Signes d’implosion

Sitôt arrivé à la Maison-Blanche, Donald Trump a été prompt à faire la preuve de son incompétence et de sa capacité à abuser du pouvoir. Sa présidence se surpasse en dérapages avec cette nouvelle bombe voulant qu’il ait demandé au directeur du FBI de classer l’enquête sur Michael Flynn, ce bref conseiller à la sécurité nationale coupable d’en avoir trop dit aux Russes. La présidence Trump donne des signes d’implosion.

Mardi noir à la Maison-Blanche : la journée a commencé sur les gênantes révélations faites la veille par le Washington Post — à savoir que Donald Trump avait ostensiblement transmis au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, des renseignements classifiés sur le groupe armé État islamique. Elle s’est terminée sur une autre fuite, potentiellement plus embarrassante encore : en février, M. Trump aurait demandé au directeur du FBI, James Comey, qu’il a limogé la semaine dernière, de clore son enquête sur M. Flynn — qui, pour avoir menti sur la nature de ses conversations avec l’ambassadeur russe aux États-Unis, avait dû démissionner de son poste au sein de l’influent Conseil de sécurité nationale. « C’est quelqu’un de bien. J’espère que vous pourrez laisser tomber », lui aurait déclaré M. Trump.

M. Trump nie avoir fait pression sur M. Comey. Mercredi après-midi, il a déclaré qu’il n’y avait pas d’homme politique « traité plus injustement » que lui.

Puis, en début de soirée, dans un geste inhabituellement sensé, sinon par instinct de survie, il s’est finalement résigné à faire nommer dans cette affaire un procureur spécial, l’ancien directeur du FBI Robert Mueller. Les démocrates crient victoire, avec raison.

À brève échéance, cette histoire ne risque pas de le lâcher : d’abord parce que M. Trump, cumulant les maladresses, n’a cessé d’apporter de l’eau au moulin des soupçons de collusion électorale entre son entourage et des responsables russes pour nuire à la candidature d’Hillary Clinton. Ensuite, parce que son intervention présumée auprès de M. Comey a toutes les apparences d’une tentative d’obstruction de la justice, ce qui, dans le monde politico-légal américain, est objectivement matière à destitution.

Pour l’heure, les révélations des médias, reposant sur une source au sein du FBI, n’ont pas encore été formellement vérifiées. Une partie de cette vérification viendra du nouveau procureur spécial et sans doute aussi du témoignage prochain de M. Comey lui-même devant le Congrès. Ce qui s’annonce explosif.

Les doutes sur l’intégrité de M. Trump étant fort incriminants, il était inévitable que le mot « destitution » se mette à circuler à Washington. Car c’est après tout par l’accusation gravissime d’entrave à la justice que des procédures de destitution ont été lancées contre les présidents Richard Nixon, en 1974, et Bill Clinton, en 1998. En l’occurrence, et comme la procédure de destitution est un processus au fond plus politique que judiciaire, M. Trump bénéficie en principe de la clémence du Congrès à majorité républicaine, ce qui n’était pas le cas de MM. Nixon et Clinton. En principe seulement, étant donné la nature tordue des relations entre M. Trump et le Parti républicain.

La politique américaine traverse des moments à dormir debout. Poussons donc le scénario : qu’advienne la destitution de M. Trump et c’est le vice-président Mike Pence qui s’installerait dans le Bureau ovale. Homme de système, ultrareligieux, antithèse du politicien progressiste… Ce qui reviendrait à confirmer la thèse complotiste qui avait commencé à être évoquée dès le lendemain de l’élection de M. Trump.

 

Rectificatif en date du 18 mai 2017

Le président Trump ne s’est pas « résigné à faire nommer » un procureur spécial dans l’enquête sur la Russie et la présidentielle américaine. Ce procureur spécial, Robert Mueller, ancien directeur du FBI, a été nommé en toute indépendance par le procureur général adjoint, Rod Rosenstein. En fait, M. Trump n’a été mis au courant de la nomination qu’une fois la décision prise par M. Rosenstein. Nos excuses.

8 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 18 mai 2017 05 h 02

    Et Pence en successeur???

    D'une autre façon, comme ultra conservateur religieux, Pence est aussi très dangereux - sans compter que, à la tête de l'équipe de transition, il aurait avalisé la nomination de Flynn qui l'aurait avisé lui et son équipe qu'il faisait l'objet d'enquêtes du FBI. De plus il semblerait que dès juin 2016 les républicains «jokaient» sur le fait que Trump était payé par les russes et que déjà ils savaient que l'équipe de Clinton était «acquée». Vivement 2018 et un changement de majorité au Congrès

  • Danielle Dufresne - Abonnée 18 mai 2017 08 h 43

    Trump

    Il est vrai qu'il semble incompétent et abuse de son pouvoir. Le plus curieux est que les Américians aient voter pour lui qui n'était pas si différent en campagne qu'il ne l'est maintenant en tant que président. Ce genre d'homme qui fait de la politique et non pas ce genre d'homme politique est nombreux ici aussi au Québec. Regarder bien autour de vous, les maires, les conseillers, les députés, les ministres qui se gonflent avec orgueil du poste qu'ils occupent et des avantages en tout genre qu'ils en retirent. Nous vivons en monarchie! Trump est le monstre sous les projecteurs présentement, mais changer le «spot» de place et vous en verrez des centaines du même genre juste au bout de votre regard. Les élections arrivent à grands pas. Attention! Allez voir un peu plus loin que le discours public. Regarder aussi ce que le candidat dit et fait lorsqu'il n'est pas en représentation pour se faire élire. Vigilance et questionnement.

    • André Joyal - Abonné 18 mai 2017 15 h 16

      Je ne crois pas que nos politiiciens, quelque soit le niveau, aient accès à un arsenal nucléaire... Alors, ils me font moins peur que l'actuel résident de la Maison Blanche

  • Claude Bariteau - Abonné 18 mai 2017 08 h 48

    Trump quittera sous peu la scène.


    Dans la dernière phase de sa campagne, Donald Trump a laissé entendre que si les gens (pensons aux républicains) ne sont pas satisfaits de sa présidence, ils pourront faire appel à mon successeur, Mike Pence, le vice-président.

    Ce dernier, ouvert aux relations internationales et tout autant que Trump un conservateur sur les politiques internes des États-Unis concernant l'économie, l’armée, la santé, les rapports hommes-femmes et l’homosexualité, est promoteur d'idées républicaines plus crédibles que le président, auquel il s’est souvent opposé en cours de campagne.

    Aussi apparaît-il un successeur crédible si Trump poursuit dans ses agissements depuis son assermentation à la présidence des États-Unis. Des agissements, au demeurant, qui laissent entendre que ce qui l’intéressait était surtout de gagner l’élection que d’agir en président du pays le plus armé désireux de recentrer son économie selon ses vues protectionnistes.

    En fait, des agissements qui concordent avec ses absences de retenue et son désir fou d’être tous les jours au cœur de l’actualité comme un humoriste peut l’être quelques heures sur scène, car, ils alignent en crescendo ses dérives comme s’il cherchait constamment la plus susceptible de faire les manchettes, dont il accusera les médias d'avoir un comportement négatif à son égard.

    En réalité, s'il a gagné on ne sait pas trop comment, depuis, il badine, décrète ses idées, opère sur la base de relations familiales et de contacts personnels auprès de gens en qui il a confiance pour les avoir vues applaudir ses performances. En cela, il fait tout pour qu’on vienne à son secours pour laisser tomber le rideau, lcar il semble nettement à bout.

    • Claude Bariteau - Abonné 19 mai 2017 14 h 19

      J'ai avisé Le Devoir que le nombre de « J'aime » attaché à mon commentaire était irréaliste.

      La réponse : c'est le fruit de Facebook et c'est incorrigible.

      Je corrige.

      Il m'apparaît que le 1.6K devrait être associé au « F partager » du texte de monsieur Taillefer tandis que mon commentaire devrait recevoir 12 « J'aime », le nombre qui apparaît sous le texte de monsieur Taillefer sous le « F partager ».

  • Claude Gélinas - Abonné 18 mai 2017 10 h 59

    Un départ souhaité pour le plus grand bien de l'Amérique !

    Lorsqu'une personne née avec une cuillère d'argent dans la bouche a passé sa vie a utilisé toutes les tactiques de la cupidité pour s'enrichir y compris le non respect des Lois et l'obligation de payer ses impôts, il est raisonnable de penser qu'un jour ou l'autre cete personne comprendra que servir ses concitoyens ne fait pas partie de son ADN et que l'argent est son principal moteur.

    Surtout lorsque cet homme, un grossier personnage considéré comme dangereux, est reconnu par son biographe pour être un menteur pathologique et un narcissique qui n'écoute personne.

    Se pourrait-il que face à son rejet et à la multiplication des conflits d'intérêts de sa famille qu'il décide de jeter l'éponge pour le plus grand bien de l'Amérique et de ses électeurs qui comprendront enfin que Trump était un leurre et une tromperie.

  • Serge Lamarche - Abonné 18 mai 2017 13 h 34

    Bon choix

    Je crois que les anglos du sud ont bien voté pour leur meilleur représentant. Hahahahahahahahaha!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 18 mai 2017 18 h 42

      "Pôvres Américains" comme aurait dit Sol (le clown le plus intelligent qui n'est plus de ce monde, malheureusement). Nous avons ici la plus inquiétante démonstration de ce qui se passe quand L'ÉMOTION L'EMPORTE SUR LA RAISON!