Lockout à l'UQTR: crédibilité entachée

La direction de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) s’est complètement discréditée dans le conflit l’opposant à ses 445 professeurs. 

Le recteur, Daniel McMahon, et sa garde rapprochée ont décrété un lockout hâtif, le 2 mai dernier, sans être en mesure de fournir l’ombre du début d’un argument rationnel justifiant cette décision sauvage.

Ne cherchez pas une explication ou un communiqué sur le site de l’UQTR, vous n’en trouverez pas. Aux journalistes qui posent des questions, l’UQTR suggère de fouiller dans les rapports annuels de l’institution. Tout y est, nous dit-on. 

Tout, sauf la cohérence. Le climat à la table de négociation ne justifiait pas l’imposition d’un lockout, une mesure radicale qui laissera des traces pendant des années à l’UQTR. Le sociologue et historien Gérard Bouchard dénonce une mesure «brutale» et «mal inspirée». Le lockout a été imposé par le recteur (avec l’appui du conseil d’administration), pour court-circuiter une proposition de vote pour 20 jours de grève du syndicat.

Autre preuve que la direction de l’UQTR a perdu ses repères: elle a cavalièrement ignoré l’ultimatum de 48 heures formulé vendredi par la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David.

Le recteur et le conseil ont choisi de renvoyer la balle au syndicat, lundi, minant au passage l’autorité morale de Mme David. Celle-ci s’est dite «extrêmement déçue». Sa décision de retirer sa confiance en l’UQTR tombe sous le sens.

La balle n’est pas dans le camp du syndicat. C’est à la direction de revenir à la table des négociations, et de cesser de présenter des offres directement aux professeurs d’une manière non conforme au Code du travail. 

Les difficultés financières de l’UQTR ne justifient pas une position aussi radicale, qui a pour effet de prendre en otage les étudiants, les stagiaires et les chercheurs. 

La nouvelle politique de financement des universités prévoit un réinvestissement de 18 millions par an à l’UQTR à compter de 2022, en hausse de 16 %. Son budget de fonctionnement sera de 132 millions. Le ministère de l’Enseignement supérieur est également prêt à prolonger de cinq ans à huit ans la durée du plan de redressement de l’UQTR. Ces mesures, combinées à des demandes syndicales qui ne constituent pas un écart marqué par rapport à d’autres négociations, donnent à la décision intempestive de la direction un caractère encore plus incompréhensible. 

L’UQTR est dans son droit d’exiger des concessions des professeurs, de revoir le plancher d’emploi et d’amener le corps professeral à mieux s’acquitter des tâches de recherche et de service à la collectivité. 

En déployant l’arme massue du lockout, la direction a brûlé les étapes. Son rapport de force et sa crédibilité s’en trouvent amenuisées. Un contre-exemple à ne pas imiter dans le reste du réseau universitaire. 

1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 mai 2018 05 h 09

    … d’inspiration !

    « En déployant l’arme massue du lockout, la direction a brûlé les étapes. Son rapport de force et sa crédibilité s’en trouvent amenuisées. » (Brian Myles, Le Devoir)

    De cette terrible arme, utilisée à des fins d’austérité ou d’autorité ?!?, il est à espérer que l’UQTR, revenant à la raison-réalité, parvienne à se retrousser les manches, respirer par le nez et reprendre ses activités d’Éducation supérieure !

    En attendant que s’apaisent les « chicanes » de notoriété-compétence avec sourires mutuels, fréquenter, du 14 au 17 mai 2018, à l’UQTR, l’Université Internationale d’Été en « Déficience Intellectuelle » (A, UIÉDI-2018) demeure une des options susceptibles …

    … d’inspiration ! - 15 mai 2018 -

    A : http://uiedi.org/ ; http://uiedi.org/programmation/ .