Légalisation de la marijuana: une affaire de santé publique

Dans la foulée des consultations publiques sur l’encadrement du cannabis, un constat s’impose. L’État est mieux placé que le privé pour juguler les effets indésirables de la légalisation, à condition de faire preuve de vigilance.

À long terme, la légalisation de la marijuana sera plus bénéfique que sa prohibition pour la santé publique. À court terme, le Québec aura rendez-vous avec la turbulence et l’incertitude puisqu’en matière d’encadrement, tout reste à faire, et ce, dans un délai de dix mois. La précipitation du gouvernement Trudeau n’est pas la seule cause du problème. Il est vrai que les libéraux n’ont guère pris en considération les objections des provinces avant d’aller de l’avant, mais cela ne peut servir d’excuse à l’inaction.

Cette semaine, l’Ontario a annoncé qu’elle confiera la vente du cannabis à des commerces spécialisés qui seront gérés par la société des alcools de la province, fixant l’âge légal pour s’en procurer à 19 ans. Pendant que l’Ontario se dote d’un cadre réglementaire très clair, axé sur la santé publique, la ministre québécoise responsable de la Santé publique, Lucie Charlebois, en est encore à l’étape des consultations publiques. Cet exercice démocratique est sain, mais il ne saurait dispenser le gouvernement d’une réflexion sur les valeurs et les principes sur lesquels s’appuieront les lois et règlements. La légalisation de la marijuana sera-t-elle abordée sous le prisme de la santé publique, comme en Ontario, ou celui du commerce ?

La réponse à cette question est fondamentale, car elle déterminera l’ampleur des nuisances sociales associées à la consommation et au commerce de la marijuana. La légalisation en soi n’est pas un gage de progrès, comme en témoigne l’évolution des politiques publiques sur le tabac. C’est seulement dans les trente dernières années que les gouvernements ont substitué aux politiques du laisser-faire celles de la prévention et de la réduction des méfaits associés au tabagisme. Pour y parvenir, ils ont freiné les ambitions mercantiles des cigarettiers par une série de mesures restrictives sur la publicité, l’emballage, la vente et la présence dans l’espace public des produits du tabac.

Pour l’instant, l’éloquente ministre joue sur les mots. « Je ne pense rien, j’écoute, a commenté Mme Charlebois en marge des consultations à Montréal. Je sais que vous voulez me faire positionner ce matin, mais ça n’arrivera pas. »

Pour ne pas se laisser « faire positionner » par les intérêts privés qui convoitent ce nouveau marché, le gouvernement Couillard doit faire des choix. Dans une approche de santé publique, le Québec doit imiter l’Ontario et prendre en charge le contrôle de la vente et de la distribution. C’est d’ailleurs la suggestion du Barreau du Québec et de l’Association pour la santé publique du Québec.

Il ne s’agit pas de faire du Québec un État revendeur de drogue, mais de garantir les meilleures chances de succès aux idéaux de prévention auxquels la ministre Charlebois est attachée à juste titre.

La légalisation de la marijuana doit servir à en limiter la consommation, en particulier chez les jeunes, à réduire les usages à risque et à lutter contre l’infiltration du crime organisé. La prohibition n’a pas permis d’atteindre ces objectifs, soit dit en passant.

L’État n’a pas le monopole de la vertu, et il entretient d’ailleurs un rapport toxique avec l’alcool et le jeu, qui viennent doper ses revenus. Cependant, dans le marché émergent du cannabis, une société d’État indépendante de la SAQ, dotée d’une mission de santé publique, serait un bien meilleur arbitre du bien commun que le privé, du moins pour une période transitoire de cinq ans.

8 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 11 septembre 2017 10 h 20

    Le cigare et la mari

    Vous vous rappelez? Ces fumeurs machos de gros cigares en plein restaurant? Il en reste encore mais interdits de s'y trouver. Les terrasses pourquoi pas, surtout s'ils sont touristes? Puis la cigarette dont l'odeur s'impreigne dans les vêtements tellement elle est désagréablement envahissante? Ces fumeurs continuent de polluer différemment grâce aux derniers bouts de leurs clopes.
    Et l'odeur de la mari? Partout? À neuf pieds de distance par rapport à ma présence en public, croyez-vous? En privé, pourquoi pas, comme dans la salle de séjour d'un premier nministre innocent , par exemple?

    • Gilles Théberge - Abonné 11 septembre 2017 11 h 26

      Ce serait bien dans le parlement fédéral par exemple...

    • Réjean Martin - Abonné 11 septembre 2017 12 h 46

      en Ontario, il sera tout simplement défendu de consommer la mari en public; même pas sur les trottoirs...

    • Charles Lebrun - Abonné 11 septembre 2017 13 h 07

      M. Robineault, comment qualifiez-vous les personnes (hommes comme femmes) qui empestent à 20 pieds à la ronde avec leur parfum, en plein restaurant, à l'épicerie ou au cinéma? Les fumeurs de cigares ne sont pas nécessairement "machos" tout les hommes qui se parfument ne sont pas nécessairement des homosexuels! Vous faites des affirmations gratuites. Il m'arrive de revenir à la maison et de toujours sentir l'odeur de parfum de mon (ma) voisin (voisine) au resto ou au ciné. Mais, comme le tabac a mauvaise presse et qu'il y a des chroniques à la radio tout comme à la télé sur les "nouvelles fragrances", jamais un mot sur ces odeurs qui me sont insupportables et me donnent la nausée! Pour vous, c'est l'odeur du tabac qui est insupportable... pour moi, ce sont les parfums, même ceux de haute qualité! Je suis non fumeur, mais, à choisir, j'ai moins de problèmes avec l'odeur de cigares ou de cigarettes qu'avec les parfums! Et je passe sous silence les odeurs d'ail que l'on retrouvent dans plus de 75% des plats en restaurant. Un peu de tolérance de votre part, tout comme je tolère l'ail ou les parfums serait approprié de la part des "bien pensants" des "anti-tabac". Et oui, je suis pourtant un non-fumeur!

  • Jean-Yves Arès - Abonné 11 septembre 2017 10 h 32

    Comme dans tout autre domaine la question en est une de gros fric, et rien d'autre.


    Lâchez nous avec ce prétexte de santé public. Cela fait plus de 50 ans que la consommation du pot s'est répandu dans la population sans que personne ne trouve quelque chose a faire sinon qu'une répression policière pour cause de la criminalité et la violence que son commerce au noir peut engendré. L'effet sur la santé du public n'a tellement pas été un sujet que présentement tous les experts se pointent pour dire qu'ils n'ont aucune étude sur les conséquences de cette consommation...

    Le vrai sujet c'est qu'on a autant l'État qui veut s'assurer de ne pas échapper un dollar de taxe, que les syndicats qui y voient un jackpot comme cela fait longtemps qu'ils n'en ont pas vu un passé, et ne veulent surtout pas louper l'occasion!

    Expliquez a vos lecteurs quelles sont les conditions d'emplois a la SAQ comparé au reste du secteur du commerce de détail, pour qu'ils puissent jauger du caractère ''a but non lucratif'' de cette SAQ. Il y a de bonnes chances que le ''non lucratif'' va perdre sa façade d'inintéressé au fric.

    Incroyable les mascarades qui se jouent depuis qu'a débuté la mise en place du pot médical appuyé par autant de science que la recette contre le rhume de nos grand-mères fait de gros gin et de miel.

  • Gérard Garnier - Inscrit 11 septembre 2017 10 h 37

    Une vision simple.

    Dans la mesure où le principe de la vente publique est admis, le Québec pourrait-il copier tout simplement la législation de l'Ontario ? Pourquoi vouloir absolument être différent ? Pour l'instant, ce n'est que du temps perdu et de l'argent gaspillé.

  • Gilles Théberge - Abonné 11 septembre 2017 11 h 24

    Demander à une ministre libérale de soupeser les d'effets de la marijuanas vs les effets financiers, c'est peine perdue.

    Ces gens là, ne réfléchissent qu'à une chose, et sont incapables d'en envisager deux, une fois que cela dépasse leur cercle d'amis.

  • Pierre Desautels - Abonné 11 septembre 2017 11 h 36

    Bien d'accord.


    Il faut noter que les associations médicales du Québec et du Canada mènent un combat d'arrière-garde dans ce dossier. Il parlent de santé publique seulement depuis l'annonce de la légalisation. Mais ou étaient-ils depuis des années, alors que de la marijuana additionnée de PCP est vendue à des jeunes depuis des lustres?

    Tous les arguments contre ce projet de loi sont utilisés pour des situations qui existent actuellement, et on nous met en garde contre des dangers potentiels, mais certains n'ont pas d'autres solutions que le statu quo. Il y a là une belle hypocrisie.

    Quant au gouvernement du Québec, il se traîne les pieds quand on compare avec d'autres provinces (par exemple l'Ontario) qui seront prêtes à temps pour le changement.