Le sauveur

L'inspiration est peut-être venue à M. Couillard en cette période de l’avent où plusieurs Québécois se préparent à reprendre ces vieux refrains annonçant qu’un « sauveur nous est né ». Toujours est-il que le premier ministre, à la question de savoir s’il est dans le déni par rapport aux résultats, désastreux pour le PLQ, des élections partielles de lundi, a eu ces mots : « Je suis dans l’affirmation qu’on a littéralement sauvé le Québec. Le Québec s’en allait où ? On ne pose jamais cette question : où allait le Québec sans retour à l’équilibre budgétaire, sans reprise du contrôle des finances publiques et de la dette ? Dans un immense mur. »

Il est bien sûr difficile, pour toute personne qui pratique la rhétorique politique, de ne pas céder, à un moment ou à un autre, au phénomène de la boursouflure. On veut avoir un effet, alors on gonfle. Équilibrer le budget du Québec fut indéniablement un axe crucial de M. Couillard depuis avril 2014. Mais a-t-il réellement réussi à résorber 7,3 milliards de déficit préparé par le laxisme du gouvernement précédent ? Ce chiffre a quelque chose de fictif. Il faut rappeler que le gouvernement Marois n’avait pas déposé de crédits. Impossible d’estimer avec rigueur le déficit à venir sans avoir au moins une certaine indication des dépenses qu’entend faire un gouvernement. Bref, ces chiffres sont gonflés. C’est peut-être de bonne guerre que de les lancer dans le débat politique. Mais cela conduit le premier ministre à des hyperboles, qu’il semble s’obliger lui-même à croire. (Il arrive d’ailleurs parfois à M. Couillard de créer ses propres vérités. Le 4 octobre, il déclarait en Chambre : « Robert Bourassa, comme nous, équilibrait ses budgets. C’est un point commun qu’il est important de rappeler. » Vérification faite, M. Bourassa n’a jamais équilibré un de ses budgets !)

Notons enfin l’usage surprenant, par le premier ministre, de l’adverbe « littéralement », qui signifie « en prenant le mot au sens littéral ». Et ce mot, quel est-il ? « Sauver » : « Tirer quelqu’un d’un danger, de la mort. » Autre acception : « Faire échapper, quelqu’un ou une collectivité, à un grave danger, lui épargner un grand malheur, une catastrophe. »

Des déficits, une grande dette, sont assurément des difficultés pour une collectivité. Une catastrophe ? Le Québec n’est pas la Grèce ; l’ancien président du Conseil du trésor Martin Coiteux a souvent lui-même relativisé ainsi la situation budgétaire du Québec. Un danger de mort ? M. Couillard, au lieu de s’inventer des dragons, pourrait montrer un peu d’humilité devant les électeurs, dont une bonne partie ont choisi lundi de désavouer ses méthodes pour les « sauver ».

30 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 décembre 2016 00 h 58

    L'équilibre budgétaire date de Bouchard

    Le retour à l'équilibre budgétaire, après de nombreuses années déficitaires, est due au gouvernement péquiste de Lucien Bouchard. Il est demeuré équilibré jusqu'à la Grande récession (sous Jean Charest).

    • Claude Bariteau - Abonné 7 décembre 2016 10 h 33

      Quand ton horizon est un carré de sable, il est impossible de chercher des explications qui tiennent compte de facteurs externes. Tout devient affaire de gestion myope et de propos sans intérêt.

      Le PM Couillard vient d'en faire la démonstration. Il accuse ceux qui ont joué dix-huit mois dans le carré de sable et auraient tout fait pour le vider alors que trois facteurs majeurs y ont contribué.

      Le premier : la valeur du dollar canadien sous l'impact du pétrole sale. Le deuxième : les coupes canadiennes dans des programmes auxquels le gouvernement fédéral étaient maîtres coupeurs. Le troisième : une gestion du PLQ sous Charest cherchant des investisseurs internationaux pour renflouer le Québec plutôt que de dénoncer le « bon » Canada et d'investir dans la productivité des entreprises pour faire face à la crise.

      Alors, pour ce magicien des constats erronnés, il fallait protéger le sable dans le carré en freinant son usage collectif pour en faire l'affaire des spécialistes du détournement.

      Il le fit. Mais ne se rendit pas compte que la chute du dollar permit l'entrée de sable aussi importante que les coupures du Canada qui obligeaient à revoir les contours du carré en pensant autrement.

      Mais, pour le PLQ, penser autrement est impensable. Son chef incarne la vérité, a un plan qui ne prend pas en compte la provenance du sable, contraint le peuple québécois et enrichit.

      Ce PLQ de Couillard passera à l'histoire comme le parti coupé du monde et totalement indifférent au peuple québécois puisqu'il n'aura fait que d'entretenir les spécialistes des détournements qui se sont vus enrichis avec du sable pelleté dans leurs cours en retour de ristournes sollicitées.

    • Francois Cossette - Inscrit 7 décembre 2016 12 h 35

      Le pire ce n'est pas de dire des énormités, ca tout le monde peu le faire, le pire, dans le cas de couillard, c'est de les croire reellement. Va vraiment falloir que le gouvernement augmente les budgets en santé mental, il y a un réel besoin de cela au parlement de quebec.

  • Gaston Bourdages - Abonné 7 décembre 2016 04 h 22

    Et si La Commission Charbonneau avec....

    ...un mandat restrictif avait littéralement sauvé plusieurs bonzes de la caisse électorale du PLQ, que nous en dirait monsieur Couillard ?
    Le sauvetage de monsieur le PM et des membres de son parti n'a pas encore réussi à me sauver de l'opinion que je porte sur leurs méthodes de financement de parti.
    Et dire que la Commission Charbonneau a permis de «tirer quelqu'un d'un danger, de faire échapper à un grave danger, lui épargner un grand malheur» voire «une catastrophe»
    Comme l'écrit si bien, parfois, un autre commentateur de ces pages: «Misère !»
    Gaston Bourdages,
    Auteur d'un ouvrage déposé à la Commission Charbonneau - avril 2014.

    • Pierre Beaulieu - Abonné 7 décembre 2016 13 h 21

      Les seuls que Couillard est intéressé à sauver, ce sont les bailleurs de fonds intéressés et leurs complices à l'intérieur du PLQ.

  • Normand Carrier - Abonné 7 décembre 2016 06 h 34

    Un sauveur déconnecté .......

    La réponse des électeurs fut claire et le PLQ de Couillard a perdu un fort pourcentage de vote dans tous les comtés dont leur candidats dans Marie-Victorin qui a perdu son dépôt et n'aura droit a aucun remboursement ..... Si Monsieur Couillard n'a pas compris , tant pis pour lui car le réveil n'en sera que plus brutal dans les mois a venir ......

  • Hélène Gervais - Abonnée 7 décembre 2016 06 h 40

    J'espère que ces mêmes électeurs ...

    s'en souviendront dans 2 ans; quant au p.m. on se doute bien où il ira s'il perd ses élections. Là où il est grandement apprécié.

    • François Doyon - Inscrit 7 décembre 2016 11 h 03

      Probablement en "Arabie saoudite" où il cachera ses revenus de l'impôt Comme il le disait si bien en pleine campagne électorale...
      C'est logique et normal"

  • Pierre Schneider - Abonné 7 décembre 2016 06 h 46

    Sauver le Québec des libéraux

    Notre premier ministre, dont l'enflure verbale n'a d'égale que sa capacité à occulter un sombre passé, ne fait-il pas de l'amnésie accommodante en oubliant de préciser que le Québec est gouverné par son parti depuis près de 13 ans ?

    Pour nous sauver de la "catastrophe", va falloir nous libérer des libéraux, comme chantaient déjà les Loco Locass il y a longtemps déjà.

    En attandant la réforme de nos institutions électorales qui s'impose, un retour au bipartisme ou à une coalition des oppositions d'impose pour ce faire. Il devient odieux que le PLQ puisse former le gouvernement avec un appui qui rapetisse comme peau de chagrin.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 7 décembre 2016 11 h 48

      On ne saurait mieux dire.