Sortir de son «Devoir»

« Quitte le nid si tu y es bien », chantait Félix Leclerc. Depuis le 23 février 1994, où j’y ai signé mon premier texte, Le Devoir a été mon nid. Et j’y ai été bien, très bien. Après 10 ans comme chroniqueur pigiste (essais étrangers, grandes entrevues, Rest of Canada, « Idées en l’ère »), j’ai pu enfin, en 2004 — moi, précaire type de la génération X —, en devenir un employé à proprement parler. Un « vrai » reporter. L’année suivante, j’ai été dépêché comme correspondant parlementaire à l’Assemblée nationale à Québec, un honneur. En 2012, je devenais éditorialiste et responsable des débats d’idées, toujours basé à la Tribune de la presse. Grâce à l’appui de patrons audacieux et accueillants (Jean-Robert Sansfaçon, Josée Boileau, Bernard Descôteaux), j’ai pu réaliser plusieurs projets qui m’étaient chers : tenir un blogue humoristique (Mots et maux de la politique), une série sur la philosophie (Le Devoir de philo) ; ouvrir notre page Idées aux revues (Les Idées en revue) et animer une série de débats publics. Entre autres.

Quel parcours stimulant ce journal (cette institution) m’a amené à avoir jusqu’à maintenant ! Parcours stimulé ; par tous les collègues intelligents, perspicaces, cultivés. Par le riche passé de l’institution, aussi : travailler pour Le Devoir — et la direction actuelle saura honorer ce fait —, c’est s’inscrire dans une histoire longue d’engagement contre les « coquins », pour le Québec (non sans esprit critique !), pour le français, pour la vérité, pour toutes les idées, tous les débats. Intégrer la Tribune de la presse à Québec suscite un sentiment similaire : les mosaïques de photos des membres, du tournant du XIXe siècle à aujourd’hui, relativisent le petit moi journalistique ; vous intiment de bien décortiquer les questions qui tenaillent depuis toujours cette « petite nation » (au sens de Kundera) et son État, qui paraît parfois si gros… et à d’autres moments si frêle dans le Dominion. Les illustres prédécesseurs (les Pierre Laporte, Gisèle Gallichan, Gilles Lesage, Lysiane Gagnon, Lise Bissonnette, Bernard Descôteaux, Michel David, Michel Venne, etc.), qui vous contemplent sur les photos, vous enjoignent de vous dépasser en reposant ces mêmes questions, en les reformulant à la lumière des nouveaux événements.

Ils vous font comprendre qu’il est vain, dans ce métier, de se mettre en avant. Faute d’impudeur que je commets ici sans retenue, mais exceptionnellement. Vous me le permettez, j’en suis sûr, lectrices, lecteurs, au regard acéré, aux critiques parfois implacables, aux connaissances et commentaires riches, car je ne pourrais autrement vous remercier. D’autres défis exaltants m’attendent, au bureau de l’Assemblée nationale du Journal de Montréal et du Journal de Québec. Au revoir, dans d’autres pages, d’autres écrans. (Au fait, oui, je demeure camelot.)

75 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 14 janvier 2017 04 h 36

    En lisant la date du 23 février, je m'étais...

    ...mis une petite note, du genre de «post-it» de cette personne proche de monsieur Jean Charest. Non pas pour les mêmes jugées raisons mais pour me rappeler de vous envoyer un «p'tit» mot le 23 février prochain et vous souligner que «ça faisait 23 ans aujourd'hui le 23...février» que vous étiez dans la «boîte».

    Vous n'y serez pas. Vous serez ailleurs. Ouais !
    Une fois la petite crise d'égoïsme passée, (je l'aimais moi monsieur Robitaille), il me reste à le remercier pour le généreux partage de toutes ces (ses) beautés l'habitant et lui offrir des tonnes pas de copies mais de mots de Cambronne dans sa «nouvelle» carrière.
    Et si j'osais ? Santé, amour à vous et le PLUS de ce qui vous nourrit le MIEUX le coeur, l'esprit et l'âme !
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 janvier 2017 04 h 49

    … au revoir !

    « « Quitte le nid si tu y es bien », chantait Félix Leclerc » (Antoine Robitaille, Le Devoir)

    De cette citation, cette douceur :

    Tout en étant étonné de votre départ de la Famille, aimerais profiter de l’occasion, de saluer et remercier votre plume qui, relevant de conviction et d’audace, a été, et pour la suite également, d’une grande richesse et pertinence pour tout autant envers le Le Devoir qu’envers son lectorat !

    Grands mercis et …

    … au revoir ! - 14 jan 2017 -

  • Alain Lavallée - Abonné 14 janvier 2017 04 h 57

    Bonne chance

    Je lis avec intérêt ce que vous écrivez depuis votre dialogue autour de l'Ingratitude et les "petites nations" (dans le sens de Kundera), avec Alain Finkielkraut, en 1999. Bonne chance pour la suite.

  • David Cormier - Abonné 14 janvier 2017 05 h 27

    Quelle tristesse

    Comme je suis triste de lire cette nouvelle ce matin. Vous êtes un de mes chroniqueurs préférés du Devoir, avec MM. Rioux et David. Vous faites partie de ceux (et ils sont de plus en plus rares je trouve de nos jours) qui font qu'on a hâte d'ouvrir notre journal pour vous lire. Vos analyses éclairées et intelligentes sur la politique québécoise et canadienne vont nous manquer. Je pense que votre place sera difficile à combler. J'espère que j'aurai l'occasion de vous lire dans le Journal de Montréal. Bonne continuation.

  • Yves Côté - Abonné 14 janvier 2017 05 h 54

    Merci très sincèrement...

    Merci très sincèrement de votre constance et de votre oeil acerbe !, Monsieur Robitaille.
    Je ne sais pas pourquoi, mais mon taux d'inquiétude monte encore d'un cran aujourd'hui au sujet de mon journal.

    En fait ce que je dis est faux, je sais très bien pourquoi l'angiosse me prend peu à peu...

    • David Cormier - Abonné 14 janvier 2017 13 h 31

      Je suis envahi par le même sentiment. Je n'aime pas ce que nous réserve l'avenir. J'ai hâte de voir qui remplacera M. Robitaille.