Parité à l’Assemblée nationale: gênante insignifiance

Il y a deux ans, la Commission des relations avec les citoyens (CRC) de l’Assemblée nationale, sous l’impulsion de la députée libérale Karine Vallières, se donnait un mandat d’initiative pour se pencher sur la place des femmes en politique. La semaine dernière, elle accouchait d’un rapport particulièrement insignifiant, édulcoré par la lourde main de la majorité libérale. Cette inanité soulève de sérieuses questions sur le fonctionnement même des commissions parlementaires.

Ce ne sont pas les moyens qui ont manqué à la Commission. Et ce n’est pas que le sujet, celui de la place des femmes en politique, ne méritait pas un examen approfondi. Ainsi, la CRC a procédé à des consultations particulières au cours desquelles dix groupes et une personne furent entendus. Elle a reçu 13 mémoires. Un questionnaire fut mis en ligne auquel plus de 500 personnes ont répondu.

Après des modifications imposées par les « membres du groupe parlementaire formant le gouvernement », la Commission a produit un rapport comprenant sept recommandations, dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles ne brillent pas par leur originalité.

Ainsi, les parlementaires ont recommandé que des campagnes soient menées auprès du grand public afin de valoriser les rôles « de personnes élues » : c’est ce que les groupes de femmes font depuis dix ans. Ils ont aussi recommandé de valoriser — ils affectionnent le mot — le mentorat, une pratique qui existe déjà. La plus volontaire des recommandations porte sur « la conciliation travail-famille-vie personnelle » à l’Assemblée nationale : on suggère que l’environnement de travail soit adapté. Mais on ne dit pas comment.

Dans le rapport, la principale exigence de la grande majorité des groupes entendus ne mérite qu’un court paragraphe. Ils réclament l’imposition de quotas afin d’atteindre la parité. On n’apprend rien de leurs arguments, et les élus du gouvernement, qui s’y opposent, ne présentent aucun des leurs.

La députée péquiste Catherine Fournier, qui est membre de la CRC, a exprimé ses réserves, mais le rapport n’en fait aucunement mention. Pour que sa dissidence fût consignée, il lui aurait fallu le consentement unanime des membres de la commission, notamment des libéraux qui y détiennent la majorité.

Ce droit à la dissidence devrait être garanti afin que les commissions rendent compte des vrais enjeux et fassent œuvre utile. Les parlementaires éviteraient ainsi de se complaire dans la gênante insignifiance que le gouvernement leur impose.

6 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 5 juin 2018 07 h 41

    L'insignifiance

    du gouvrenement actuel n'est plus à prouver tout comme son absence de coeur et d'ame dirigé qu'il est
    par un 1er ministre aux phrases creuses et vides.
    Comme on dit :"Seuls les barbares aiment la barbarie,........"

  • Denis Carrier - Abonné 5 juin 2018 07 h 52

    Intégrisme?

    Quand la dissidence est interdite, ne sommes-nous pas en présence d'un mouvement intégriste? Le féminisme semble en souffrir.

  • Bernard Terreault - Abonné 5 juin 2018 07 h 55

    Pas fait du jour au lendemain

    On peut faire des réformes cosmétiques comme des quotas, mais la situation réelle des femmes en politique (et en d'autres domaines) ne changera pas tant que la société elle-même et nos images mentales sur la femme ne changeront pas (si jamais cela se produit). Il n'y a qu'à voir comme on a été dur envers Marois, Wynne, Ouellet. Et ce n'est pas demain que les jeunes pères seront aussi pris par leurs enfants que les jeunes mères.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 5 juin 2018 08 h 32

    Encore le féminisme!

    Je suis ¨(tannée) d'entendre parler des femmes en politique. La femme en société ne remplit pas le même rôle que celui d'un homme.
    Madame Marois pouvait être active en poliique grâce à sa bonne qui la remplaçait très bien. Elle avait les moyens financiers pour le faire mais ce n'est ainsi pour toutes les mères. Arrêtons de nous casser la tête avec ce thème.

  • François Beaulne - Abonné 5 juin 2018 09 h 16

    Pratique dangereuse pour la démocratie parlementaire

    Vous avez tout à fait raison Monsieur Dutrisac. Le rôle des commissions parlementaires est de permettre aux députés de scruter un projet de loi ou d'effectuer des consultations spécifiques dans un contexte plus feutré qui se prête moins aux accents partisans des débats filmés du Salon Bleu. Des commissions parlementaires ont ainsi produit de véritables consultations de fond qui ont ouvert la voie à des législations avantgardistes, comme ce fut le cas, par exemple, du droit à mourir dans la dignité.
    Même le protocole régissant le choix des présidents et vice-présidents des commissions se veut une affirmation de l'autonomie de principe de ces commissions par rapport à l'exécutif, puisque ceux ci sont élus par les membres de la commission et non nommés.ou assignés par les différents partis comme le sont les autres députés membres.
    La composition de ces commisssions se fait proportionnellement à la représentation des partis reconnus comme tels à l'Assemblée Nationale. Ce sont donc les libéraux qui sont majoritaires présentement sur toutes les commissions. En principe, toutefois, cette composition proportionnelle ne devrait pas empêcher les commissions de faire leur travail au meilleur des connaissances des députés. D'ailleurs les nombreux amemdements qui sont apportés aux projets de loi dans l'examen en commission en témoignent.
    Le comportement des libéraux dans le dossier que vous signalez déroge clairement à cet esprit et soulève deux questions: d'abord il reflète l'insécurité électorale qui semble s'être emparée des libéraux en cette période pré-électorale; ensuite il démontre clairement le besoin de revoir les règles de fonctionnement de ces commissions pour qu'il s'inscrive dans une plus grande transparence et dans une véritable perpective de bonification des lois plutôt que dans une mimique de passage obligé pour faire adopter les lois que veut le gouvernement.