Bave révélatrice

Coincé par une question du journaliste Patrice Roy sur le Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue, Justin Trudeau a tenté jeudi de s’en tirer avec une pirouette (tradition familiale…), rétorquant : « Est-ce que la ville de Gatineau serait ouverte à devenir une ville bilingue, elle ? » Quelle ânerie ! Le lendemain, il a d’ailleurs tenté de se dédire, avouant au passage avoir été « baveux ». Au fait, que nous révèle le « bavage » initial ?

Par sa boutade de jeudi, Justin Trudeau a dévoilé une surprenante ignorance du dossier, pourtant crucial pour le Dominion, des langues officielles. Pourquoi, si Ottawa était déclarée officiellement bilingue, faudrait-il que Gatineau lui emboîte le pas ? D’où est venue cette idée saugrenue ? Le territoire de la capitale est évidemment Ottawa ; les deux villes font partie de la région de la capitale fédérale, a rétorqué le premier ministre. Mais elles n’ont évidemment pas été fusionnées, faisant partie de deux provinces différentes !

En plus, au Québec, en vertu de la loi 101, les municipalités peuvent être reconnues bilingues uniquement lorsque plus de la moitié de leurs résidants sont de langue maternelle anglaise (La Presse canadienne le rappelait mercredi). Or, la ville de Gatineau ne compte que 11 % de résidants ayant déclaré l’anglais comme langue maternelle. Notons qu’en 2013, le gouvernement Marois avait déterminé que la moitié des 80 municipalités jouissant d’un statut bilingue au Québec ne devraient techniquement plus y avoir droit, en raison des mutations démographiques. Le constat avait suscité un tollé chez certains maires anglophones. Anthony Housefather, aujourd’hui député libéral à Ottawa, avait en leur nom plaidé pour le respect des droits acquis des anglophones « peu importe leur nombre ».

Nombre de villes au Québec offrent donc des services bilingues même si elles n’y sont pas obligées ; d’autres, au premier chef Montréal, sont censées être françaises, mais se bilinguisent à vitesse grand V. On ne voit pas pourquoi la capitale d’un Dominion se proclamant bilingue ne donnerait pas un coup de pouce à la langue officielle défavorisée en son sein, et sur ce continent. Mais ce type de coup de pouce est évidemment une hérésie dans la logique symétrique dans laquelle est coulée la Loi sur les langues officielles, issue de l’époque et de la philosophie de Trudeau père ; que Trudeau fils a eu le réflexe de reprendre dans son épisode de « bavage ».

Qu’aurait coûté au premier ministre du Canada d’offrir au moins un appui moral au Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue, qui se bute au « no way » du maire d’Ottawa, Jim Watson ? Les militants de ce mouvement ne sont pas des méchants séparatistes envers qui les Trudeau aiment tant se montrer baveux, mais des valeureux défenseurs des droits des francophones hors Québec. Et ils réclament le statut bilingue à l’occasion du 150e de la Confédération (laquelle, pourtant, a la plupart du temps voulu les assimiler ou les forcer à vivre dans la survivance). Les membres du Mouvement ont d’ailleurs été insultés par l’attitude de baveux du premier ministre.

Selon le Dictionnaire québécois-français de Lionel Meney (Guérin, 2003), les multiples sens de (l’efficace) québécisme « baveux » n’ont rien de flatteur : prétentieux, insupportable, suffisant, péteux, morveux, merdeux, arrogant, puant, imbuvable. Les Franco-Ontariens ne méritaient vraiment pas une telle attitude de la part du premier ministre. Il y avait tant d’autres cibles disponibles : les castristes ? Les Saoudiens ? Oh, pourquoi pas le candidat potentiel à la direction du Parti conservateur, Kevin O’Leary, pour qui il n’est pas nécessaire d’apprendre le français puisque « les Québécois de 18 à 35 ans sont presque tous bilingues » ? Allez, M. Trudeau, bavez donc.

29 commentaires
  • Marie-Ève Simard - Inscrite 22 décembre 2016 06 h 40

    Le mot de la fin

    La bavoserie n'aura de limites que lorsqu'elle rencontrera un peuple debout dans une lutte de pouvoir qui mettra à genoux tous les baveux de ce monde. Le pouvoir est la seule chose que respectent les hommes de pouvoir. Alors donnons-nous le pouvoir de négocier notre dignité avec des votes, les seules armes dignes d'un peuple qui se respecte et impose le respect.

    • Raymond Drapeau - Abonné 22 décembre 2016 09 h 32

      Je trouve que c'est très bien dit monsieur Gauthier après tout nous sommes "comme un grand peuple" que disait René Lévesque.. Bonne journée Richard.
      Amicalement Raymond Drapeau.

    • Hélène Gervais - Abonnée 22 décembre 2016 13 h 17

      Wow très clair et précis. Je suis à 100% d'accord avec vous.

  • Hélène Gervais - Abonnée 22 décembre 2016 06 h 50

    Tiens tiens ....

    son vrai caractère n'est-il pas en train de sortir? Vous ne vous en êtes jamais aperçu avant ce jour? regardez son petit sourire en coin, et ce, même si ses paroles semblent pleines de gentillesse.

    • Marc Therrien - Abonné 22 décembre 2016 10 h 06

      Effectivement, son inconscient le trahit et il a de la diifficulté à contrôler le retour du refoulé. Maintenant que vous attirez mon attention sur son sourire en coin, je prends conscience qu'il a effectivement l'allure de celui que, par chez nous, on appelait le «tout fier». Qu'on se rappelle aussi son intervention physique auprès d'un député de l'opposition sur le plancher de la Chambre des communes. À posteriori, on peut dire que sa fière allure annonçait quelque chose à venir.

      Marc Therrien

  • Ghyslain Bolduc - Abonné 22 décembre 2016 06 h 51

    Seulement 11%? Vraiment?

    En tant que Gatinois, votre statistique du 11% de la population qui ont comme langue maternelle l'anglais à Gatineau me paraît fort surprenante. L'utilisation de l'anglais est de plus en plus fréquente ici, et c'est d'ailleurs ce qui est le plus choquant du commentaire de M. Trudeau: son inconscience quant aux risques d'une assimilation linguistique prolongée venant de l'autre côté de la rivière. Il y a notamment de plus en plus d'Ottaviens qui s'installent ici car les résidences sont plus abordables. Dans les faits, Gatineau est déjà bilingue dans certains secteurs.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 22 décembre 2016 10 h 37

      Merci pour cette précision - ce que vous dites est encore plus inquiétant. Avec ce fait accompli, ce que nous pensions devant est déjà presque là. Il est temps qu'on se réveille.

    • Jean Breton - Abonné 22 décembre 2016 11 h 15


      A ce 11% d'Anglos il faut ajouter les allophones qui ont adopté la langue anglaise comme langue d'usage. Voilà pourquoi, c'est autour de 20% qu'il faut mettre la barre... D'ailleurs, dans certains coins de l'ouest de la ville de Gatineau, on a l'impression de se promener à Ottawa... De plus, le PLQ n'a de cesse d'agrandir le cégep anglo Heritage...

      Lors de sa conférence de presse, c'est avec mépris que Trudeau fit allusion à la ville de Gatineau. Cela peut s'expliquer, entre autres, par son passé... En effet, pendant une bonne partie de sa jeunesse, de sa chambre, le petit Justin avait vue directe sur le quartier de Pointe-Gatineau. En effet, il ne résidait qu'à quelques encablures... Et que voyait-il exactement, de modestes chaumières habitées fatalement par des membres d'une tribu rétrograde, pour reprendre les mots d'Elliot.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 décembre 2016 06 h 51

    Les bévues de leur petit baveux admiré par notre grand

    visionnaire Couillard finiront-elles par fermer les béats du kid kodak marionnette de Bay Street et se demander vers ou ramons-nous dans cette galère.

  • André Savary - Abonné 22 décembre 2016 07 h 29

    la graine ne tombe jamais loin de l'arbre

    La graine ne tombe jamais bien loin de l'arbre... La nouvelle pousse, a les traits et le caractère de la plante mère...mais il manque de consistance, de vision... Pas encore assez haut pour que la tête de l'arbre dépasse les brindilles au sol...

    Manque d'envergure, coquille vide et surtout malheureusement méconnaissance du Québec!