps qu’il était un souverainiste pressé.

S’il est vrai que le nationalisme de François Legault est viscéral, c’est sur le plan économique qu’il s’exprime le plus ; les questions d’immigration et de laïcité ne sont pas ses matières fortes. Il est bon de rappeler que ce fondateur d’Air Transat a participé à l’émergence du Québec inc. dans les années 1980 et que son entreprise a bénéficié du Régime d’épargne-actions qui a contribué à propulser de nombreux fleurons québécois. C’est dans cet esprit qu’il entend revoir le mandat d’Investissement Québec.

Anciens adéquistes, péquistes, libéraux et conservateurs fédéraux se trouvent aujourd’hui au sein de la CAQ, que ce soit parmi la députation ou parmi le personnel politique. Plus que jamais, le parti de François Legault est une coalition. Parmi les souverainistes désillusionnés qui se retrouvent à la CAQ, il y a ceux qui sont devenus de vrais fédéralistes et ceux qui jugent que l’indépendance est désormais impossible. Il y a ceux qui croient cependant que François Legault est le plus court chemin pour y arriver. Pour l’heure, tout ce beau monde cohabite harmonieusement, guidé par un seul mot d’ordre. « Le Québec d’abord à l’intérieur du Canada, mais le Québec d’abord », a répété vendredi François Legault.

Le Québec d’abord, cela signifie, dans sa perspective nationaliste, la nation québécoise francophone d’abord, dans le respect des droits de la minorité historique anglophone, certes, et « en prenant en compte l’avenir des membres des Premières Nations », comme il l’a souligné dans son discours d’assermentation.

Le premier ministre a promis de diriger un gouvernement « proche du monde » qui cherchera « l’adhésion […] de la plus grande partie de la population ». Il faut comprendre qu’en matière de laïcité, par exemple, François Legault, qui a affirmé avoir un mandat clair, se conformera à la volonté de la majorité de la population. Or il s’est également engagé à gouverner dans un esprit « d’humanité et d’ouverture ». Son gouvernement sera celui de tous les Québécois, a-t-il aussi déclaré.

On le voit : gouverner, ce n’est pas seulement épouser l’opinion publique. François Legault semble le reconnaître. Le premier ministre devra parfois concilier ce qui peut sembler inconciliable, agir comme « fiduciaire de cette longue histoire d’une nation de langue française en Amérique », mais aussi contribuer à l’essor d’une société pluraliste, tournée vers l’avenir.

24 commentaires
  • Diane Gélinas - Abonnée 20 octobre 2018 03 h 18

    QUÉBEC : Quatre ans de transition gouvernementale

    L'appareil d'État, la magistrature, les organismes publics québécois sont presque tous occupés ou sous la responsabilité de "ti-namis" libéraux. Ça prendra un grand ménage et une mise à la retraite de plusieurs dont la loyauté libérale nuira possiblement aux travaux des Caquistes. En conclusion, la "machine de l'État' est rouge libérale mur à mur.

    Quatre ans pour gouverner (et non gérer l'État comme une entreprise privée) sera probablement suffisant pour achever de frustrer le caucus caquiste devant le mur autoritaire d'Ottawa si jamais Justin Trudeau devait être réélu en 2019. La CAQ a donc un an pour abattre ses cartes avec un certain rapport de force.

    L'injustice envers le chantier maritime Davie est une preuve que les 40 députés libéraux fédéraux actuels ne sont que des marionnettes menottés par la ligne de parti. De plus, le dossier du cannabis, l'achat du pipeline Trans-Mountain, ajoutés au possible scandale d'un présumé délit d'initié dans l'attribution de permis de culture du cannabis par Ottawa à des Libéraux noitoires... alors que l'Agriculture est de juridiction provinciale, pourrait agir comme un boomerang en plein visage du PLC d'ici octobre 2019.

    L'arrivée des Conservateurs au pouvoir rendrait possible la promesse d'un seul rapport d'impôt administré par Québec. Toutefois, l'arrivée en scène de Maxime Bernier pourrait brouiller les cartes.

    Le NPD s'est déjà positionné sur le respect d'une éventuelle autodétermination du Québec si le peuple en décide ainsi, mais la sympathie naturelle pour le chef est loin d'être acquise... Singh n'est pas Layton.

    Enfin, les indépendantistes qui siègent à Ottawa et celles et ceux du nouveau Mouvement Québec Indépendant (MQI) sont tenus de profiter de 2019 pour en finir avec l'absurdité contreproductive de 2018 et se consacrer à l'essentiel : promouvoir les intérêts du Québec tout en démontrant que l'indépendance est la la seule alternative viable pour un Québec libre de ses choix.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 20 octobre 2018 07 h 06

    La péréquation

    Il me semble que c'est un sujet tabou. Pourtant, la péréquation est en quelque sorte un déshonneur pour Québec Inc. Le nationalisme québécois devrait en faire LA priorité. Avec cette pléthore d'économistes au gouvernement, cela doit être facile de trouver une solution, Il faut en effet, coûte que coûte, éliminer cette condamnation dédaigneuse du Canada anglais qui vient avec la péréquation. C'est pas inutile de combattre la pauvreté.

    • Réjean Martin - Abonné 20 octobre 2018 13 h 56

      si notre province reçoit tant d’argent du système fédéral de la péréquation, c’est simplement pour compenser son peu de capacité de percevoir des revenus de certaines sources.
      Monsieur Legault comprend-il bien le système de péréquation ?

      À la suite de la parution du papier de monsieur Michel Girard au sujet de la préquation (samedi 13 octobre), je veux dire ceci.
      Il s’est dit nombre de choses fausses au sujet du système fédéral de la péréquation au cours des ans mais, heureusement, on a vu, pour tirer les choses au clair, par exemple, le 9 avril dernier se poindre 1) dans Le Devoir un papier intitulé «Pourquoi se priver d'une partie des transferts fédéraux auxquels le Québec a droit ?» signé par Marc-André Houle, et 2) dans Le Journal de Montréal un commentaire ayant pour titre «Les faits, juste les faits» de l’économiste Ianik Marcil.

      Dans ce dernier cas, il s’agissait de répondre à nul autre que Mario Dumont pris en erreur. «Si les provinces, écrit Ianik Marcil, recevaient des paiements de péréquation parce leur économie est mal en point (…) ce n’est pas le Québec qui devrait en recevoir le plus! Notre économie a connu l’an dernier la 2e plus forte croissance au pays après l’Alberta, et son taux de chômage est l’un des plus bas au pays présentement. À l’inverse, Terre-Neuve ne reçoit pas un sou de péréquation, mais a connu la pire performance économique au pays, avec un taux de croissance négatif pour 2017 (-1,8%) et le plus haut taux de chômage de toutes les provinces, à 14,8%.»

      Plus loin, l’économiste explique que la péréquation est une formule mathématique et que celle-ci est liée «à la capacité des gouvernements provinciaux à lever des impôts».

      Pour sa part, Marc-André Houle qui est candidat au doctorat et chargé de cours en science politique à l’Université du Québec à Montréal écrit que l’objectif du programme de la péréquation est «de faire en sorte que chaque citoyen, peu importe où il se trouve sur le territoire, ait accès à des services pub

    • Jean-Henry Noël - Abonné 21 octobre 2018 14 h 19

      Monsieur Martin. quelques soient les explications, ll demeure que le Québec reçoit cette formidable somme d'argent en péréquaton parce qu'elle est la province la moins riche du pays. Il y a quelques années, c'était Terre-Neuve Mais voilà, Terre-Neuve a trouvé du pétrole dans son sous-sol et Québec refuse d'explorer même. Québec aurait pu s'inspirer de la Norvège qui exploite son pétrole tout en protégeant jalousement son environnement.

  • Michel Lebel - Abonné 20 octobre 2018 07 h 33

    ''Québec First''!

    Le ''Québec d'abord'' ne fait-il pas penser à ''America First'' d'un certain Donald Trump, soit à un certain populisme? Je ne tire pas de conclusion, mais... L'empressement de F.Legault à affirmer qu'il ne retirera pas le crucifix de l'Assemblée nationale me laisse songeur quant à la suite des choses. On verra...

    M.L.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 21 octobre 2018 10 h 45


      M. Lebel, Oui Québec d'abord! Les esprits tordus y verront autres choses, c'est certain.

      Priorités: garder nos maisons-mères (enfin ce qui en restent!), soutenir nos emplois, investir et promouvoir en priorité nos industries, nos commerces et nos institutions, acheter et manger local; enfin administrer le Québec avec «justice et honnêteté» en ayant en tête les intérêts supérieurs du Québec, tel que le stipule le serment d’assermentation des ministres et députés; bref, gouverner avec moralité et sagesse et faire tout ce que les libéraux (PLQ) n’ont pas réussi à faire en près de 15 ans de gouvernement. Tout un programme en effet!

      J’ajouterai que le Parti libéral, heureusement réduit a peau de chagrin à Montréal (Liberal Party of Montreal!), ne représente guère plus que les anglo et allophones, ainsi va la vie...

      Quant au crucifix qui «trône» depuis Duplessis au-dessus du siège du président de l’Assemblée nationale (Salon bleu) nombre de catholiques, pour quelques raisons culturelles et/ou religieuses que ce soient, seraient les premiers à crier au scandale! M’est avis qu’il serait bien au chaud, près du drapeau canadien, en séjournant au Salon rouge en attendant la véritable séparation entre religions et État.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 21 octobre 2018 12 h 54

      M Lebel lance le mot de populisme, un autre anathème, sans tirer de conclusion. Et aussi le mot de Trumpisme, un autre anathème, toujours sans tirer de conclusion. J'invite M Lebel de continuer à réfléchir, peut-être en s’inspirant du philosophe Baruch Spinoza dans son Traité Politique: «J’ai pris grand soin de ne pas tourner en dérision les actions humaines. Ne pas les déplorer ni les maudire mais de les comprendre. Ne pas juger, ne pas blâmer mais comprendre»

      Oui, comprendre et ne pas juger.


      La diabolisation facile du populisme dans lequel tombent presque tous les chroniqueurs et éditorialistes appelle à réfléchir.

      Certains voient dans le discours populiste et nationaliste un « repli sur soi ». Mais ne s’agit-il pas le plus souvent et plus profondément d’un « redressement de soi », face au délitement des prérogatives des pays libres, face au mondialisme et aux vagues migratoires?

      Puis ils accusent de populisme ceux qui écoutent la population, comme si écouter la population et tenir compte des désirs et des peurs des gens était un devenu un crime politique. Le populisme est devenu un nouveau péché.

      Aussi longtemps que les politiciens ignoreront les insécurités économique, culturelle, identitaire, démographique, sociétale, etc., présentes dans la population, ici comme ailleurs, la pression va monter dans la marmite sociale. Et alors des dérives se manifesteront, apportant des réponses inappropriées (du genre Trump) à des questionnements légitimes.

  • Alain Bolduc - Abonné 20 octobre 2018 07 h 49

    blablabla

    Legault,un autre Elvis Gratton.Misère.

    • Gilles Bonin - Abonné 20 octobre 2018 12 h 02

      Court et méprisant comme "commentaire".

    • Gilberte Raby - Abonnée 20 octobre 2018 12 h 26

      Monsieur Bolduc, Comme éducatrice, j'ai appris que, habituellement, les autres ont tendance à répondre à nos attentes.
      En traitant un copain d'incapable, il a de bonnes chances de le devenir. Heureusement, le contraire est aussi vrai. Le négativisme est toujours dangereux.
      Monsieur Legault est élu pour quatre ans; il me semble plus logique de lui faire comprendre que nous avons confiance et sommes aux aguets pour encourager, conseiller et gronder au besoin. Vous ne trouvez pas?

    • Gilles Bousquet - Abonné 20 octobre 2018 14 h 34

      En que sens ? Des précisions s.v.p.

  • Claude Bariteau - Abonné 20 octobre 2018 07 h 53

    Des précisions s'imposent


    Vous recourez à quatre concepts : souveraineté, indépendance, nationalisme et laïcité pour faire écho à des tendances politiques et aux des visions du PM Legault qui entend gouverner pour tous les Québécois en devant, selon vous, «contribuer à l’essor d’une société pluraliste, tournée vers l’avenir».

    1. Dans une province, la souveraineté réfère à ses pouvoirs. En dehors du maximum, qui est l’indépendance, il s’agit de degrés de souveraineté. Une province qui gouverne au sein du Canada peut seulement en quémander plus.
    2. L’indépendance renvoie à la totale souveraineté d’un État sur la scène internationale, qui s’applique aux pays membres des Nations Unies.
    3. La nation renvoie aux pays indépendants au sens de nation française, italienne, américaine. Ce sens diffère du concept de nation appliqué aux premières nations. L’utiliser en écho aux Québécois de langue française en fait une nation ethnoculturelle. Le nationalisme fut un courant à l’ère industrielle qui donna assise à l’État-nation, qui présuppose un État indépendant. Y recourir dans une province vise à hausser le pouvoir d’une de ses composantes.
    4. La laïcité concerne un principe de gestion de l’État civil. Selon des États indépendants, il renvoie à l’obligation de neutralité de l’État. Celle-ci, dans certains pays, implique la neutralité des agents de l’État, donc une dissociation de l’État de comportements de conviction en son sein indépendamment des usagers.

    Les habitants du Québec s’étant doté d’un État indépendant, ils formeront une nation sur la scène internationale et préciseront leur «vivre ensemble» et les modalités de leur laïcité. Province, ces précisions relèvent du Canada. Le gouvernement Legault peut recourir à la clause dérogatoire pour définir la laïcité de tous les agents de l’État. Le faire n’est pas contraire à l’essor du pluralisme, car il s’exprime par les usagers des institutions de l’État et dans l’espace publique.