Violence en Amérique centrale - Vertige de mort

Selon un rapport tout récent du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la région la plus violente dans le monde, à l'exception de «quelques zones d'Afrique et d'Asie en guerre», s'appelle l'Amérique centrale. Dans cette partie du globe, la hausse vertigineuse des violences effectuées au cours des six dernières années ont hissé le taux d'homicides à 30 pour 100 000 habitants. Au Guatemala, au Honduras et au Salvador, il est de 50 pour 100 000. Au Mexique, nation non incluse dans cette étude, le nombre de meurtres enregistrés au cours des deux dernières années a atteint les... 10 000. Bref, c'est à se demander si l'Amérique centrale n'est pas une zone de non-droit.

Dans les pays de l'isthme centraméricain (Belize, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama et Salvador), l'épidémie de feu et de sang est le fait avant tout des maras. Au Mexique? Des cartels qui au cours de la présente décennie ont pris de l'ascendant sur ceux de Colombie, les ont doublés. Entre les premiers et les seconds, il y a un lien que tout un chacun devine: le commerce de la drogue. Les Mexicains en sont les marchands, les courtiers qui empochent le gros des bénéfices, les maras étant leurs petites mains. Allons-y avec ces derniers.

Au début des années 1990, les États-Unis ont ordonné l'expulsion — soit dit en passant massive — d'immigrants, dont des milliers de jeunes délinquants. Une fois retournés au Guatemala ou au Salvador, ces derniers se sont imposés aux bandes locales. Ils leur ont surtout imposé une culture de la criminalité «apprise» dans les boulevards de Los Angeles au cours de la décennie antérieure. Pour reprendre les mots d'Yvon Le Bot, sociologue au CNRS à Paris: «Les maras ont déprovincialisé, dénationalisé et désidéologisé la violence. Devenue apolitique, elle ne se limite pas non plus à la recherche de bénéfices économiques. Elle devient un mode de vie et une fascination, un vertige de mort.» Un vertige de mort!

Simultanément, l'administration de Bush père décidait de fournir des tonnes de matériel militaire au gouvernement colombien, en plus de participer directement à la collecte de renseignements. L'objectif? Affaiblir, voire anéantir le cartel de Medelin. Ils sont parvenus à leurs fins, pour le plus grand bénéfice du cartel de Juarez au... Mexique. Qui plus est, les États-Unis devaient renforcer, si l'on ose dire, cette bande et celles qui émergeaient en démantelant les principales routes maritimes de la drogue. De sorte qu'aujourd'hui, 90 % de la cocaïne consommée en Amérique du Nord emprunte la voie terrestre. Elle passe par le Salvador ou le Honduras et remonte par le Mexique. Parmi les effets éminemment pervers du phénomène, on a retenu celui-ci: avec une portion des dollars récoltés en territoire américain, les cartels du Mexique et les maras achètent 90 % — 90 %! — de leurs armes dans les 7000 magasins — 7000! —, disséminés dans les États américains frontaliers du Mexique.

Par un enchaînement diabolique, un geste agressif a produit une vague de violence, qui a suscité une réaction agressive, qui a entraîné l'augmentation des meurtres, des enlèvements, des viols et autres vices, qui ont brisé des millions de vies humaines dans l'indifférence la plus totale.

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5 commentaires
  • Thomassin Mickael - Inscrit 29 octobre 2009 03 h 16

    Violence en Amérique Latine : la faute à qui ?

    Les éditorialistes du Devoir.com sont généralement bien inspirés mais parfois, comme nous tous, ils tombent dans la facilité : En expliquant que c'est car les Etats-Unis ont renvoyé dans leurs pays des jeunes sans repères que, quelques années plus tard, narcos, maras et criminels en tous genre font la Une des journaux locaux, ils oublient un peu vite que si ces jeunes ont dû fuir leurs pays (et continuent dans le cas de certains), c'est car ils ont été géré par des incapables pendant des décennies.

    En fait, je trouve qu'il est plus que facile de culpabiliser le grand frère du nord de tous les maux du continent [et je suis souvent le premier à le faire] mais ce n'est pas (que) lui qui invite les politiques locaux à garnir leurs comptes bancaires avant d'augmenter le budget dédié à l'éducation, ce ne sont pas les américains qui font copain-copain avec les narcos avant de finalement décider (trop tard) de les faire taire, ce ne sont pas eux qui acceptent une corruption généralisée, assument que rien ne va changer, font des promesses qu'ils ne vont pas tenir et expliquent ensuite que c'est la faute-à-pas-de-chance quand ça foire, logiquement ! Non, tout ça ce sont les différents gouvernements d'Amérique Latine qui s'y emploient depuis décennies !

    Là où je suis d'accord, c'est cependant pour dire qu'en tant qu'acteur politique important, ils auraient clairement dû se mêler de leurs affaires plus souvent et mieux de celles des autres le reste du temps.. mais depuis l'Irak et les armes de destruction massive (alors que la Corée du Nord, pendant le même temps, faisait tout pour se doter de l'arme nucléaire), on les sait assez peu doués dans ce domaine ! Arrêtons de les culpabiliser et/ou d'espérer trop d'eux, l'Amérique Latine doit se regarder dans un miroir et évoluer par elle-même !

  • Serge Charbonneau - Inscrit 29 octobre 2009 04 h 39

    Découvrir la violence

    La violence en Amérique centrale et même à la grandeur de l'Amérique latine, ne date pas d'hier.
    La violence dans cette jadis arrière cour US est installée depuis des lustres.
    C'est toujours drôle de constater que des choses quotidiennes sont "révélées" par une étude ou un rapport. Comme si la réalité devenait soudain surprenante!

    La violence dans ces pays si longtemps maintenus dans des conditions d'injustice sociale incroyable est facilement compréhensible. Que voulez-vous, lorsque la survie passe par la loi de la jungle, il est "normal" que la violence s'installe. De plus, ajoutez à cela la corruption et l'oppression faite par les polices et la violence devient rapidement un fléau.

    La violence est un des pires fléaux à résoudre. Aussi un des plus faciles fléaux à favoriser et à entretenir. Observons la violence au Moyen-Orient, (Carnage à Bagdad, 150 morts, Carnage au Pakistan, 92 morts, Carnage à Kaboul), la violence entraîne la violence.

    Injustice sociale, pauvreté, oppression, corruption, voilà les ingrédients qui ont prévalu pendant des décennies en Amérique latine et qui ont installé une violence chronique.
    Pensons à toutes les dictatures.

    Juste un oeil sur quelques pays:
    Guatemala, des dictatures sanglantes, pensons à celle de Ríos Montt, qu'on appelait avec raison "Le barbare".
    Dans les années 80, 100 000 personnes ont disparu au Guatemala.
    La torture et la disparition étaient le lot quotidien. Le général Ríos Montt avait pour politique les "terres brûlées" : l'armée couvrait tout le pays, massacrant indistinctement la population et brûlant des villages entiers. Les témoignages qui en font état sont monstrueux : dans des centaines de villages, des douzaines d'hommes, de femmes et d'enfants sont battus, violés, démembrés, assassinés et jetés dans des fosses communes.
    Plusieurs fosses communes ont été découvertes [1]. On comprend que de naître dans cette terreur, cette pauvreté et cette injustice sociale entraîne la création de groupes sans scrupules comme les "Maras".

    Un des pires massacres s'est produit le 18 juillet 1982, dans le village de Plan Sánchez.
    Plus de 250 personnes (principalement des femmes et des enfants de descendance maya) furent maltraitées et assassinées par des membres des forces armées et leurs alliés paramilitaires.

    Ríos Montt lors d'un discours devant des Guatémaltèques mayas avait dit:
    « Si vous êtes avec nous, nous vous nourrirons; sinon, nous vous tuerons. »
    Le massacre de Plan de Sánchez, s'est fait le même jour.

    On dit que l'extrême violence au Guatemala a conduit à l'assassinat de 200 000 personnes dont 45 000 sont toujours portées disparues. 660 massacres ont été répertoriés, et 400 villages totalement anéantis. Ces exactions massives ont été essentiellement perpétrées par les régimes militaires au pouvoir à l'encontre de la population indigène maya. La majorité des crimes ont été commis entre 1978 et 1985, période à laquelle se sont succédé les gouvernements de Roméo Lucas Garcia, Efraín Ríos Montt et Mejía Victores. [2]

    En 2003 on rapportait: «747 enfants et jeunes gens assassinés dans la ville de Guatemala en 2003 [3]
    C'est là un des aspects les plus frappants de la violence et de la pauvreté dont souffrent les enfants.
    En 2007 toujours au Guatemala, ce fut une des plus sanglantes compagnes électorales de tous les temps.
    Une quarantaine de candidats et de militants ont été tués lors de la campagne pour les élections générales.
    Werner Velasquez a été assassiné de plusieurs balles. Il était maire de Santa Ana Huista, une petite localité du département de Huehuetenango.
    Plusieurs candidats et sympathisants de Rigoberta Menchu, Prix Nobel de la paix en 1992 et candidate amérindienne à la présidence de la République, ont été victimes d'attentats. Le cadavre de Carlos de Leon Bravo, candidat municipal de son parti de centre gauche à San Marcos, à l'ouest du pays, a été retrouvé dans le coffre d'une voiture avec deux balles dans la tête.
    Le 14 août 2007, en soirée des inconnus ont mitraillé la maison d'Olga Lucas, candidate à la députation dans la capitale, affiliée au parti Rencontre pour le Guatemala, qui soutient Mme Menchu. Deux des filles de la candidate ont été blessées lors de cette attaque, dont l'une grièvement. Le même jour, César Montes, un conseiller de Rigoberta Menchu, a été la cible de tireurs anonymes.
    L'Union nationale pour l'espoir (UNE), le parti du futur président Alvaro Colom, a été le plus ciblé. « Dix-huit de ses candidats et militants ont été assassinés. »
    Le Guatemala a enregistré 2 857 homicides au premier semestre 2007. La violence politique est attribuée pour l'essentiel aux mafias de trafiquants de drogue et aux groupes paramilitaires reconvertis dans la criminalité qui ont infiltré les partis, la police et l'armée. [4]

    On peut dresser le même tableau pour le Salvador.
    Les escadrons de la mort ont fait régner la terreur pendant des décennies. Aujourd'hui on récolte les "Maras".
    Mgr Romero a été assassiné en pleine messe devant ses fidèles.
    Il défendait trop les pauvres et les victimes de la répression militaire du régime supporté totalement par les États-Unis.
    Le Salvador, le pays que décrivait Mgr Romero, s'est étendu à tout le continent latino-américain. La violence urbaine, la corruption politique et l'injustice institutionnalisée se sont répandues dans tous les pays. La violence qui a tué tant de personnes au Salvador, continue d'assassiner aujourd'hui des gens pauvres et sans défense. La violence polarisée s'exprime en un climat de confrontation qui se développe entre des riches qui engagent des gardes du corps particuliers et des laissés-pour-compte qui tentent de voler.

    Mauricio Funès, récemment élu, est confronté à un défi difficilement surmontable pour réduire cette violence installée par ces massacres à répétition exécutés par une armée sadique dont l'impunité fut favorisée par un système de justice inopérant.
    Récemment (septembre 2009), le journaliste et réalisateur français Christian Poveda, 54 ans, était tué par balles sur une route au nord de San Salvador. Il revenait d'un tournage dans un bastion de la Mara 18, un gang auquel il consacrait son dernier documentaire.

    La Colombie.
    Un autre endroit où la violence est quotidienne.
    Les assassinats sont pratiquement quotidiens.

    Le 17 juillet 2002, l'église colombienne est en deuil après le meurtre de Sr Martha Ines Velez Serna, 44 ans, de la congrégation des Soeurs pauvres de Saint-Pierre Claver, à Mogotes, à 210 km au Nord-est de la capitale Bogota.

    Le 15 juillet 2004 Carmen Elisa Nova Hernandez, mère d'un enfant de 5 ans, infirmière pendant 28 ans, dirigeante syndicale, est abattue devant sa maison vers 8h15 du soir.

    Le 8 mars 2008, Leonidas Gomez Rozo a été tué par balles à son domicile à Bogotá. Il travaillait à la CITIBANK où il était responsable du syndicat après avoir rempli un certain nombre de fonctions au syndicat colombien des employés de banque et à la centrale unitaire des ouvriers de Colombie.

    Décembre 2008, c'est l'assassinat d'Edwin Legarda, un leader indigène en Colombie. Il était le mari d'Aida Quilcué, dirigeante de l'organisation indigène CRIC. Il a été assassiné par l'armée colombienne. C'est un exemple de plus du traitement infligé aux indigènes et aux défenseurs des droits humains en Colombie.

    La COLOMBIE : "UN ETAT QUI TUE ET QUI APPELLE AU MEURTRE"
    Selon le Mouvement national des victimes des crimes d'État (MOVICE), la Colombie vit l'une des crises humanitaires les plus graves de la planète.
    Il dénonce les exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces armées colombiennes. Cette pratique qui consiste à tuer des civils, et les présenter ensuite comme des combattants morts au combat, permettant ainsi aux militaires d'obtenir des récompenses ou de gonfler les chiffres de la guerre. [5]

    En mai dernier, cinq nouveaux crimes contre le mouvement syndical portaient à 17 le nombre de syndicalistes assassinés en 2009 et à 2711 le nombre total de militants et dirigeants syndicaux assassinés au cours de la dernière décennie en Colombie seulement.
    [6]

    En septembre dernier, deux autres assassinats marquent une fois de plus le mouvement syndical colombien. [7]. Ce qui portait à 27 le nombre de militants syndicaux assassinés en Colombie depuis janvier 2009.

    La violence entraîne la violence.
    L'injustice sociale entraîne la violence.
    L'exclusion entraîne la violence.
    La pauvreté entraîne la violence.

    C'est étrange de voir comment soudainement on fait du papier (hier Le Monde, aujourd'hui Le Devoir) sur le dos de cette violence quotidienne qu'on feint de découvrir subitement. La violence est le reflet de ces décennies d'injustice et elle est constante et terriblement difficile à résorber. Ce sont des décennies d'injustice que l'on tente de corriger en instaurant une plus grande justice sociale et en favorisant la démocratie participative. C'est ce que le Président légitime, élu du Honduras, Manuel Zelaya a tenté d'enclencher le 28 juin dernier en voulant consulter la population. Vous connaissez la suite. Un Coup d'État militaire et une répression qui sévit depuis. Que croyez-vous que sera l'impact de ce Coup d'État et de cette dictature sur la violence au Honduras?
    Je crois qu'il va falloir un rapport du PNUD pour qu'on en parle.

    On dit compter 3 millions d'armes à feu dans la région. Au Venezuela, après l'élection de Chávez, il y a eu une augmentation inexpliquée et inexplicable du nombre d'armes en circulation. Les contacts de l'oligarchie se font un devoir de bien armer la population afin de maintenir la violence face à ces régimes qui tentent de la faire disparaître par des politiques plus équitables.

    La drogue est le prétexte clef pour maintenir les budgets de répressions et d'ingérence dans ces pays pleins de richesses et de pauvreté. La Colombie qui compte maintenant sept bases militaires US pour lutter en théorie contre le trafic de drogue, est le plus grand producteur de coca et est un des endroits où il y a le plus de violence. Le Mexique, là où les États-Unis veulent mettre en place un plan du genre plan Colombie ou plan Patriote, on note une augmentation incroyable de la violence reliée à la drogue depuis que les ÉU font pression sur le Mexique pour installer des bases et mettre en place ce plan d'ingérence interne.


    Serge Charbonneau
    Québec


    [1] http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/guat

    http://www.humanrights-geneva.info/Le-Guatemala-re,4233

    [2] http://www.fidh.org/article.php3?id_article=4036

    [3] http://www.alterinfos.org/spip.php?article1061

    [4] Le Monde, 2007, Jean-Michel Caroit, « Au Guatemala, sanglante campagne avant les élections générales de septembre »
    http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?o

    [5] http://www.alternatifs.org/spip/colombie-un-etat-q

    [6] http://cdhal.org/fr/blog/2009/05/21/colombie-les-a

    [7] http://www.legrandsoir.info/+Colombie-Deux-autres-

  • Christian Ranger - Inscrit 29 octobre 2009 09 h 01

    un geste? pensez plutôt à l'économie de la drogue

    M. Truffaut, j'apprécie que vous attiriez l'attention des lecteurs du Devoir sur ce problème qui me préoccupe aussi. Il me semble cependant un peu mince de conclure que c'est par un "geste aggressif" - je présume que vous vous référez à la déportation des Maras -, eut-il comme catalyseur un "enchainement diabolique", que toute cette violence existe. Que dites-vous des institutions des pays qui n'ont pas réussi à contrôler la violence ou encore de la politique d'accommodement que d'autres pays ont pratiquée?

    Or, s'il est une réalité importante à dire dans cette affaire, c'est que les grands demandeurs de drogues, les payeurs, ce sont les Nord-Américains. Sans une manne constante, sans ce commerce qu'on estime au bas mot à US $15 milliards (peut-être 30 ou plus), tout un pan de l'économie souterraine des Amériques aurait bien dû se chercher une autre source de revenu. Sans une telle manne, point de "cartels" ou d'organisations criminelles transnationales.

    Si nous sommes interpellés par ce problème, si nous voulons que la violence cesse en Amérique centrale, il faut bien entendu réfléchir à l'origine des armes qui facilitent la violence, mais il faut surtout se pencher sur l'incroyable demande de stupéfiants - notamment de cocaine - de l'Amérique du nord. Là-dessus, nos voisins du sud sont en train de changer leur fusil d'épaule: lisez le dernier discours de Gil Kerlikowske.

  • Coronita Qc - Inscrite 29 octobre 2009 09 h 29

    Tristesse

    Que c'est triste!

  • Gilbert Talbot - Inscrit 29 octobre 2009 18 h 55

    Origine de la violence en Amérique Latine

    On peut remonter à Christophe Colomb et aux massacres et génécides perpétrés par les Conquistadores pour saisir l'origine de toute cette violence. Les États-Unis est seulement le dernier empire en lice pour le prix du plus grand massacreur de tous les temps. Durant la guerre civile au Guatemala, au Salvador et au Nicaragua, il y avait dans chaque village des chambres de tortures qu'on appelait «palais de justice» par euphémisme. À côté de ces chambres d' horreurs, on retrouva des fosses où étaient jeté les corps de ceux et celles qui n'avaient pas résisté à la torture. La CIA entretenait des «écoles de tortures» où on enseignait les raffinements des derières toruvailles apprises dans les guerres précédentes, au Vietnam ou en Afrique du sud ou en Israël. Les camps de la mort nazi avaient livrés leurs secrets; comme rendre réel l'Enfer de Dante sur Terre.

    Après les signatures de paix factices dans ces trois pays, les escadrons de la mort se sont transformés en milices privés, défendant les terres des riches latifundios, d'autant plus facilement que les gouvernements au pouvoir leur avaient pardonné leurs exactions. Le massacre de Plan de Sanchez au Guatemala dont parle monsieur Serge Charbonneau dans son excellent commentaire n'a reçu sa reconnaissance, les excuses et les remboursements qu'au début des années 2000., après un long procès à la cour de droits humains de l'OEA. Chaque village massacré devait entreprendre ce genre de longues procédures marquées bien entendu par les menaces, les kidnapping et les meurtres.

    On parle souvent des guerres et de leur atrocité, mais on parle moins des suites de ces guerres sur la santé physique et mentale des gens qui l 'ont subie et des séquelles sur les enfants et petis enfants de ces martyrs. Des organsimes comme ECAP (équipe d'études sociales et d'action psychosiciale) le Projet accompagnement au Guatemala ou les groupes d'ethnolégistes qui fouillaient les fosses clandestines des massacres, ont travaillé fort pour rendre les disparus lers familles, pour soutenir et redonner espoir à ces populations martyres, surtout les populations indigènes.

    Qu'on ne se surprenne donc pas que la violence de ces guerres civiles ai laissés des traces, des armes , des mentalités complètement folles. C'est la résultante des guerres de conquête et leur suite, les guerres coloniales et l'instauration du néolibéralisme de force dans ces pays.

    Mais il y a de l'espoir qui renaît, lorsque ces populations meurtries réussissent à mettre à la porte de leur gouvernement les anciens généraux et chefs politiques d'extrême-droite qui les ont terrorisés. Regardez seulement en Uruguay la semaine dernière on vient d'élire un ancien guerillero des Tupamaros. Regardez au Chili,au Brésil, au Vénézuela, en Bolivie, dans tous ces pays la gauche prend le pouvoir démocratiquement. C'est la même chose en Amérique Centrale ; le Nicaragua, le El Salvador et le Guatemala se sont donnés des gouvernements issus des anciennes guerillas. Malheureusement le Honduras vient de subir un coup d'État militaire mené par ses riches propriétaires, pour empêcherl a tenue d'un vote démocratique pour renouveler leur Constitution.

    Le Mexique sombre de plus en plus dans les guerres des narcotrafiquants et le cartel de Juarez est le pire tueur et massacreur de femmes. La Colombie est encore enlisée dans sa guerre civile depuis plus de quarante ans.

    Voyez monsieur Truffaut, votre article est bien courte et survole très superficiellement une crise dont les origines remontent à beaucoup plus loin que les Salvatrouchas.