Drame au Bangladesh - Les damnés

Au Bangladesh, le nombre de damnés de la terre qui ont péri sous des tonnes de béton fabriquées à la va-comme-je-te-pousse a été multiplié par 4, pour atteindre ainsi les 800 morts. Dans la grande majorité, ces derniers étaient en fait des dernières. Des femmes qui gagnaient, si l’on peut dire, 40 $ par mois en fabriquant des vêtements pour des entreprises étrangères. Des femmes qui vivaient, si l’on ose dire, la peur au ventre, les accidents étant légion au sein des 4500 usines qui font de ce pays le deuxième exportateur de textile au monde après la Chine.


À l’instar de ce qui a été constaté à plus d’une reprise au cours des vingt dernières années, ce drame a suscité son lot de questions sur les agissements des compagnies occidentales, qui s’avèrent les donneurs de contrats, indirectement il est vrai. Toujours est-il que, comme Nike, Gap et IKEA hier, ici et là on critique, avec raison il va sans dire, l’indifférence cultivée par la britannique Primark, l’espagnole Mango et la canadienne Loblaw à l’endroit des sous-traitants qu’elles avaient choisis en raison, principalement, de deux critères : la rapidité d’exécution et les bas coûts de production.


Cela rappelé, ajoutons que, dans une analyse consacrée au sujet qui nous occupe, la revue Foreign Affairs souligne que le politicologue Richard Locke est arrivé à la conclusion, après étude des gestes posés au cours des quinze dernières années par Nike et consorts pour discipliner les sous-traitants, que « la réglementation par le privé avait eu des impacts limités ». Et d’une. Et de deux, que toute tentative d’inclusion de clauses sociales et environnementales dans les accords commerciaux était généralement perçue comme « du protectionnisme déguisé ».


En ce qui concerne strictement le Bangladesh, tant l’Union européenne (UE) que les États-Unis ont enfin martelé que les autorités de ce pays ont l’obligation d’imposer des conditions de travail qui ne soient plus ce qu’elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire celles de l’esclavage. On se rappellera qu’à force de pression sur la Chine par l’UE et les É.-U., on a assisté à une certaine amélioration du sort réservé aux ouvriers de ce pays, notamment sur le plan financier.


Chose certaine, il faut espérer que les pressions exercées sur le gouvernement du Bangladesh seront maintenues aussi longtemps qu’il le faudra. Car si on laisse les entreprises, et elles seules, établir les balises en matière de sécurité et de normes environnementales, alors d’autres accidents se produiront. Et ce, pour une raison toute simple : le souci aussi méticuleux que maniaque accordé à la compétitivité. En fait, tant et aussi longtemps que la déflation salariale constituera l’alpha et l’oméga des Loblaw, Mango et compagnie, le contingent des damnées du travail ira en augmentant.

1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 9 mai 2013 10 h 16

    «Debout les damnés de la terre...»

    «...Debout les forcats de la faim, la raison tonne en son cratère, c'est l'éruption de la fin». Voilà ce que chantait l'Internationale, dès le milieu du XIXème siècle, des mots tout autant d'actualité aujourd'hui. Oui les travailleuses des manfactures de vêtements sont encore «ces damnéEs de la terre», des esclaves du capitalisme sauvage, que le néolibéralisme Thatcher-Reagan a fait renaître. Faudra-t-il une nouvelle Révolution internationale pour y mettre fin ? Ou la communauté internationale pourra-t-elle y mettre un terme par elle-même? Il semble bien que non. La déclaration universelle des droits de l'homme n'a pas le bras assez fort pour arrêter tous ces hommes d'affaires prêts à faire murrir des centaines d'ouvriers pour économiser sur les coûts de production.

    Encore aujourd'hui, il faut que les ouvrières du monde entier se regroupent pour lutter contre les exploiteurs internationaux, si on veut qu'un jour les mêmes droits s'appliquent pour tous.