Contradictions vertes

Il en a fallu, du temps, mais le gouvernement Couillard, en publiant les règlements sur l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures, a définitivement fermé la filière du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, cette boîte de Pandore que le gouvernement Charest, avec légèreté, avait ouverte.

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau, a aussi resserré les règles sur les forages à proximité des municipalités.

En septembre dernier, la première mouture des règlements sur l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures avait été accueillie par une volée de bois vert par les municipalités. Les quatre projets de règlement avaient reçu « un accueil glacial », selon les mots de la Fédération québécoise des municipalités (FQM).

Les petites municipalités en région exigent que leurs territoires ne soient plus menacés par l’existence de claims et que ces titres, qui confèrent à des entreprises des droits quasi inaliénables d’exploration et d’exploitation, n’aient plus préséance sur leurs schémas d’aménagement.

L’imminence des élections aidant — il serait mal avisé pour les libéraux de se mettre à dos les petites municipalités dans les circonstances —, Pierre Moreau est revenu avec une réglementation qui, d’une façon générale, augmente les distances entre les forages et les périmètres urbanisés et, en dehors de ces périmètres, entre les forages et les résidences.

Le gouvernement Couillard n’a pu cependant éviter les contradictions. Parce qu’elle constitue une menace pour les nappes phréatiques, la fracturation est interdite dans le schiste de l’Utica, qui est situé dans la vallée du Saint-Laurent. Mais la fracturation est permise en dehors de cette zone.

Autre question qui reste irrésolue : la protection des sources d’eau potable des municipalités. Plus de 300 d’entre elles, dont plus de la moitié ont choisi de s’adresser aux tribunaux, jugent nettement insuffisantes les dispositions actuelles sur les forages effectués près de leur source d’eau. Les municipalités souhaitent que tout forage ne puisse se faire à moins de 2 kilomètres d’une source d’eau potable alors que la limite actuelle est de 500 mètres. Elles sont toujours en attente de la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, qui a promis d’y voir.

En cette fin de session pré-électorale, le ministre Moreau a procédé à un autre grand déballage en présentant un plan, doté de 6 milliards en cinq ans, pour soutenir la transition énergétique. L’objectif du gouvernement est de réduire de 40 % la consommation de pétrole, qui est principalement liée au transport, d’ici 2030.

Là encore, le gouvernement Couillard nage dans les contradictions puisque le plan prévoit une hausse de la consommation du gaz naturel de 12 % d’ici 2023. Or le gaz naturel brûlé au Québec provient de plus en plus de gisements de gaz de schiste, dont l’extraction entraîne une importante production de gaz à effet de serre. Dans la foulée, nous apprenons que la consommation de charbon et de coke bondira au Québec en raison des activités de la cimenterie McInnis en Gaspésie.

Le gouvernement Couillard polit son image verte en vue des élections. Mais il doit composer avec des éléments qui compromettent ses objectifs de réduction de GES. Entravée par les contradictions, la transition énergétique est encore bien timide. Et seule la conversion du parc automobile et du transport collectif à l’électricité apparaît comme sa planche de salut. Tout reste à faire.

10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 juin 2018 03 h 02

    Le bien commun avant les profits!

    La protection des sources d’eau potable des municipalités est primordiale. Les municipalités jugent nettement insuffisantes les dispositions actuelles sur les forages effectués près de leur source d’eau. À quand un gouvernement qui privilégie la protection de citoyens et le bien commun avant de cimenter le pouvoir disproportionné des multinationales? L'histoire ne sera pas tendre envers ces gouvernements néolibéraux qui ont failli à leur devoir de protéger les citoyens des excès mercantiles.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 14 juin 2018 17 h 09

      L'eau propre potable est un bien collectif Québécois essentiel à la vie
      le gaz, le pétrole sont des biens accaparés par quelques entreprises et sont juste utiles à nous faciliter la vie ...

      il est urgent de fair el'évaluation de la capacité de renouvellement et le débit de nos sources d'eau phréatiques .

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 14 juin 2018 07 h 48

    De l’impirtance stratégique de la loi 106

    Le 10 décembre 2016, sous le bâillon, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la loi 106. Celle-ci donne aux pétrolières le droit d’expropriation.

    La loi 106 ne prévoit rien qui soit destiné à encadrer le conflit d’intérêts des pétrolières, à la fois évaluatrices de la valeur d’un terrain et bénéficiaires des économies réalisées lors de son acquisition.

    Concrètement, ce nouveau pouvoir accordé aux pétrolières signifie que si un citoyen refuse de vendre son terrain ou s’il demande un prix jugé excessif par la compagnie, celle-ci pourra s’en emparer de force et l’obtenir pour presque rien.

    La loi 106 n’est rien de moins que la capitulation de l’État qui, au lieu de défendre le territoire national, l’offre à la convoitise irrépressible d’intérêts étrangers.

    À ma connaissance, le PLQ n’a que soustrait les lacs et les fleuves à la convoitise des pétrolières et non l’ensemble du territoire de la vallée du Saint-Laurent.

    L’obligation d’acquérir de gré à gré le territoire convoité, c’est un des facteurs importants qui ont plombé la rentabilité du pipeline Trans-Mountain et ce qui obligera l’État fédéral de porter l’odieux, éventuellement, des expropriations indispensables à la réalisation du projet.

    Dernièrement, le PQ s’est engagé à abolir la loi 106. Il ne l’avait pas osé le faire à son dernier congrès (ce qui m’avait mis en colère), mais s’est ravisé depuis.

    Or ni le Parti libéral ni la CAQ n’ont cette intention. Conséquemment, ces deux formations politiques sont de mèche avec l’industrie pétrolière sans vouloir en donner l’impression.

    Sans douter des bonnes intentions de QS, le seul parti qui pourrait in extremis remonter la côte et empêcher véritablement l’exploitation pétrolière au Québec, c’est le PQ.

  • François Boucher - Abonné 14 juin 2018 08 h 55

    Efforts insuffisants en électrification des transports

    N'oubliez pas d'ajouter que le même ministre Moreau vient de dévoiler à Québec une station de remplissage à l'hydrogène de 2.9 millions $, alors qu'il n'y a actuellement aucun véhicule de ce type en circulation au Québec. Pendant ce temps, il faut que l'AVEQ produise une pétition de 11000 signatures demandant l'installation de bornes rapides, sans que le gouvernement ne bouge ou investisse de l'argent du fonds vert, alors que c'est pile sa mission première. La STM a commandé 300 autobus hybrides, au lieu d'électriques , le gouvernement subventionne le DIÉSELS dans le transport scolaire... Les contradictions ne manquent pas.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 14 juin 2018 17 h 47

      Un véhicule a hydrogène est un véhicule a motorisation électrique. Et si ces véhicules n'ont pas un niveau de développement aussi avancé que les véhicules batteries, ils sont tout de même en phase d'essais réelle et de début de mise en application. C'est ainsi qu'il y aura 50 Mirai de Toyota qui seront a mise a l'essais par Québec. Toute avancé technique passe par un début d'essais/erreurs. Là plusieurs pays s'engagent dans l'essais de l'hydrogène. Le fabricant de locomotive Alston va bientôt fournir une douzaine de locomotives a hydrogène a l'Allemagne. Aux États-Unis l'entreprise Nikola Motors développe des camions de transports alimentés a l'hydrogène pouvant atteindre plus de 1,500 kilomètres d'autonomie. Avec dans les cartons du carburant fait a partir d'énergies renouvelables, et a prix compétitif au diesel !

      Ici des autobus alimentés a l'hydrogène seraient bien plus facile a mettre en place. La ville de Pau en France le fait avec huit "maxi-autobus" articulés de 18.6 mètres de long, pour une facture totale prévue de 13 millions d'euros.
      L'investissement de Québec a sa place et est sensé.

      http://www.moteurnature.com/29031-pau-choisit-les-
      http://www.moteurnature.com/actu/2016/nikola-motor
      https://nikolamotor.com/one

  • Jean Richard - Abonné 14 juin 2018 09 h 54

    Le mot réduction semble être disparu des dictionnaires

    « Et seule la conversion du parc automobile et du transport collectif à l’électricité apparaît comme sa planche de salut. Tout reste à faire. »

    Le gouvernement du Québec fait fausse route en misant sur la conversion et non sur la réduction (réduction de la consommation du parc automobile). Désormais, il se vend plus de petits camions neufs que de voitures neuves. Cette tendance lourde ne s'est pas manifestée du jour au lendemain. Il faudrait être aveugle pour ne pas l'avoir vue venir.

    Ces petits camions consomment de 10 à 30 % plus d'énergie qu'une voiture de même capacité, mais plus légère. Une politique misant sur la réduction de la consommation aurait pu nous mener à une baisse sensible de la demande en pétrole, avec des résultats nettement plus avantageux que ceux obtenus en misant sur la voiture à batteries (plus énergivore à construire et dont l'immense batterie cause des problèmes environnementaux de plus en plus connus – et de moins en moins souhaitables).

    Par ailleurs, qui dit parc automobile dit aussi camions de transport des marchandises. Or, le nombre de camions sur les routes a augmenté de façon quasi-désastreuse au cours de 20 ou 30 dernières années. Certaines politiques industrielles ont quelque chose à y voir (les immenses camions sont devenus des entrepôts roulants). Le jour où l'industrie du transport des marchandises aura à payer le coût réel des dommages environnementaux qu'elle occasionne par ses choix douteux, on pourrait probablement commencer à entrevoir une diminution du nombre de camions sur les routes. Mais à Québec, on ne touche pas à l'industrie...

    Là où le prix de l'énergie se fait sentir, la réduction de la consommation suit. C'est le cas en aviation. La consommation de carburant est très haut dans la liste de ce que demandent les clients aux constructeurs. Les avions modernes ont vu leur consommation chuter et les constructeurs essaient sans arrêt de faire mieux.

  • Serge Lamarche - Abonné 14 juin 2018 15 h 13

    Encore ridicule

    500 m des sources d'eau potables est mal, mais 2 km n'est guerre mieux. C'est ridicule en fait. La fracturation créé des fissures souterraines qui pourraient s'étendre plus loin. Je n'accepterait aucune fracturation à moins de 30 km de source d'eau potable ou d'habitation, peu importe leur grandeur.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 14 juin 2018 17 h 53

      Il y a la prudence... et il y a l'hystérie!

    • Serge Lamarche - Abonné 15 juin 2018 02 h 00

      Je crois que l'hytérie est dans le camp des exploiteurs.