Et la destination?

Le gouvernement Couillard avait entamé 2016 avec un remaniement majeur. Celui-ci devait être le signe qu’après 20 mois de rigueur budgétaire — alias « austérité » —, le Québec allait « mieux » ; une « destination » se profilait même à l’horizon. Laquelle ? Le remaniement fut raté, est en quelque sorte devenu permanent. Des surplus plantureux — accumulés au prix de coupes parfois douloureuses — ont été exhibés fièrement. Mais où Philippe Couillard veut-il amener le Québec en 2017 ? Un autre remaniement et une distribution de récompenses ne constitueront pas une réponse suffisante.

Le début de 2017 pourrait bien ressembler à celui de 2016 : marqué par un remaniement ministériel. Cela nous donne une idée de ce qui a, à bien des égards, caractérisé la dernière année au Québec : le surplace. Peut-être que cet immobilisme explique en partie que les (surprenantes) listes de grands disparus de 2016 s’imposent comme unique aspect marquant de cette année !

Sur le plan politique, ce devait pourtant être un grand millésime, si l’on se fie au discours de Philippe Couillard du remaniement du 28 janvier : « Vous m’avez déjà entendu dire que le bateau était au quai et que la traversée serait rude. Aujourd’hui, nous voyons la destination. Nous avons passé le cap qui donne accès à des eaux plus tranquilles. » Ce serait une année post-rigueur ou post-austérité. À travers une année marquée par le spectre du règne Charest, à travers les histoires d’éthique douteuse (Hamad, Daoust, Lessard, etc.), les crises autour du ministère des Transports, du statut d’Uber, celle des délais de la justice, le gouvernement Couillard s’est efforcé d’annoncer des montants, rendant une partie des deniers économisés grâce à ses compressions. Ici aussi, 2017 s’annonce en partie une resucée de 2016. Que promet en effet, dans une entrevue de fin d’année, le ministre des Finances et président du Conseil du trésor Carlos Leitão ? Des « réinvestissements en santé, en éducation, de même qu’en développement économique ».

La stratégie semble cousue de fil blanc. Rien d’original ici, plusieurs gouvernements l’ont appliquée dans l’histoire : on comprime pendant les deux premières années d’un mandat, et ensuite on redistribue. C’est ce que les économistes Pierre Fortin, Jean-Pierre Aubry et François Delorme ont qualifié, dans nos pages (13 juillet), de « stop-and-go budgétaire ». Cela garantit peut-être un succès électoral en octobre 2018, mais « comme stratégie économique, pas sûr que cela aura fait avancer le Québec », écrivaient les mêmes économistes.

À quoi ressemble la « destination » que Philippe Couillard a évoquée en 2014 et au début de 2016 ? L’austérité, le réinvestissement, puis la réélection ? Le pouvoir pour le pouvoir ? Dans un discours inaugural qui viendra peut-être début 2017, il n’a d’autre choix que d’enrichir sa conception de la « destination ».

À cet égard, l’année qui vient recèle des occasions : le 375e de Montréal et le 150e du Dominion, notamment. La métropole se prépare à se célébrer en occultant autant que possible — à l’instar de Québec il y a neuf ans — le fait que des Français l’ont fondée. Qu’en pense M. Couillard, lui qui se dit passionné d’histoire et qui nous rappelle à l’occasion que son ancêtre Guillaume « est arrivé de Bretagne en 1613, a exploité la première ferme de Nouvelle-France » ?

Le 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique s’annonce tonitruant. 2016 a été marquée par le retour des vieilles querelles fédérales-provinciales traditionnelles, malgré les promesses de Justin Trudeau.

Les transferts en santé, la volonté centralisatrice en matière de protection du consommateur pour le secteur bancaire, les nominations au Sénat, etc., le gouvernement Couillard a été contraint de sortir de son bon-ententisme.

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Jean-Marc Fournier, a protesté mollement, par missives — on dirait pour la forme —, sans vraiment recevoir d’accusé de réception. Ne ratant jamais une occasion de se quereller, son collègue Gaétan Barrette a ressorti l’expression « fédéralisme prédateur ». Philippe Couillard a gentiment rouspété surtout sur les transferts.

C’est déjà ça, de la part de celui qui affirmait en octobre : « Mon devoir, comme premier ministre du Québec, c’est d’avoir une bonne relation de travail avec la personne qui est premier ministre du Canada. » Faux, son premier devoir est de défendre les intérêts du Québec.

Le statut politique du Québec est encore problématique dans cette fédération. M. Couillard n’hésitait pas à le rappeler en 2013. Depuis, sans doute pour conserver à tout prix une « bonne relation de travail » avec le premier ministre à Ottawa, il a laissé tomber ce sujet. Dommage, à l’occasion du 150e, il y aurait là une occasion d’enrichir sa « destination ».

13 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 31 décembre 2016 05 h 23

    Une valse de dollars comme destination...

    ...une mazurka de pétro-dollars pour colmater une brèche dans la confiance perdue; pour enrayer le cynisme ambiant ? De ces mêmes dollars pour faire et réaliser «justice sociale» ?
    Et si c'était notre souhaitée destination que celle de «justice sociale» ?
    Gaston Bourdages.

  • François Dugal - Inscrit 31 décembre 2016 07 h 45

    Le / la destin - ination

    Le commun des mortels, double du citoyen plus qu'ordinaire, continuera son inexorable chemin tout tracé à l'avance : son / sa destin - ination sera de se faire arnaquer par ses élites politiques.
    Au service des bien nantis qui ont financé leur élection, nos dirigeants se servent du système démocratique pour accomplir leur funeste destin : la défense des privilèges en tout genre.
    L'éternel recommencement menant tout droit à l'éternel cul-de-sac, voilà où nous allons, monsieur Robitaille.
    Bonne année, de la santé, pis le paradis à la fin de vos jours!

  • Claude Bariteau - Abonné 31 décembre 2016 10 h 10

    Le 150e ?

    En 2017, le 150e serait incontournable. Or, ce moment n'a rien de la création d'un pays, mait tout de celle d'une colonie britannique élargie, dénommée le Dominion of Canada.

    Il en découla un acte votée par la Grande-Bretagne, qui l'orchestra cat elle craignait de voir les Américains envahir ses colonies d'Amérique à la suite de son appui, aussi celui de descendants de loyalistes, aux Sudistes lors de la Guerre de sécession aux États-Unis.

    Deux autres dates ont plus d'importance dans la création du Canada comme pays indépendant. Celle de 1919 lorsque le Canada, à la demande des États-Unis, signe le Traité de Versailles, ce qui, de facto, constitue sa reconniassance comme pays souverain à l'échelle internationale. Cette de 1931 lorsque le PM de Grande-Bretagne reconnaît, à la demande du PM du Canada, la souveraineté du Canada sur les affaires internes et externes.

    Valoriser 1867 incite à penser le Canada en colonie remaniable alors qu'il est, depuis 1917, encore plus 1931, un pays en construction qui, en 1962, dut composer avec des revendications autonomistes du Québec de crainte de voir les habitants du Québec promouvoir leur indépendance dans un contexte international hautement favorable après que les Nations Unies aient reconnu le droit aux peuples des anciennes colonies un droit à l'autodétermination exterme.

    Depuis, Pierre Elliot Trudeau en tête, ce pays s'est recentré et le Québec, refoulé après deux tentatives de revoir son statut au sein du Canada.

    Dans ce contexte, défendre les intérêts du Québec, c'est défendre quoi au juste ? Le Canada colonial de 1867 ? Le refoulement ? L'autonomie ? Les Québécois descendants des « Canadiens français » ? Les pouvoirs du carré de sable de 1867, revus et corrigés après 1965 ?

    Ne faudrait-il pas commencer par définie un intérêt collectif recherché lors de la révolution tranquille, resté en pan depuis, mais devenu un défi sans lequel il n'y aura jamais de pays du Québec.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 31 décembre 2016 13 h 07

      Le 150e Anniversaire du Canada M. Bariteau
      c'est la fête du Canada anglais.

    • Claude Bariteau - Abonné 31 décembre 2016 13 h 43

      Monsieur Rodrigue, vous pensez que j'en doute ?

      Je vous dis même que c'est la fête des descendants des loyalistes venus des États-Unis qui se sont établis dans la partie ouest de la Province of Quebec et au nord de la Nouvelle-Écosse après la reconnaissance, en 1783, de l'indépendance des États-Unis par la Grande-Bretagne.

      Ces loyalistes furent unanimes à appuyer la création, par la Grande-Bretagne, du Dominion of Canada à l'instigation du gouverneur Monck qui suggéra à Georges Brown, de la section-ouest du Canada-Uni, de présenter un projet élargi d'union incluant les provinces maritimes lors de la réunion de 1964 à Charlottetown.

      Le décompte des appuis se chiffra, sur quatre entités détenant cinq votes en tout (2 pour le Canada-Uni, un pour le Nouveau-Brunswick, un pour la Nouvelle-Écosse et un pour l'ïle-du-Pince-Edouard), à 3 votes : ceux du Canada-Uni et celui du Nouveau-Brunswick. L'appui du la Nouvelle-Écosse, donnée en 1964, fut retiré avant la création du Dominion, ce que contesta le Conseil privé de Londres de telle sorte que la consultation fut considérée invalide.

      Au Nouveau-Brunswick, par contre, il y eut consultation populaire qui alla dans le sens des chefs qui appuyèrent le projet. Pas au Canada-Uni.En dépit d'une demande expresse d'Antoine-Aimé Dorion, chef des rouges, le vote des élus n'ayant aucun mandat à cet effet servit de justification à l'appui, car il ne fut pas renversé par le parlement du Canada-Uni de telle sorte que cette colonie donna son aval sur la base de la responsabilité ministérielle.

      Cela étant, le 150e est la fête des Loyalistes de la section-ouest et du Nouveau-Brunswick et du refus des francophones élus de la section-est de consulter les électeurs, préférant opérer selon les règles britanniques en vigueur.

      Et ce 150e n'a rien à voir avec la création d'un pays, mais tout avec celle d'une colonie élargie.

    • Claude Bariteau - Abonné 31 décembre 2016 14 h 04

      Il faut lire 1864 plutôt que 1964.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 1 janvier 2017 16 h 23

      Merci monsieur Bariteau,

      Le peuple a été assez attentif et prudent; j'espère une prise en charge par nos forces vives: Lévesques nous a inculqué le désir et Parizeau, quant à lui, nous a démontré notre capacité.

      Que faisons nous dans cette galère; pour défendre nos intérêts et nos compétences constitutionnelles nous avons envoyé Lesage, Lévesque, Bourassa et Parizeau : monsieur Couillard faites vos jeux, rien ne va plus pour nous dans cette cage à homards.

      0$ pour Bombardier, 0$ pour l'UQO en infrastructures, rien pour l'industrie forestière, une fin de recevoir habituelle en financement de la santé et ne nous fâchons pas, cela va continuer.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 2 janvier 2017 16 h 06

      Il y a plus de 150 raison de sortir le Canada du Québec. (Vous avez bien lu: sortir le Canada ...).

      Qui les colligera et les diffusera?

  • Daniel Gagnon - Abonné 31 décembre 2016 11 h 48

    399 dollars en poche pour les Fêtes, merci Monsieur Couillard pour le bel avenir

    Jolies roucoulades de Philippe Couillard qui ne sont que du vent, un vent mauvais aux odeurs de corruption.

    On ne peut pas être dupe des politiques libérales qui ne luttent pas à armes égales avec les démunis.

    Le Premier ministre monte sur une grande scène mensongère, avec un ensemble de ministres aux agissement douteux, avec des choeurs qui chantent faux, et a l'effronterie de nous chanter des chansons menteuses qui brossent un avenir idéal et trompeur.

    Comment ne pas penser aux Fêtes que ce gouvernement brutal et sans-coeur fait passer aux plus vulnérables avec un 399 dollars en poche.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 31 décembre 2016 12 h 24

    Dans l"année qui vient,ca va changer :

    le PLQ tournera en rond,Couillard parlera a genoux pour ne dire sauf des clichés vides et usés a la corde.Faut dire qu'on a ce qu'on mérite :les nantis et les analphabetes.Vogue la galere d'Ottawa depuis 150 ans et les colonisés qui rament sous les menaces. Usque tandem....