Comptabilité n’est pas qualité

Les campagnes électorales à date fixe ont leur avantage, mais on sait maintenant qu’elles comportent des coûts importants pour les électeurs contribuables. Les finances publiques du Québec sont dans un bon état, bien plus que les services qu’elles servent à financer.

Le Panorama des finances publiques du Québec publié hier par la Chaire en fiscalité de l’Université de Sherbrooke nous rappelle que, au Québec, les dépenses de toutes les administrations publiques réunies (fédérales, provinciales et municipales) équivalent à presque 50 % du PIB annuel. En guise de comparaison, l’Ontario consacre 38 % de son PIB aux dépenses publiques de toutes sources et l’Alberta, 30,9 %, mais la Nouvelle-Écosse, dont le PIB est moins imposant et les revenus des transferts fédéraux plus élevés, 61,4 %.

À l’échelle de l’OCDE, dont la moyenne des dépenses publiques atteint 40,4 % du PIB, le Québec arrive au 24e rang sur 32, et le Canada (sans le Québec) au 12e rang, tout près de la moyenne.

Comme il fallait s’y attendre, des pays riches comme la Norvège, la Suède, le Danemark et l’Autriche consacrent une part encore plus grande aux dépenses publiques, mais c’est aussi le cas de pays plus pauvres, comme l’Italie et la Grèce, où, par la force des choses, l’État prend une place plus importante dans la vie économique.

Il n’y a pas de pourcentage idéal. Tout dépend de la richesse de chacun, de son histoire sociale, des services reconnus comme étant de responsabilité gouvernementale et, bien sûr, de l’idéologie des partis.

Parce que le Québec est moins riche que l’Ontario et l’Alberta, il reçoit plus d’argent du fédéral par le biais de la péréquation, ce qui lui permet, en principe, d’offrir des services de qualité équivalente. En revanche, il doit consacrer davantage à son service de la dette pour n’être pas parvenu la majeure partie du temps à équilibrer les comptes depuis cinquante ans.

Mais qu’elles soient riches ou pauvres, toutes les provinces reçoivent aussi des fonds fédéraux au prorata de leur population pour le financement de la santé et des services sociaux.

Depuis le retour des libéraux en 2014, le Québec a vécu une période de « rigueur » essentiellement axée sur le retour à l’équilibre budgétaire. Une rigueur telle que la qualité des services en a souffert ou, à tout le moins, ne s’est pas améliorée. Pourtant, l’année même de son arrivée au pouvoir, le gouvernement Couillard enregistrait un excédent de revenus de 136 millions, aussitôt transformé en déficit par le versement, inscrit dans une loi, de 1,2 milliard au Fonds des générations voué au remboursement de la dette. Un des rares engagements qui ont été respectés à la lettre, disons-le.

Deux années plus tard, en 2016-2017, le surplus atteignait déjà 4,3 milliards, qui ont été partagés à parts égales entre le Fonds des générations et la Réserve dite de stabilisation.

Aujourd’hui, c’est cette réserve qui permet aux libéraux de relancer la machine à dépenses et de promettre mer et monde à la veille des élections. De sorte que dès cette année, le Québec est retombé en déficit de fonctionnement avec un solde négatif de 1,5 milliard après le versement de 2,5 milliards au Fonds des générations. Mais rien n’y paraîtra, puisqu’on a aussitôt effacé ce déficit des livres en puisant dans la réserve accumulée depuis trois ans, qui atteint 5 milliards.

Le plan de l’équipe Couillard-Leitão-Coiteux a été facilité par l’excellente performance de l’économie nord-américaine, des taux d’intérêt sur la dette moins élevés et des transferts fédéraux plus importants que prévu. Mais c’est d’abord à l’intraitable décision de limiter la croissance des dépenses de tous les ministères que l’on doit l’accumulation d’une cagnotte de guerre électorale.

Cela étant dit, une question se pose toujours : comment se fait-il que, malgré un niveau de dépenses sensiblement plus élevé qu’ailleurs, le Québec ne soit toujours pas parvenu à améliorer l’accessibilité aux soins de santé ? Comment se fait-il que nos écoles soient dans un tel état de décrépitude et que la congestion routière soit en passe de paralyser notre vie économique, pour ne mentionner que ces trois problèmes chroniques ?

En prenant le pouvoir, il y a quatre ans, le premier ministre Couillard aurait pu, aurait dû faire de la qualité des services publics la première de ses priorités, loin devant l’accumulation d’excédents budgétaires. Il ne l’a pas fait, et si l’on se fie aux sondages, l’opinion publique ne le croit plus.

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