Pétrodiplomatie

Étranger à tout sens éthique, l’homme d’affaires et président désigné Donald Trump a confirmé mardi ce que l’on redoutait depuis quelques jours en faisant porter son choix de secrétaire d’État sur Rex Tillerson, p.-d.g. de la multinationale pétrolière Exxon Mobil et par ailleurs proche collaborateur du gouvernement russe du président Vladimir Poutine. Choix alarmant, d’autant plus qu’il se superpose aux conclusions de la CIA, révélées par le Washington Post, que Moscou a bel et bien pesé, par l’intermédiaire de WikiLeaks, sur l’élection présidentielle américaine dans le but spécifique de nuire à Hillary Clinton et de donner un coup de pouce à la candidature de M. Trump.

Le cabinet de M. Trump est en train de prendre la forme d’un club privé de multimillionnaires, loin, très loin de ce que son discours populiste et anti-establishment faisait miroiter. La désignation de M. Tillerson vient à nouveau surligner à quel point M. Trump est capable d’indifférence (ou est-ce de l’ignorance ?) devant la possibilité que ses choix ministériels puissent soulever des enjeux de conflits d’intérêts et entrer en contradiction avec l’intérêt public. Non pas qu’il faille s’en surprendre : si M. Trump a accepté l’idée, encore qu’en termes nébuleux, qu’il est « visuellement important » pour lui de s’éloigner de ses entreprises, il n’a pas encore compris en quoi son rôle de président pose des problèmes d’intégrité par rapport à son rôle de flamboyant businessman. C’est dire qu’avec lui, l’asservissement de l’État à des considérations d’affaires et aux intérêts des actionnaires est en train d’être poussé à l’extrême. Que dans cette perspective la candidature de M. Tillerson soit entérinée par le Sénat, ce qui n’est par ailleurs pas chose faite, et il se comportera comme secrétaire d’État en « pétrodiplomate », dont l’un des premiers gestes pourrait être de lever les sanctions américaines imposées à la Russie pour son invasion de l’Ukraine parce que, comme il l’a déjà dit, ce n’est pas bon pour les affaires.

M. Trump n’est pas encore officiellement entré à la Maison-Blanche qu’il fait déjà drôlement grincer des dents au sein de la majorité républicaine qui contrôle le Congrès. Il fallait évidemment s’y attendre. La candidature de M. Tillerson indispose d’emblée plusieurs sénateurs influents. Il n’est donc pas acquis qu’elle sera confirmée par le Sénat, où les républicains ont une majorité relativement serrée (52 contre 48). Ensuite, M. Trump en horripile plusieurs pour avoir balayé de la main, avec une imbuvable légèreté, le rapport de la CIA au sujet de l’intervention de la Russie pendant la campagne. D’autres tensions et d’autres crises suivront. Le Parti républicain n’a pas fini de se déchirer autour de ce président.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 décembre 2016 03 h 59

    Hé! pépit' hourra

    le grand patron de l'industrie du petrole, toutes pratiques confondues, ceux qui peu a peu ont réussis a dominer le monde, les morts ils n'en parlent pas , pour ces gens ce sont des pertes colatérales,qui vont enfin avoir la tribune la plus populaire, devenu conseillé du président américain mégalo, pourquoi se retenir quand le monde peut nous appartenir et dire que nous nous offencions devant les conquêtes romaines, ou grecs, nous venons vraiment d'entrer dans les ligues majeurs, plus besoin d'aller voir Ben-Hur nous allons tout avoir sur un plateau, les morts,le sang, les enfants démantelés, tout ca pour un même prix et vive la culture et la civilisation, le cinéma qui va débarqué dans votre salon hé! pépit' hourra,

  • Gaston Bourdages - Inscrit 14 décembre 2016 04 h 36

    Se peut-il que le capitalisme sauvage...

    ...soigneusement tapi derrière un grand rideau se frotte les mains d'aise à la vue de tous ces gestes posés par l'acteur principal de «Make America great again !» ? Le capitalisme américain a fait son temps. La crise de 2008 est encore présente. Combien de gens en souffrent encore ? À trop presser un citron...
    L'America de tous les abus, de tous les excès voire les extrêmes, c'est fini du moins pour la majorité des êtres humains composant sa population. Des personnes riches financièrement vont continuer à s'enrichir à une folle vitesse creusant encore plus l'écart. Si j'avais une suggestion à formuler à monsieur Trump, elle ressemblerait à ceci: «Monsieur Trump. abstenez-vous de toute trahison à l'égard de celles et ceux vous ayant élu»
    Gaston Bourdages

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 14 décembre 2016 08 h 09

    César Trump

    Trump arrive à Washington comme Jules César est entré à Rome.

    À la grande crainte des Sénateurs romains, ce dernier, égocentrique et ambitieux, a traversé le Rubicon auréolé de ses victoires en Gaule comme celles de Trump en affaires.

    Trump arrive à Washington, là où l’attendent des dizaines et des dizaines de Brutus.

    Il a d’immenses pouvoirs en matière de politique étrangère mais il est soumis au congrès pour faire passer son agenda politique.

    Et tout comme la présidente du Brésil (destituée par une caste politique corrompue), Trump n’a de choix que de faire la carpette devant ceux sur lesquels il a craché durant sa campagne électorale.

    Lorsqu'il aura complété les nominations dans son équipe ministérielle, les courbettes se changeront en complots.

    Ses placards renferment des dizaines de Monica Lewinsky et des centaines de magouilles commerciales plus ou moins légales, bref de la matière juteuse à une cause de destitution à laquelle tout le monde songe.

    Dans les sombres soubassements du pouvoir, on entend déjà le bruit des meules qui aiguisent les poignards.

  • Colette Pagé - Inscrite 14 décembre 2016 11 h 19

    Et si ce Président ne faisait que passer !

    Tant de conflits d'intérêts en perspective !

    La présence dans ce Cabinet de nombreux milliardiaires cupides dont l'appétit insatiable pour la l'argent et la défense de leurs intérêts étaient jadis l'objectif premier, ne se transformeront pas du jour au lendemain, comme par magie, en défenseur de l'intérêt public, des laissés-pour-compte et des électeurs de la classe moyenne.

    Partant delà, à commencer par le Président, qui n'a pas le profil de la fonction, les faux-pas seront nombreux et les riques de dérapages et de contestation élevés.

    Il ne faudrait pas se surpendre : les premiers déçus seront les électeurs républicains qui déjà, avec la composition du Cabinet, auront l'impression d'avoir été floués et leurrés en pensant qu'un milliardaire démagogue et égocentrique comprendrait leurs inquiétudes et répondrait à leurs attentes.

  • Marcel Gilbert - Inscrit 14 décembre 2016 12 h 18

    Les terroriches vont remplacer les terroristes



    À la lumière des nominations récentes effectuées par Donald Trump, il est possible d’envisager une reconfiguration majeure de la situation géopolitique mondiale. Plus que jamais, l’ARGENT va constituer la valeur absolue pour la classe des super riches et le moyen d’en avoir le contrôle aura pour non le PÉTROLE, au grand dam des écologistes et des apôtres du changement climatique.

    Les ambitions de Donald Trump se conjuguent maintenant avec celles de Vladimir Poutine. On peut prévoir que les sanctions frappant l’économie russe depuis 2014 seront rapidement abandonnées. Ce revirement diplomatique devrait enclencher un processus de désescalade entre les deux pays, au détriment de l’Europe et de l’OTAN, et contribuer à enrichir de façon exponentielle les acteurs concernés.

    La Russie va non seulement demeurer un fournisseur de gaz incontournable pour l’Europe et la Chine, mais elle va voir ses positions renforcées grâce aux grandes pétrolières américaines appuyées par leur gouvernement. Voilà de quoi exciter les intérêts financiers de la nouvelle Trump/Poutine qui sera certainement gérée d’une main de maître par un Secrétaire d’état issu de la puissante pétrolière Exxon. À côté des profits potentiels d’une telle alliance, l’empire immobilier actuel du président élu apparaît comme du menu fretin.

    La diplomatie qui a cherché jusqu’ici à satisfaire en priorité les objectifs des alliés néoconservateurs et pétro monarchiques d’Israël et des États-Unis sera remplacée par une approche plus pragmatique aux couleurs du dieu ARGENT et forte de la menace des deux plus grandes puissances nucléaires de la planète.

    On comprend mieux maintenant pourquoi la Russie de Vladimir Poutine a voulu favoriser l’élection d’un Donald Trump.