Conflit au Mali - Le flou total

Le sujet du jour, il s'agit du Mali, appartient à la catégorie du compliqué-complexe, car il est le reflet ou plus exactement l'illustration de ce concept avec lequel les experts de la géopolitique jonglent souvent: le millefeuille. Autrement dit, il est fait de couches religieuses, ethnologiques, de milices diverses, de militaires «officiels», de présences étrangères armées et autres. À ce stade, ce qui se passe dans ce pays aux frontières très poreuses est si fluide, si imprévisible, que la lecture du sujet ne peut être qu'embrouillée.

Arrêtons-nous aux acteurs qui s'opposent sur un territoire immense. Au cours des derniers jours, l'expansion géographique accomplie par le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), qui rassemble des Touaregs non religieux, a été si ample qu'elle est désormais au diapason de son objectif numéro 1. Lequel? Contrôler la province de l'Azawad, située au nord du pays et frontalière de l'Algérie, pour ensuite proclamer son indépendance. Ensuite, il y a Ansar Dine qui regroupe des Touaregs fervents musulmans. À l'heure actuelle, ces derniers maîtrisent Tombouctou, à l'ex-

ception des infrastructures de communications, qui sont aux mains du MLNA. Quoi d'autre? Ansar Dine a commencé à imposer la charia. Il y a enfin al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui est une addition de militants algériens, mauritaniens, tunisiens, libyens et nigérians.

Parce qu'il dispose d'armes et de moyens financiers considérables grâce au «commerce» d'otages, l'AQMI détient une carte essentielle: celle de l'influence. C'est l'AQMI qui a un ascendant sur Ansar Dine, et non l'inverse. L'AQMI qui dicte la marche à suivre. De fait, on craint qu'il pousse Ansar Dine à emprunter la voie du combat contre le MLNA, jugé trop nationaliste et si peu religieux. On craint également que l'AQMI ait pour ambition de contrôler le Mali dans son entier. En tout cas, c'est ce que croient les dirigeants de la CEDEAO, l'organisation des États de la région.

En effet, si l'on se fie aux mesures prises par la CEDEAO, il est clair que ses membres appréhendent au plus haut point un basculement du Mali dont les islamistes seraient les principaux bénéficiaires. D'où la sévérité des sanctions prises ces derniers jours: l'embargo total ayant été décrété, les réserves de riz seront épuisées d'ici cinq jours, le carburant manque déjà, etc. Bref, le spectre de la sous-alimentation pointe à l'horizon du très court terme.

Reste l'armée. Depuis que des sous-officiers ont renversé le président Amadou Touré, ceux-ci ont écrit une pièce ayant pour titre Une comédie d'erreurs. Ils promettent la lune un jour pour mieux se défausser le lendemain. Depuis leur putsch du 22 mars, ils s'évertuent à papillonner en espérant camoufler ce qui aujourd'hui est un secret de Polichinelle: contrairement à l'AQMI, au MLNA et à Ansar Dine, les militaires n'ont plus les moyens de leur ambition. La suite s'annonce beaucoup plus sanglante.

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