Rapport du Vérificateur général: éoliennes en trop

Le dernier rapport du Vérificateur général soulève des questions de politiques publiques sur le développement de la filière éolienne.

En cette ère de développement durable et de lutte contre les changements climatiques, critiquer l’énergie éolienne n’est pas de bon ton. Bien qu’elles soient mortifères pour les nuées d’oiseaux et assassines pour les paysages bucoliques, les éoliennes contribuent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La question n’est pas là.

Dans son plus récent rapport, la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, constate l’effet délétère des politiques gouvernementales sans lesquelles cette filière issue du privé n’aurait jamais pris son envol. Sous le régime de Jean Charest, le gouvernement a adopté une série de décrets forçant Hydro-Québec à acheter en priorité l’électricité produite par les éoliennes avant celle du bloc patrimonial générée par les barrages du Grand Nord, et ce, même si l’hydroélectricité est trois fois moins coûteuse.

Cette politique, qui a bien plus à voir avec le développement économique des régions que le développement durable, a été reconduite par les gouvernements Marois et Couillard, si bien qu’on peut parler d’un choix assumé sur lequel les Québécois ont été peu ou pas consultés.

Le résultat est lourd de conséquences. Selon l’analyse du Vérificateur général, l’approvisionnement par de l’électricité dite « postpatrimoniale » a fait gonfler les coûts d’approvisionnement d’Hydro-Québec de 2,5 milliards de dollars entre 2009 et 2016. Dit autrement, Hydro-Québec a payé 8,9 ¢ le kilowattheure (kWh) pour de l’énergie éolienne, alors qu’elle aurait payé 2,67 ¢ le kWh si elle avait puisé dans le bloc patrimonial hydroélectrique.

Le tout, alors qu’Hydro-Québec prévoit des surplus énergétiques annuels de 9,3 à 13,3 térawattheures (TWh) dans la prochaine décennie. L’équation défie la logique économique : malgré les surplus de production, les coûts vont en augmentant.

La facture collective est assumée par l’ensemble des contribuables québécois puisqu’elle paraît dans la tarification d’Hydro-Québec. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, diront les sceptiques. De 2005 à 2017, les écarts de rendement favorables à Hydro-Québec ont été de 1,5 milliard. La société d’État a ainsi versé 1,1 milliard de dividendes supplémentaires à Québec. Les tarifs d’Hydro-Québec restent par ailleurs parmi les plus bas en Amérique du Nord. À titre indicatif, une consommation de 1000 kWh par mois coûte 100 $ à Montréal, comparativement à 231 $ à Toronto, 420 $ à New York et 439 $ à San Francisco. Si d’aventure des sirènes libertariennes se remettent à chanter gloire à la privatisation en haute saison électorale, il faudra leur rappeler que la nationalisation de l’électricité est un élément intouchable du modèle québécois.

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau, a justifié les politiques de favoritisme à l’avantage des éoliennes par la nécessité de développer l’économie de certaines régions. « C’est un choix que les Québécois ont fait », a-t-il dit. Le ministre prend des largesses avec la vérité, car ce choix a plutôt été imposé aux Québécois pour soutenir notamment la Gaspésie, où sont concentrés près du tiers des 38 parcs d’éoliennes au Québec. « Le PQ et le PLQ ont fait de la petite politique pour acheter des votes », a raillé le chef caquiste, François Legault. L’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable insiste au contraire sur « un choix judicieux » qui a facilité la création d’emploi et le développement économique des régions.

Ce n’est pas la première fois qu’Hydro-Québec est utilisée à des fins de développement économique. Le projet de la Romaine, non nécessaire dans un contexte de surproduction, visait à donner de l’ouvrage aux travailleurs de la Côte-Nord et des contrats aux firmes de génie-conseil.

Voilà donc un enjeu qui mérite d’être soulevé en campagne électorale. Les Québécois sont-ils prêts à accepter une perversion du rôle d’Hydro-Québec en moteur du développement économique en région ? Dans un contexte de surplus, cette approche n’est pas vraiment compatible avec le développement durable, car elle contrevient à l’un de ses 16 principes : la production et la consommation responsables.

L’essor et la vitalité des régions sont des enjeux de société de la plus haute importance. Les Québécois qui vivent en dehors des grands centres méritent mieux que la perfusion étatique par la construction d’éoliennes ou de barrages interposés. Une politique structurée, visant à diversifier l’économie des régions, est un meilleur gage d’espoir pour leur avenir.

25 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 14 mai 2018 02 h 26

    HQ (production, transport, distribution), le BTP et... Autan(«t») emporte le vent (!)

    Tous les moyens sont bons pour alimenter certaines «caisses plurielles». [...] Éditorial «incisif», voire «chirurgical». La «VG» démontrant, de sa plume, le «vg» (véritable gâchis). Misère. En '76, Claude Ryan... Le lectorat connait (sic) la suite. Le 1er octobre prochain, qui... ? Qui? Brian Myles! sautez dans le «train». Encore que, entre «Le Devoir» et «le devoir»... Bref.

    JHS Baril

  • Bernard Terreault - Abonné 14 mai 2018 07 h 24

    Simplifié

    Cette fois-ci l'éditorialiste tourne les coins ronds. Il néglige de prendre en considération la situation comme elle semblait se dessiner à l'époque. Tout comme dans le cas de l'aussi inutile centrale au gaz de Bécancour, on envisageait une pénurie d'énergie. Mais je suis d'accord sur un point, je suis très sceptique quant à l'interventionnisme gouvernemental ou hydroquébécois pour le développement régional.

    • Serge Lamarche - Abonné 14 mai 2018 15 h 40

      Mais oui, que dire du gaz de Bécancour? Un million de $ le kWh?
      Les articles doivent voir plus loin que le bout de leur nez.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2018 18 h 19

      M. Terreault. Les énergies fossiles subventionnent les énergies vertes. Les énergies dites vertes sont aléatoires et on doit tout de même mettre en place un système énergétique conventionnel pour pallier à celles-ci lorsqu'il n'y a plus de vent ou de lumière. On devrait plutôt se concentrer sur des accumulateurs performants afin de pouvoir emmagasiner et stocker l'énergie produite par les éoliennes et les panneaux solaires sans presque n’encourir aucune perte. Sinon, nous sommes des Don Quichotte courant après des moulins à vent.

  • Gilles Delisle - Abonné 14 mai 2018 07 h 37

    Question.

    Peut-on nous renseigner sur l'année déchéance du contrat qui nous lie avec Chruchill Falls? Sans êtree certains de ma source, on m'a déjà affirmé que ce serai en 2031. Si C'est bien le cas, l'énergie éolienne serait une solution à long terme.

  • Jean Richard - Abonné 14 mai 2018 08 h 29

    Des choix douteux

    « Dans un contexte de surplus, cette approche n’est pas vraiment compatible avec le développement durable, car elle contrevient à l’un de ses 16 principes : la production et la consommation responsables. »

    Il est difficile de ne pas faire un lien entre la situation actuelle (un surplus de production) et les choix du gouvernement du Québec en matière de transport. Ainsi, les généreuses subventions à l'achat de voitures individuelles à batteries, doublées d'exemptions de taxe et de privilèges démesurés, ne visent pas tant à diminuer la consommation de pétrole qu'à augmenter celle de l'électricité. Québec privilégie le transport individuel, qui sera toujours le plus consommateur en énergie.

    Et même quand il est question de transport collectif, on observe une chose : Québec choisit les solutions les plus consommatrices en électricité. Ainsi, Québec a bien allongé un peu plus de 1 g$ dans le train de banlieue de la CDPQ, Or, ce train joue sa rentabilité sur le développement de la banlieue, se faisant facteur d'étalement urbain. Du côté de Québec, il est question de tramway, mais le seul engagement de Québec à ce stade-ci du projet servira à défrayer le coût des études supplémentaires avant la mise en service. Ce n'est pas demain matin qu'un tramway va rouler à Québec. Même qu'avec la CAQ au pouvoir, le 3e pont pourrait avoir priorité.

    Du côté de Montréal, la principale ville du Québec, que fait-on ? Un SRB qui n'aboutit pas, un prolongement du métro à coût prohibitif, et pour le reste, rien ou presque. Le tramway, le moins énergivore de tous, a été écarté. Le trolleybus, technologie éprouvée, a été écarté au profit de l'autobus rechargeable, qui consomme environ 30 % de plus et qui n'est pas au point (ce n'est pas demain la veille que la STM va acheter ces engins à batteries, qui feraient augmenter le coût des transports collectifs de façon sensible).

    Développement durable ? Non ! La surproduction-surconsommation est aux antipodes du développement durable.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 14 mai 2018 09 h 31

      Toujours toujours en train de tout ramener au transport collectif monsieur Richard. Cela en devient une obsession. Ou alors un travail commandé par votre employeur ?

      " les généreuses subventions à l'achat de voitures individuelles à batteries, doublées d'exemptions de taxe et de privilèges démesurés, ne visent pas tant à diminuer la consommation de pétrole qu'à augmenter celle de l'électricité "

      La subvention aux voitures hybrides et électriques s'applique après avoir payé les taxes. Les taxes s'appliquent donc sur la subvention elle-même. Considérant le prix actuel (40,000$) de ces voitures, au final la subvention couvre une valeur a peu près équivalente aux taxes a l'achat. Mais tôt ou tard cette subvention va s'amoindrir et même disparaitre au moment ou l'industrie aura les moyens d'offrir de meilleurs prix sans vendre a perte.

      Remarquer que cette subvention cible présentement les voitures hybrides ou seulement à batteries, mais il est bien possible qu'elle couvre dans l'avenir d'autres moyens de réduire les GES. Des moyens comme l'utilisation de l'hydrogène, ou alors de carburants liquides qui pourraient être de sources non-fossiles. L'idée reste toujours la même: s'éloigner de la production de GES a partir de sources fossiles. La présence de l'électricité dans cette recherche de réduction de GES n'en fait pas le but, même les pays produisant leur électricité avec beaucoup de matières fossiles transitent vers moins d'émission de GES par des motorisations électriques.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 mai 2018 11 h 35

      "(...) même les pays produisant leur électricité avec beaucoup de matières fossiles transitent vers moins d'émission de GES par des motorisations électriques." Voilà qui est intrigant. Devons-nous comprendre ceci. Supposons de l'électricité produite au charbon. La quantité d'électricité utilisée pour faire fonctionner un moteur électrique à partir de cette source dégagerait donc moins de GES que pour faire fonctionner un moteur au même usage en utilisant de l'essence? C'est vraiment une question, pas de l'ironie. Peût-être vrai, je l'ignore.

      Par ailleurs, M. Arès, ne trouvez-vous pas que l'argument de M. Richard est quand même fort? C'est-à-dire que peu importe la source d'énergie utilisée pour le transport des personnes, le transport collectif implique une consommation totale d'énergie moins grande que si on multiplie le transport individuel? Bien sûr, les sources d'énergie propres sont préférables, mais diminuer la consommation totale d'énergie, de toute source, n'est-il pas aussi un objectif à rechercher?

    • Jean Richard - Abonné 14 mai 2018 11 h 48

      @M. Arès – Reposons la question autrement : est-ce que les choix faits par le gouvernement du Québec visent VRAIMENT à diminuer, et de façon globale, les émissions de GES ou s'il n'y a pas un désir non avoué d'augmenter la consommation d'électricité, ce qui permettrait de justifier la présence de l'industrie privée des éoliennes ?

      Subventionner à fond de train des voitures à batteries qui entrent au compte-goutte alors qu'on ferme les yeux sur la vente massive de véhicules de plus en plus gros, de plus en plus puissants, est-ce que ça n'éveille pas les soupçons ? Des quotas de consommation comme les Américains l'ont déjà fait au lendemain d'une crise du pétrole, ça aurait été nettement plus efficace. L'industrie n'étant pas prête à construire 100 millions de voitures électriques, mais encore en mesure de produire 100 millions de voitures à essence (ou diesel), il semble clair qu'actuellement et pour au moins dix ans, une véritable diminution des émissions de GES passe par une plus grande sobriété (techniquement possible) des voitures à essence qu'on continue à vendre par millions.

      On ne peut ignorer la tendance actuelle aux véhicules de plus en plus énergivores – et pourtant, on le fait, ce qui suffit à semer le doute. La volonté de diminuer les émissions de GES n'est manifestement pas au sommet des préoccupations du gouvernement du Québec, peu importe l'enrobage médiatique qu'on nous sert (surtout en pré-campagne électorale).

      Et dans le domaine de l'électrique, on observe la même chose : on privilégie les modes qui consomment le plus (d'électricité). Pourquoi ?

    • Serge Lamarche - Abonné 14 mai 2018 15 h 45

      L'Ontario subit aussi des tarifs d'électricité trop élevés car la demande d'électricité est trop faible.
      Toutes les paniques du manque d'électricité étaient fausses! Et il y en a des masses pour les véhicule électriques.

  • Raymond Labelle - Abonné 14 mai 2018 11 h 41

    Que faire des surplus?

    De source hydraulique seulement, le Québec produit plus d'électricité qu'il n'en consomme et n'en peut exporter semble-t-il.

    Que faire des surplus?

    Que voilà une occasion de développer des projets domestiques de transport des personnes et marchandises de source électrique.

    Idéalement collectifs, pour également diminuer la consommation totale d'énergie de toute source.

    C'est le temps d'être visionnaire et d'utiliser de la belle technologie québécoise, comme le moteur-roue par exemple.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 mai 2018 13 h 38

      Pour les curieuses et curieux, un reportage à Découvertes sur le moteur-roue: https://www.youtube.com/watch?v=rhqs91DIp1A

    • Serge Lamarche - Abonné 14 mai 2018 15 h 48

      Supposons la production d'une auto électrique québécoise dont les batteries seraient facile à changer. Une recharge deviendrait un changement de batteries de cinq minutes. Et les batteries seraient rechargées durant les heures de faible usage d'électricité...

    • Raymond Labelle - Abonné 14 mai 2018 16 h 57

      M. Lamarche: pourquoi pas? Favoriser le transport collectif ne va pas éliminer le transport individuel d'un coup. Et si le transport individuel devient électrique, c'est certainement aussi une amélioration, au moins au Québec en tout cas. Et si on produit le tout au Québec, encore mieux.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 mai 2018 23 h 24

      La construction de routes et de voitures requièrent également de l'énergie. Autre raison d'accorder une préférence aux transports collectifs.