La CAQ et l’éthique: une coche mal taillée

Sur nombre de tribunes, François Legault a affirmé haut et fort qu’en matière d’éthique, c’était « tolérance zéro » à la Coalition avenir Québec. Cette pureté dont il aurait voulu se draper s’est évanouie.

Dans un contexte de rupture, le député de La Peltrie, Éric Caire, et son ex-conjointe, Marie-Ève Lemay, ont contracté en 2017 un prêt de 55 000 $ auprès du maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger, pour qui Mme Lemay travaillait à titre de chef de cabinet. Selon les explications fournies par le député, les époux, après avoir fait une offre d’achat sur une résidence, ont décidé de se quitter et se sont retrouvés avec deux maisons à financer.

En faisant sa déclaration d’intérêts annuelle à la commissaire à l’éthique et à la déontologie des membres de l’Assemblée nationale, Ariane Mignolet, le député a déclaré ce prêt. En avril, la commissaire a exigé qu’il le rembourse dans les plus brefs délais, considérant qu’Émile Loranger est un représentant d’une municipalité qui fait partie de la circonscription de La Peltrie. Aux yeux d’Ariane Mignolet, il ne faisait pas de doute que ce prêt plaçait Éric Caire dans une situation de « conflit d’intérêts potentiel ». Le député a obtempéré.

En vertu de l’article 15 du Code d’éthique, « un député ne peut se placer dans une situation où son intérêt personnel peut influencer son indépendance de jugement dans l’exercice de sa charge ». Dans les circonstances, Éric Caire aurait dû demander un avis à la commissaire avant de cosigner ce prêt.

Pour François Legault, la question des conflits d’intérêts « n’est pas évaluée de la même façon quand on est dans la deuxième opposition que lorsqu’on est au gouvernement ». La position du chef caquiste est un peu courte. L’article 15 du Code d’éthique s’applique à tous les députés, qu’ils soient dans l’opposition ou au gouvernement.

En revanche, rien n’indique qu’Éric Caire a agi pour favoriser indûment le maire ou sa municipalité. Avec le remboursement du prêt, l’apparence de conflits d’intérêts est disparue.

Cette coche mal taillée n’est pas une raison suffisante pour réclamer la démission du député ; ce sera aux électeurs de La Peltrie de décider de son sort.

La question est maintenant d’ordre politique. Le dommage, également. C’est un coup dur pour Éric Caire, qui ne pourra plus se poser, avec l’âpre efficacité qu’on lui connaît, en « shérif » de la CAQ. Et en matière d’éthique, François Legault devra faire son deuil de l’expression « tolérance zéro ».

5 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 1 septembre 2018 06 h 59

    L'antonyme d'éthique ?

    Chez deux ressources trouvées, un seul et même mot figure : immoralité. Quel pesant mot ! Moralité dans le monde politique actuel ? Moralité et pouvoir ? Moralité et argent ? Quoi ajouter ?
    Dans un pervers tableau de scènes politiques, je vois assis à la même table pouvoir, politicien, argent homme d'affaire concoctant comment en arriver à..., comment s'y prendre pour....avec des phrases incomplètes ( l'autre est assez intelligent pour comprendre ce que je veux dire...) ou encore du genre « Vous savez...»
    Une chronique j'ai, un jour, eu le bonheur et privilège de signer dans un hebdo aujourd'hui « décédé », prose que j'avais titré « Le bal des tordus », Des écrits dignes de la commission Charbonneau. Vous savez celle qui nous a toutes et tous coûté 44.3m de nos piastres.
    Vous devez certes vous douter combien l'éthique s'est fait écraser les pieds dans « Bal des tordus ».
    La moralité en politique, la moralité et l'argent, la moralité et le pouvoir....ouf !
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Pierre Bernier - Abonné 1 septembre 2018 08 h 07

    Franchement !

    Pour François Legault, la question des conflits d’intérêts « n’est pas évaluée de la même façon quand on est dans la deuxième opposition que lorsqu’on est au gouvernement ».

    Posture ridicule !

  • Gilles Théberge - Abonné 1 septembre 2018 09 h 46

    La position de Legault est courte et l’éditorial de monsieur Dutrissac ne donne qu’une partie de l’explication. Il appert que monsieur Caire est plus intimement lié à la question qu’il n’y paraît, et son chef a une notion de l’éthique très élastique...

    Il me semble que monsieur Caire, compte tenu de ce que nous savons maintenant n’a plu qu’une option, et c’est la démission !

  • Jean-Charles Morin - Abonné 1 septembre 2018 11 h 01

    Un progrès certain.

    Avec la déconfiture d'Éric Caire, qui décidément en menait large à la CAQ avant de prendre le chemin du purgatoire, le paysage politique compte un "vertueux" tartufiant de moins.

    C'est une bonne chose qui profitera à tous, à commencer par François Legault qui aura un curé moralisateur de moins dans ses pattes.

  • Claude Gélinas - Abonné 1 septembre 2018 11 h 58

    L"arroseur arrosé !

    Cette semaine, le donneur de leçons de la CAQ a fait la démonstration qu'il avait l'éthique élastique. Pour moins que cela il aurait réclamé la démission de la personne en cause. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais !