Grutiers à surveiller

Le récent débrayage illégal des grutiers a une grande valeur pédagogique. L’industrie de la construction doit demeurer sous une surveillance constante pour éviter qu’elle soit prise en otage par une poignée de matamores en mal d’influence.

L’Union des opérateurs grutiers (section locale 791G de la FTQ-Construction) a paralysé les chantiers pendant une dizaine de jours, à la veille du congé de la fête nationale. Le ton a rapidement monté. Les travailleurs qui ont osé défier le mot d’ordre syndical en se présentant au travail ont subi des menaces et de l’intimidation, dans l’indifférence des leaders syndicaux des grutiers.

« Les grutiers se croient au-dessus des lois », a déploré la p.-d.g. de la Commission de la construction du Québec (CCQ), Diane Lemieux. Il fut un temps où les politiciens montaient au front pour condamner les tactiques d’intimidation et le chantage des fiers-à-bras syndicaux. À l’approche des élections, la ministre du Travail, Dominique Vien, s’est faite discrète. Diane Lemieux devait se sentir bien seule dans sa dénonciation des nuisances…

L’absence de leadership à la FTQ-Construction fut un sujet récurrent dans les dix dernières années, mais quelque chose a changé depuis les travaux de la commission Charbonneau. La FTQ-Construction a déploré la grève illégale des grutiers, et elle leur a demandé de respecter la loi. À l’époque, la centrale aurait évoqué le prétexte fallacieux de l’autonomie de ses syndicats affiliés pour fermer les yeux sur le chantage et l’intimidation.

Il s’agit d’une nette amélioration. Les matamores qui usurpent l’étoffe du syndicalisme ne peuvent plus faire la pluie et le beau temps aussi facilement sur les chantiers, d’autant plus que les nouvelles générations de travailleurs ne veulent plus jouer dans ce vieux film usé.

La grève illégale n’a guère duré plus d’une dizaine de jours. À la suite d’une rencontre avec le président de la FTQ, Daniel Boyer, la ministre Vien a par ailleurs annoncé la semaine dernière la création d’un comité indépendant pour se pencher sur le nouveau règlement sur la formation professionnelle, qui est à la source du conflit.

Aucun compromis ne devrait être fait sur la sécurité des grutiers. Ceux-ci ne peuvent cependant pas instrumentaliser les enjeux de sécurité pour maintenir un monopole factice sur les chantiers.

1 commentaire
  • Raynald Blais - Abonné 24 juillet 2018 06 h 58

    Matamore ou vantard faisant le brave

    Si les grutiers ont ignoré le jugement de la CNESST favorable aux patrons et la convention qui règle leurs conditions jusqu’à la prochaine pour déclencher une “grève illégale”, ce n’est pas pour « faire la pluie et le beau temps » comme le présume l’éditorialiste, mais plutôt pour défendre leur gagne-pain et leur santé-sécurité menacés par les derniers changements décrétés quant à leur formation.

    Comment les grutiers pouvaient-ils se prémunir contre un changement immédiat aux règles de leur formation en prenant le dédale bureaucratique autorisé pour y parvenir sans exercer une pression économique sur les juges et parties?