Le cellulaire en sursis

À deux mains sur le volant, il n’y a plus de place pour le cellulaire sur les routes du Québec. Les campagnes de prévention ne suffisent pas pour discipliner les automobilistes fautifs. Vivement un durcissement de ton.

Dans les dernières semaines, deux coroners y sont allés de recommandations sévères à la suite des décès d’un camionneur (occupé à pianoter en conduisant) et d’une piétonne (fauchée par un conducteur distrait par son clavier). Les coroners Michel Ferland et Renée Roussel ont suggéré la criminalisation pure et simple de la conduite avec un cellulaire, considérée comme un véritable « fléau ».

Les mesures proposées vont beaucoup trop loin. Le coroner Ferland prône la saisie du téléphone pour 30 jours, l’installation de systèmes de brouillage des ondes dans les véhicules, qui rendraient totalement inutilisables les cellulaires, même en mode mains libres.

Ces recommandations en coup de poing mettent un baume sur la douleur des victimes, mais elles ne tiennent pas compte de la réalité.

Depuis 2008, le Code de la sécurité routière interdit l’usage d’un téléphone cellulaire en conduisant, à moins d’avoir un dispositif mains libres. La Cour supérieure a d’ailleurs reconnu, en 2013, que les accessoires (casques d’écoute, microphones sans fil, mains libres) sont permis en vertu de ce nouveau régime. Rien n’empêche par ailleurs les autorités de déposer des accusations de négligence criminelle ayant causé la mort contre des automobilistes dont la dépendance au cellulaire entraîne des conséquences funestes. Cela ne ramène pas les morts, évidemment, et il ne faut pas se contenter d’agir en aval du dossier.

Il ne s’agit pas de banaliser la situation, mais plutôt de circonscrire l’étendue du problème et d’élaborer des politiques sur mesure. La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) ne tient pas de statistiques sur le nombre de morts ou blessés en raison d’une distraction causée particulièrement par le cellulaire. Il faut combler ce vide pour déterminer si nous sommes en présence de cas anecdotiques, montés en épingle, ou d’une véritable épidémie qui nécessite vraiment, comme la conduite avec facultés affaiblies, le recours au droit criminel.

Avant d’en arriver à la criminalisation du cellulaire au volant, ce qui nécessiterait l’intervention d’Ottawa, le Québec doit resserrer le Code de la sécurité routière. Le nombre d’infractions pour conduite avec un cellulaire est passé de 11 485 à 66 660 en sept ans, une hausse de 480 %. C’est bien la preuve que les amendes (80 à 100 $) et les points d’inaptitude (4) n’ont pas l’effet dissuasif espéré. Et si le conducteur pris en défaut devait payer jusqu’à 500 $ d’amende et perdre neuf points d’inaptitude ? Il s’agirait d’un pas dans la bonne direction.

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