Le nerf de la guerre

Si l’argent est le nerf de la guerre, alors le groupe armé État islamique (EI) n’a pas fini de faire du bruit et des morts. Le front mieux uni militairement qu’appelle de tous ses voeux le président français, François Hollande, contre le groupe EI dans la foulée des attentats de Paris passe aussi par une plus grande cohésion au sein de la coalition internationale dans la lutte contre le financement de l’organisation.

Deux jours avant que Mossoul, dans le nord de l’Irak, ne tombe comme un fruit mûr aux mains de l’organisation EI au début du mois de juin 2014, des officiers irakiens faisaient une découverte stupéfiante en fouillant la maison d’un apparatchik de l’organisation : 160 clés USB contenant une somme formidable d’informations sur l’organigramme du groupe EI, la façon dont il se finance et le montant de ses actifs, évalués alors à près de 1 milliard $US. La prise de Mossoul, dont les djihadistes feraient dans les jours suivants la capitale irakienne de leur nouveau « califat », est venue grossir massivement ce trésor de guerre, permettant notamment au groupe EI de mettre la main sur un arsenal (d’une valeur de 3 milliards $US) qu’avaient légué les Américains à la bancale armée irakienne.

Avec le résultat que ses revenus étaient estimés entre 2 et 3 milliards $US en 2014. L’organisation EI bénéficie toujours de dons de pays du Golfe, mais elle est aujourd’hui largement autofinancée. Environ 40 % de ses revenus proviendraient de l’exploitation des puits de pétrole qu’elle contrôle, encore que les frappes aériennes auraient réussi à affaiblir la capacité d’extraction et les capacités de transport. Le reste lui provient principalement du commerce du gaz et de tout un système d’extorsion imposé à la population.

« Si Dieu le veut, nous lèverons le drapeau d’Allah sur la Maison-Blanche », avait déclaré le porte-parole du groupe EI, Abou Mosa, peu après la prise de Mossoul et tout juste avant d’être tué dans un raid de l’armée syrienne. Il ne s’agit pas d’avoir peur du groupe EI au point d’envisager que cela puisse arriver. Reste que le « califat » est aujourd’hui parvenu à se doter de certains attributs d’un État, si mafieux soit-il.

Cette guerre économique passe en bonne partie par la Turquie voisine. Sa complaisance est notoire pour ce qui concerne le pétrole « sale » qui transite par son territoire. Mais c’est aussi par le système bancaire turc, entre autres, que les cadres de l’organisation EI feraient maintenant transiter leurs millions afin de les mettre à l’abri dans des paradis fiscaux et sur le marché financier international. La Turquie : alliée récalcitrante aux intérêts stratégiques anti-kurdes. En elle, l’efficacité de la coalition se heurte à un mur difficile à surmonter.

5 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 20 novembre 2015 07 h 18

    Voilà qui éclaire

    Les sources de revenu d'EI, les connivences de la Turquie, les dons de pays du Golfe, l'extorsion des populations sous contrôle et l'arsenal conquis expliquent les activités de ce groupe terroriste implanté dans divers lieux en Syrie.

    Leur énumération identifie les cibles, les lieux stratégiques, ceux de l'exploitation pétrolière, l'arsenal militaire localisé. Puis, cela indique là où les interventions politiques doivent se faire : la Turquie qui est de connivence ainis que les pays du Golfe en cause.

    Reste la population extorquée. Cela est plus déliquat, car ça implique une présence dans les lieux habités. Présence qui ne peut se manifester qu'après la neutralisation des djihadistes.

    Cela est connu. Vous faites bien de le rappeler. Comme c'est connu, la riposte militaire française et russe ne sera qu'un élément dans le déploiement des mesures pour mettre fin aux activités de ces terroristes dont l'objectif est d'être reconnu par les armes sur un territoire sous l'autorité d'un «califat» et de reconstruire, de là et d'ailleurs, l'empire d'antan.

    Sous cet angle, les attaques terroristes ont pour assises plus qu'un discours religieux. Elles se déploient pour rétablir un empire détruit et éradiquer les États qui se sont créés ultérieurement et regroupant des populations ayant des conceptions religieuses variées.

    Mettre fin aux activités terroristes ne mettra pas fin aux aspirations des populations musulmanes et à leurs religions distinctes. La suite, par contre, pourrait s'affirmer autrement, un autrement que ces États doivent identifier et auquel doit contribuer les Nations Unies tout comme les divers pays impliqués dans cette partie du monde.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 20 novembre 2015 14 h 01

      Monsieur Bariteau

      Votre analyse politique et sociologique devrait être méditée par les responsables (?) politiques du monde occidental. Les éléments du problème y sont bien identifiés. Il reste aux responsables (?) le soin de trouver des solutions, au-delà des intérêts financiers cachés de certains États occidentaux.

  • Denis Paquette - Abonné 20 novembre 2015 09 h 49

    La vie n'est pas a chacun sou tour

    Comment expliquer a certains arabes et a certains pays que la vie n'est pas a chacun son tour, comment expliquer a beaucoup de gens que la vie n'est pas a chacun son tour, que la vie est une sorte de lotterie dont nous ignorons la finalité, enfin qu'elle n'évolue pas selon notre morale , comment comprendre que certains naissent pauvres et démunis sans raisons , que l'on aurait pu naitre démuni comme ca ne se peut pas, que certains naissent démunis, j'ai vraiment trop de peine pour continuer sur cette lancée, bonne journée

  • Raymond Labelle - Abonné 20 novembre 2015 14 h 37

    La Turquie s'attaque aux Kurdes...

    ...alors que les Kurdes sont parmi ceux, voire ceux, qui ont le plus de succès dans les combats au sol contre l'EI, et que les combats au sol sont l'ingrédient insuffisant dans la lutte armée contre ce groupe. Les Kurdes méritent plus d’assistance dans les combats au sol. Ou en tout cas, au moins de ne pas se faire bombarder par la Turquie.

    Disons que ça fait de la Turquie un drôle d'allié dans le combat contre l'EI. Sans compter les autres complaisances de la Turquie déjà mentionnés en cette page.

  • Yvon Bureau - Abonné 20 novembre 2015 20 h 05

    Paradis fiscaux

    Encore eux.

    C'est pour quand le 1e Sommet mondial contre l'évasion et l'évitement fiscaux?

    Ces paradis fiscaux deviennt vite des enfers locaux, ici et là dans le monde.
    Paradis fiscaux, ô Paradis fiscaux, que de crimes l'on commet en ton nom !!!

    Comment ces criminels fiscaux peuvent-ils bien dormir et vivre en paix?